"Monsieur le Président Je vous fais une lettre Que vous lirez peut-être Si vous avez le temps..." (1)
1. Boris VIAN - Le déserteur
Jean JAURÈS à la tribune du Palais Bourbon
Octobre 1895 : « L’essentiel est que nous agissions selon notre idéal, que nous donnions notre force d’un jour à ce que nous croyons la justice, et que nous fassions oeuvre d’hommes en attendant d’être couchés à jamais dans le silence et dans la nuit. » (1)
1. Les grandes biographies de Max GALLO - Jules Vallès, Jean Jaurès,
p. 649-650 - Robert Laffont 2011
COLÈRE OU SILENCE
“Je préfère une colère à un silence”. (1)
Sire,
Vous n’avez pas mon silence, mais je vous offre ma colère, toute ma colère.
1. François HOLLANDE, Conférence de presse du 18 septembre 2014
1. UN HOMME ORDINAIRE
Sire,
Je suis – ou essaie d’être – un homme ordinaire.
Je possède un studio comme résidence principale et n’ai pas de résidence secondaire. Je perçois une seule pension.
Je suis – ou essaie d’être – un homme indépendant.
Je n’appartiens à aucune clique, à aucune secte, à aucun parti politique. Il m’arrive parfois de me sentir proche de telle ou telle idée ou position, mais je refuse d’être manipulé par les uns ou les autres pour telle ou telle bonne ou mauvaise raison.
« Je suis désormais guéri de tous les sectarismes et de toutes les chimères idéologiques. Mais je reste déterminé à combattre, à ma modeste place, le déclin qui, à mon avis guette notre pays et l’Europe en général. J’ai trop d’amour pour ce coin de la planète, mais aussi pour mes enfants et mes petits-enfants, pour me laisser aller à l’indifférence, même si je ne me berce pas d’illusions. » (1)
Je suis – ou essaie d’être – un homme libre.
Je tiens beaucoup à la liberté de penser, de réfléchir et de décider. C’est d’ailleurs la raison de ces quelques pages. Je ne parlerai pas de l’évolution actuelle de la société. Elle peut me préoccuper, mais il me semble que les générations plus jeunes doivent choisir le monde, l’Europe et la France dans lesquels elles veulent vivre.
Mais je suis également, et là je n’essaie pas d’être, un homme en colère, très en colère, tout à fait en colère.
« La colère contre tous les politiciens étourdis, ineptes ou nombrilistes qui, en trois décennies, ont mis la France plus bas que terre. La colère contre tous ces bateleurs d’estrade et ces moissonneurs d’urnes qui ont sacrifié l’avenir du pays pour prendre ou garder le pouvoir… »
« L’homme d’Etat prépare la prochaine génération; le politicien, la prochaine élection. De 1981 à aujourd’hui, tous nos gouvernants ou presque font partie de la seconde catégorie. Capables de rien mais prêts à tout. Ils se seraient damnés pour une cantonale. »
« Leur stratégie à la petite semaine a consisté, pour l’essentiel, à faire des promesses qu’ils ont tenues en empruntant. Autrement dit, en faisant payer leurs extravagants engagements électoraux par les générations suivantes, celles qui n’ont pas encore le droit de vote ni même la parole; ce sont elles qui, dans les prochaines années, devront régler la facture de ces camelots sans foi ni loi. » (2)
Nous n’avons en effet pas le droit de laisser à nos enfants et aux générations suivantes le règlement, d’une façon ou d’une autre, de la dette accumulée par négligence, facilité, lâcheté, inconscience… Nous tous bien sûr n’avons pas le droit, mais les premiers responsables de ce gaspillage de la richesse nationale sont les hommes et les femmes politiques, ainsi que les hauts fonctionnaires, qui ont fait main basse sur l’Etat, la République et la démocratie pour assouvir leur ivresse du pouvoir et leur folie des grandeurs. Vous me permettrez d’ajouter les journalistes comme responsables du désastre. Leur métier est d’informer, mot dans lequel il y a « former », mais ils l’oublient trop souvent en péchant par omission ou en vendant leur âme pour quelques points d’audimat.
Ce sont donc les trois cibles que j’ai choisies comme les plus urgentes: la classe politique, les hauts fonctionnaires et les journalistes.
Je suis en colère donc. Pas seulement « indigné », mais révolté et vous ne devriez pas oublier que le chemin allant de la révolte à la révolution n’est pas très long à parcourir.
« Certains responsables d’aujourd’hui… Leur vieux rêve de la démocratie sans le peuple serait devenu réalité. Pourtant la montée de l’abstentionnisme n’est jamais un signe d’indifférence, mais toujours une preuve de mépris… Nous devons craindre que le reflux du suffrage ne soit bientôt suivi par le raz-de-marée de la violence. » (3)
« Le jour se fissure » (4). Je continuerai demain.
1. Claude ALLEGRE - La science et la vie, p. 12 - Arthème Fayard 2008 2. Franz-Olivier GIESBERT - Derniers carnets-Scènes de la vie politique en 2012 et avant), p.102 - Flammarion 2012 3. Dominique de VILLEPIN - Le cri de la gargouille, p. 183 - Albin Michel 2002 4. Antoine EMAZ - Rien, l'été
2. 1788 ?
Sire,
Sommes-nous en 1788 ? Ou bien en 1938 ? Ou bien en 1957 ? Ou bien en 1967 ?
Tristes périodes où ceux qui gouvernaient le pays ont été incapables de faire à temps les réformes nécessaires qui, certes, auraient bouleversé leurs privilèges, mais auraient aussi évité au « Tiers-Etat » dans son ensemble bien des malheurs et des souffrances.
Est-ce que les politiques, vous-même Sire, ceux de votre clan et tous les autres, aurez enfin le courage de vous mettre au travail, à votre travail de justice et de réformes dont vous parlez sans cesse, sans jamais commencer par donner l’exemple de réformes qui vous concerneraient et qui pourraient être les seules à inciter le « Tiers-Etat » à se lancer, lui aussi, sur le chemin de l’adaptation de notre pays au monde tel qu’il est ou tel qu’on voudrait qu’il devienne?
Est-ce que les hauts fonctionnaires, les vôtres et tous les autres qui régissent l’Etat, auront enfin le courage de faire passer leur appartenance politique éventuelle après le service de l’Etat? Est-ce qu’ils vont enfin cesser de regarder comme unique but leurs carrières, leurs avantages, leurs pouvoirs?
« Raymond Aron rapporte un mot très suggestif de Charles de Gaulle. Comme le sociologue soutenait devant lui… que les Français font de temps en temps une révolution mais jamais de réformes, le général rectifia: « Ils ne font de réformes qu’à l’occasion d’une révolution ». (1)
Sire, ne vous y trompez pas. Ce que vous faites ou essayez de faire actuellement pour donner l’impression de faire quelque chose, est voué à l’échec. Sans changements profonds de l’ensemble de la classe politique, la France continuera son déclin. Ce n’est pas une prévision. C’est une certitude. Cela aurait dû être compris avant qu’il ne soit trop tard, en 1788, en 1938, en 1957, en 1967… Ce devrait l’être aujourd’hui !
Comme vous, Louis XVI avait une boîte à outils dans laquelle il cherchait la bonne clef pour réparer ses horloges et ses pendules, et connaître ainsi, peut-être, la bonne heure pour faire les réformes nécessaires et donner un peu de bonheur à son peuple. Comme vous, il aurait dû savoir que les horloges et les pendules sont inutiles pour déterminer le temps des réformes. C’est toujours aujourd’hui, sans remettre à plus tard. Les lendemains qui devraient toujours chanter ne chanteront pas si la partition n’est pas écrite dès maintenant.
Allez-vous donc convoquer les Etats généraux ? Ce n’est pas la peine. Tant de rapports, livres blancs, commissions et enquêtes ont déjà été produits. Tous quasiment inutiles d’ailleurs puisque seulement destinés à faire semblant, l’idée de base étant le maintien au pouvoir des privilégiés.
« Après plus de deux siècles, le grand fossé creusé par la Révolution s’est presque entièrement comblé. C’est tout un ancien régime de privilèges, de passe-droits, de statuts, de particularismes qui s’est édifié au coeur de la République. Autant de bastilles qui sont de nouveau à prendre et qui invitent à faire table rase. Pourrons-nous résister à la tentation de tout balayer? Saurons-nous cette fois réformer sans détruire? » (2).
« On va vers la nuit » (3). Je continuerai demain.
1. Jean LACOUTURE - De Gaulle 2. le Politique, p. 119
2. Dominique de VILLEPIN - Le cri de la gargouille, p. 239 - Albin Michel
2002
3. Antoine EMAZ
3. NÉCESSITÉ DES RÉFORMES
Sire,
« Les élites de ce pays n’ont que le mot « réforme » à la bouche, mais, au fond, n’en veulent pas, car ils veulent d’abord garder leurs privilèges… Il faut changer, et vite ! Est-ce encore possible ? » (1)
Pendant son mandat, votre prédécesseur a promis des réformes et il en a commencé quelques-unes. Le pays en a un urgent besoin, mais pour le moment elles ne sont en rien telles qu’elles diminueraient le train de vie de l’Etat et permettraient le remboursement de la dette. Or « Nous ne compterons plus tant que nos finances et notre économie seront dans l’état où elles se trouvent ». (2)
Mais vous, ajoutant les dépenses aux dépenses et la dette à la dette, vous poursuivez la distribution des prébendes en laissant à nos enfants et petits-enfants le soin de payer un jour les factures. Votre prédécesseur était – exactement comme vous d’ailleurs – très loin du compte car vous et tous les vôtres, c’est-à-dire l’ensemble de la classe politique, avez oublié (ou faites semblant d’oublier) qu’aucune réforme ne saurait être proposée à un peuple, puis acceptée par lui sans que ses dirigeants ne montrent d’abord et en tout premier lieu l’exemple. Avec tous les politiciens, de la majorité comme de l’opposition, vous avez oublié que la première réforme à mettre en oeuvre est celle de la classe politique. La « République exemplaire », vous avez sciemment oublié de la réaliser et vous vous contentez de la proposer comme un vulgaire slogan électoral. Vous vous moquez du peuple, vous vous moquez de la démocratie, vous vous moquez de la République.
Vous êtes passible de non-assistance à pays en danger.
Votre prédécesseur aurait dû s’en souvenir car il lui avait été difficile de pénétrer la classe très fermée de nos dirigeants. Mais à peine installé dans le fauteuil, il a préféré jouir, pour lui-même et tous les siens, de sa nouvelle situation plutôt que de s’attaquer à la seule réforme qui permettrait, par l’exemple, de redonner un peu de confiance à l’immense majorité de vos « chers compatriotes » en leur prouvant qu’à la tête de l’Etat se trouvent les meilleurs d’entre eux, prêts à accepter pour eux-mêmes les sacrifices qui sont devenus indispensables. J’écris « sacrifices »… Je pense plutôt qu’il s’agit de redonner aux Français ce qui leur a été confisqué et volé.
La classe politique doit enfin cesser d’accaparer tout pour elle et de demander toujours plus d’efforts à la population qu’elle est censée gouverner avec sagesse et compétence… La République exemplaire commence par l’exemplarité de ses dirigeants.
Dans ce domaine, vous n’avez rien fait, donc tout reste à faire. A peine élu et alors même que son Premier Ministre annonçait qu’il héritait d’une France en faillite, votre prédécesseur a augmenté son salaire dans des proportions indécentes. Quelques années plus tard, vous avez annoncé que vous baisseriez le vôtre de 20 ou 30%. Reconnaissez qu’après une augmentation de plus de 170%, vous étiez, tout comme lui, scandaleusement gagnant et proche de l’hypocrisie.
Dans un monde qui change à une vitesse que peu ont su prévoir, il faut de l’audace pour que le pays ne meure pas englué dans ses vieilles habitudes. Mais sans audace, au bord de la faillite, il se meurt, tout simplement.
"Ô ministres intègres! Conseillers vertueux! Voilà votre façon De servir, serviteurs qui pillez la maison!... Donc vous n'avez pas ici d'autres intérêts Que remplir votre poche et vous enfuir après! Soyez flétris, devant votre pays qui tombe, Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe!... Le peuple... Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie, Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie, Le peuple misérable, et qu'on pressure encor.... Tout se fait par intrigue et rien par loyauté... L'Etat s'est ruiné dans ce siècle funeste, Et vous vous disputez à qui prendre le reste!" (3. Victor HUGO)
« Que signifie une dette insupportable? La faillite de la démocratie. Parce qu’elle est la preuve que des politiques démagogues ont oeuvré à court terme pour faire plaisir à leurs électeurs et dépenser à tout-va ». (4)
Il se fait tard. Je continuerai demain.
1. Claude ALLEGRE - science et la vie, p. 285 - Arthème Fayard 2008
2. Maurice COUVE de MURVILLE, 8 novembre 1982, cité dans Jean MAURIAC,
L'après de Gaulle, Notes confidentielles 1969-1989, p. 381 - Fayard 2006
3. Victor HUGO - Ruy Blas -1838
4. Jacques ATTALI - Madame Figaro, 17-18 octobre 2014
4. NOUVELLE ARISTOCRATIE
Sire,
« Dans l’histoire de France, il y a toujours eu, sous une forme ou sous une autre, des féodalités. Aujourd’hui, elles ne sont plus dans les donjons, mais elles sont tout de même dans les fiefs. Les fiefs sont dans les partis, dans les syndicats, dans certains secteurs des affaires – excusez-moi – de la presse, de l’administration, etc. Les féodaux ne sont jamais favorables à un Etat qui fasse réellement son métier et qui, par conséquent, les domine. » (1)
Ces mots du général de Gaulle devraient être tout autant médités que le très intéressant livre, « Le monde comme je le vois », dans lequel Lionel Jospin présente « l’émergence d’un nouveau groupe dominant » qui comporte « certains traits des anciennes aristocraties », comme le « corporatisme, fréquent dans le monde syndical », ou le féodalisme qui imprègne les comportements de certains hommes politiques et encombre le vocabulaire médiatique ».
D’où vient cette « nouvelle caste »? « D’une alliance implicite entre les grands dirigeants d’entreprise, des financiers, des cadres élevés de l’industrie et des services, certains hauts fonctionnaires de l’Etat et des privilégiés des médias ». (2)
« Ce groupe distingue totalement son sort de celui des autres ». Il « enjoint aux autres catégories sociales de faire des sacrifices…, mais ne consent pour lui-même à aucun effort ou renoncement… ». Ces hommes et ces femmes seront-ils prêts un jour, enfin, à faire des concessions « sur leurs profits, sur des salaires très élevés, sur leur temps de travail, sur leurs nombreux avantages secondaires, sur leurs retraites spectaculaires ou leurs indemnités fastueuses en cas de départ… Comportement et privilèges scandaleux qui commencent à provoquer de la colère dans le pays ». (2)
Bien sûr, il s’agit en premier lieu de la « caste patronale qui cumule richesse et pouvoir, qui sans nulle vergogne, impose les rigueurs du capitalisme et s’en réserve les commodités » (3). Pourtant je ne parlerai pas beaucoup de ces quelques grands patrons qui, pour certains, sont une caricature.
Car il me semble que rien ne changera vraiment aussi longtemps que la caste politique n’aura pas donné l’exemple de très profondes réformes accompagnées de très substantielles économies la concernant. Il est totalement vain de s’attaquer à d’autres réformes, pourtant tout aussi urgentes et nécessaires. Pour espérer convaincre le patronat, les syndicats et l’ensemble des nantis de droits acquis qu’ils doivent, eux aussi, réduire leurs prétentions et participer à l’effort commun de réforme de la France, la cure drastique d’austérité doit commencer par les premiers responsables du désastre.
Après seulement, la classe politique retrouvera la légitimité qu’elle n’aurait jamais dû perdre.
« Une aristocratie prétendument républicaine conforte, contre vents et marées, ses privilèges, tandis que nombreux sont ceux qui contemplent le bal à travers les fentes des persiennes. Tout paraît couvert du manteau d’une morne résignation, mais un murmure gronde, une clameur monte, de plus en plus perceptible. Devant la démocratie confisquée, il est temps de reprendre le chemin de la réforme pour achever enfin l’ouvrage de 1789. » (4)
« Comme en 1958, il faut… trouver les moyens de remonter une pente perverse qui, depuis 1789, n’a tendu qu’à éliminer le peuple du théâtre politique, confisquer la représentation au profit d’une caste de plus en plus consanguine et, en définitive, assurer le triomphe de la Cour sur une démocratie endormie ». (5)
Je n’accepte pas de voir trop souvent la République travestie en putain, la voir être baisée et ensuite donnée aux copains pour être violée. Je n’accepte pas, ni pour la République, ni pour sa soeur, la démocratie.
Aucune lueur à l’horizon. Je continuerai demain.
1. Général de GAULLE - Conférence de presse du 12 novembre 1947 - Cité par
Jean-Raymond TOURNOUX - Le mois de mai du général, p. 439-440 - Plon 1969
2. Lionel JOSPIN - Le monde comme je le vois, p. 162 à 166 - Gallimard 2005
3. François de CLOSETS - Plus encore!, p. 313 - Fayard-Plon 2006
4. Dominique de VILLEPIN - Le cri de la gargouille, p. 129 - Albin Michel
2002
5. Dominique de VILLEPIN - Le cri de la gargouille, p. 219 - Albin Michel
2002
5. PRÉSIDENT DE TOUS LES FRANCAIS
Sire,
Lorsque le général de Gaulle a proposé, en 1962, un référendum sur l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, il savait que ses successeurs ne détiendraient pas la légitimité que lui-même tenait de son rôle dans l’histoire. Malgré l’opposition de la quasi totalité de la classe politique de l’époque, le peuple français a répondu “oui” à plus de 62% des suffrages, montrant ainsi qu’il souhaitait ne pas laisser à la seule classe politique un choix qui aurait dû, depuis toujours, naturellement, lui revenir.
Depuis, les divers Présidents n’ont pas eu peur de dire, avec raison, que par leur élection ils étaient “Président de tous les Français”.
François Mitterrand : “J’avancerai sans jamais me lasser sur le chemin du pluralisme, confrontation des différences dans le respect d’autrui. Président de tous les Français, je veux les rassembler pour les grandes causes qui nous attendent” (1).
Jacques Chirac : “Je serai le Président de tous les Français”. Quel dommage d’avoir parlé au futur!
Nicolas Sarkozy : “Je suis le Président de tous les Français”. Cette réalité n’est-elle pas restée qu’un rêve? En se représentant, il a eu l’outrecuidance de faire croire qu’il avait enfin compris ce qu’il fallait faire et qu’il allait enfin commencer à faire ce qu’il n’avait pas fait, qu’on pouvait donc lui faire confiance puisqu’il ne recommencerait plus les erreurs qu’il n’avait cessé de faire!
Vous-même, François Hollande, avez exprimé le mieux cette certitude : “Je ne suis plus maintenant un président socialiste, je suis le Président de tous les Français, le Président de la France” (2). C’était bien le moins que l’on pouvait espérer et attendre du Président de la République.
Mais, comme vos prédécesseurs, vous vous êtes contenté de paroles. Et vous êtes resté le président d’un clan, d’un parti, d’une faction. Vous avez de ce fait oublié la France et les Français, et par là même la République. N’oubliez pas que la démagogie est une insulte à la démocratie.
Retrouvez au plus vite l’essentiel : « Bien sûr, il y a la politique, c’est-à-dire toutes espèces de divergences, d’intérêts, de prétentions et quelquefois d’abstentions. Le général de Gaulle ne s’est jamais occupé de cette politique-là. Il ne s’est occupé et ne continuera à s’occuper que de l’intérêt national… L’essentiel pour lui ce n’est pas ce que peut penser le comité Gustave, le comité Théodule ou le comité Hippolyte. L’essentiel pour le général de Gaulle, président de la République, c’est ce qui est utile au peuple français, c’est de savoir ce que veut le peuple français. » (3)
« On ne voit plus » (4). Je continuerai demain.
1. Allocution d’investiture, Palais de l’Elysée, 21 mai 1981
(cité dans François Mitterrand Un dessein, un destin – Hubert VEDRINE –
Découvertes Gallimard Histoire – 2005, p. 69)
2. Le Monde – 29 mai 2013
3. Général de Gaulle - Voyage à Orange et à Carpentras - Le Monde, 26
septembre 1963 - Cité par Jean-Raymond TOURNOUX - La tragédie du général,
p. 395 - Plon 1967
4. Antoine EMAZ - Soirs (20.01.97) - Sauf - Tarabuste 2011
6. PRINCIPES DE BASE
Sire,
Les réformes, urgentes, impérieuses, qui concernent la classe politique doivent être basées sur l’acceptation d’une série de principes simples, compréhensibles, vérifiables par tous les Français, et, si nécessaire, acceptés par eux par référendum. La classe politique sait parfaitement faire payer les riches et les pauvres, mais est tout autant parfaitement incapable de se réformer par elle-même et de toucher aux privilèges qu’elle a décidé, au fil des ans, de s’octroyer.
« Je constate un divorce du peuple d’avec… l’ensemble de la classe politique, gauche et droite confondues, significatifs du dysfonctionnement de la démocratie : c’est pourquoi je ne proposerai qu’un seul article à tous les faiseurs de républiques et concepteurs de constitution : la non-rééligibilité des élus. Les grandes assemblées qui ont véritablement agi en France étaient composées de personnages neufs – ainsi de 1789, de 1848, de 1946. La priorité de De Gaulle fut de casser le système des partis, et il a eu raison. C’est à la classe politique elle-même qu’il faut s’attaquer » (1).
Nous vivons de nouveau sous l’Ancien Régime ; à la différence près que la nécessaire abolition des privilèges ne concerne plus la noblesse et le haut clergé, mais la classe politique, tous bords confondus. Même s’il y a en elle, comme partout, des gens honnêtes, respectables et travailleurs, ces derniers ressemblent davantage au bas clergé et, comme lui, n’ont pas voix au chapitre.
C’est votre honneur de Président et votre place dans l’histoire qui se jouent et les décisions n’appartiennent qu’à vous-même. Ou bien vous resterez comme un Président inutile qui aura trompé les Français, ou bien vous aurez le courage de réaliser quelque chose pour le bien de notre pays, quel qu’en soit pour vous le prix.
La nuit tombe sur mon pays. Je continuerai demain.
1. Jacques JULLIARD, Interview au Figaro Magazine, 31 octobre 2014
7. DEVOIR D’EXEMPLE ET D’EXCELLENCE
Sire,
« Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier, je suis à la tête d’un Etat qui est depuis quinze ans en déficit chronique, je suis à la tête d’un Etat qui n’a jamais voté un budget en équilibre depuis vingt-cinq ans. Ca ne peut pas durer » (1).
En 2007, cette constatation était juste. Elle l’est toujours et plus encore aujourd’hui. Mais on ne peut pas dire que cet ancien Premier Ministre soit un rapide. Elu député en 1981, il lui aura fallu plus de vingt-cinq ans pour découvrir l’évidence. Au moins dois-je reconnaître qu’il a eu enfin le courage de la dire!
Mais qu’a-t-il fait alors qu’il était Premier Ministre? Il a imaginé qu’en « rabotant » les niches fiscales il pouvait arriver à un résultat ! Je pense, sans doute à tort, qu’il n’a jamais pénétré dans le bel atelier d’un menuisier ou d’un ébéniste, ou alors qu’il s’est trompé d’outil. Le rabot ne sert pas pour couper le bois mort. C’est la scie qu’il fallait et qu’il faut utiliser pour supprimer les dépenses inutiles.
J’entends bien qu’il n’était pas seul dans l’atelier, qu’il n’avait pas les coudées franches, qu’il y avait la crise… Il avait justement un urgent devoir d’exemple et il avait aussi la possibilité de démissionner pour créer enfin la nécessaire prise de conscience. « Je parle donc je suis » a remplacé chez les hommes et femmes politiques le précepte cartésien.
Le devoir d’exemple et aussi le devoir d’excellence, vous pourriez les donner, pour commencer, en supprimant toutes les niches fiscales et tous les abattements accordés à la classe politique par cette même classe politique. Pour l’exemplarité, la classe politique doit faire effort la première avant tous les autres Français. Bien entendu, c’est le contraire qui a été fait et qui continue à l’être. Et pourtant, ce sont bien les politiques dans leur ensemble, gouvernements et parlementaires, qui sont les premiers responsables des budgets en déséquilibre votés depuis des années. Ce sont bien les politiques dans leur ensemble, parlementaires ou ministres depuis des années, qui ont laissé filer les déficits tout en augmentant les impôts du peuple et en laissant filer la dette.
« La France a été pillée par des Français très ordinaires, vous ou moi, qui, bien sûr, n’agissaient pas individuellement. Tantôt ils s’exprimaient au sein du corps électoral, qui a toujours préféré les démagogues aux politiques; tantôt ils se contentaient d’appartenir à tel groupe de pression qui se mobilisait pour imposer ceci, s’opposer à cela, au gré de ses intérêts particuliers. Et l’Etat, veule, velléitaire, flattant ceux dont il cherchait les suffrages, cédant à ceux dont il craignait les menaces, vidait les caisses avant de puiser dans le crédit » (2).
Je n’ai pas inventé le devoir d’exemple et d’excellence. Dans L’Esprit des Lois, Montesquieu écrivait déjà que « La République se fonde sur la vertu… Elle demande une préférence continuelle de l’intérêt public au sien propre ».
Pour l’exemple, on a vu poindre en 2010 un brin de courage lorsque la « jurisprudence Boutin » a été instituée. Elle interdisait à l’intéressée de percevoir une double rémunération et elle obligeait quelques-uns des ministres de l’époque à renoncer à la perception, évidemment indue, de leur retraite de parlementaire.
Une fois le soufflé médiatique retombé, l’effort a été arrêté. Pour l’exemple et l’excellence, il aurait fallu une loi pour interdire, à quelque niveau que ce soit, le cumul emploi-retraite et obtenir le remboursement de toutes les sommes perçues indûment et correspondant à des abus de biens sociaux.
Le Président de la République, le Premier Ministre, les Ministres, les Présidents des Assemblées, les députés, les sénateurs, les préfets, les ambassadeurs, tous les grands serviteurs de l’Etat semblent avoir oublié le plus important. Ils sont serviteurs de l’Etat… Servir l’Etat, ce n’est pas se servir de l’Etat… Ni pour se remplir les poches, ni pour faire carrière.
En politique, je ne pense pas que les Français aient besoin de rêve. Mais certainement ils ont besoin de justice. Leurs hommes et femmes politiques doivent impérativement et absolument montrer l’exemple et être au-dessus de tout soupçon. Il faudra demander des sacrifices aux Français, mais les dirigeants, tous les dirigeants, doivent d’abord montrer l’exemple.
« La société, actionnaire par l’impôt et souveraine par le vote, exige en retour l’exemplarité, et au premier chef celle de ses représentants » (3).
Nuit noire. Je continuerai demain.
1. François FILLON - 21 septembre 2007
2. François de CLOSETS - Plus encore! p. 95 - Fayard-Plon 2006
3. Dominique de VILLEPIN - Le cri de la gargouille, p. 218 - Albin Michel
8. TRANSPARENCE SUR UN SITE INTERNET
Sire,
Comme vous êtes habile et même madré, vous avez promis, après un scandale encore plus scandaleux que les autres, davantage de transparence. Mais vous savez très bien que ce n’est pas le patrimoine des élus qui importe, même s’il faut le contrôler sérieusement pour vérifier l’absence d’enrichissement personnel pendant un mandat. Vous vous êtes bien gardé d’annoncer que l’ensemble des revenus provenant de l’Etat – et donc du peuple – et perçu par chaque homme ou femme politique pourrait (enfin) être accessible à tous. Vous savez très bien que si les Français apprenaient comment leurs impôts et taxes sont dilapidés, non pas pour rembourser la dette du pays, mais pour donner toujours plus à la classe politique, ils ne l’accepteraient pas. Une fois encore, vous agitez le vent pour faire croire que vous faites quelque chose. Vous évitez soigneusement de faire quoi que ce soit qui viserait les abus de biens sociaux de la classe politique… Et vous parlez sans rire d’honnêteté de l’Etat et de République exemplaire!
Or il existe en France des institutions compétentes et respectées qui sont sous-employées. La Cour des Comptes, par exemple, dont les rapports sont instructifs, mais suivis le plus souvent de bien peu d’effets.
Il faut lui confier la création et la gestion d’un site internet tenu et mis à jour très régulièrement et très précisément, avec l’aide du Ministère des Finances. Dans une République exemplaire, l’ensemble des salaires, pensions, indemnités et avantages divers versé par l’Etat aux élus, doit être accessible à chaque citoyen. Ce site établirait de façon transparente, exhaustive et compréhensible, les revenus provenant de l’Etat dont bénéficient tous les membres ou anciens membres de la classe politique. Il indiquerait les salaires perçus, les retraites, les indemnités, les différentes retenues effectuées… Il chiffrerait les différents avantages et les déductions qu’ils entraînent… Ce système aurait l’immense avantage de couper court à des informations et rumeurs peut-être infondées circulant sur internet et les réseaux sociaux. Il montrerait au grand jour la République irréprochable que vous n’appelez jusqu’à présent que de vos voeux, mais dont vous évitez soigneusement la mise en oeuvre.
Les Français ont le droit de savoir et de voir comment leurs impôts sont dépensés. Encore une fois, les abus de biens sociaux doivent cesser. Mais il ne suffit pas au Président de parler. Il doit agir. Qu’avez-vous donc à cacher? Il n’y a pas de honte à être raisonnablement rémunéré. Mais il est honteux d’être rémunéré plusieurs fois et de dissimuler l’honnêteté si elle existe. Agissez. Les électeurs attendent.
Nuit profonde. Je continuerai demain.
9. NON-CUMUL DES MANDATS
Sire,
Le non-cumul des mandats est une exigence absolue et impérieuse; il doit être absolument général. Une démocratie confisquée par quelques-uns à leur seul profit n’est pas une démocratie, mais une oligarchie. Une charge élective doit occuper à plein temps son titulaire.
« Le cumul bafoue la démocratie », écrivait déjà le sociologue Jacques Ellul il y a plus de quarante ans (1). Il raillait déjà les « vieux arguments » encore entendus de nos jours : proximité du terrain, complémentarité des fonctions, compétence… « Le cumul contribue à métamorphoser en « carrière » le dévouement à la cause commune, une carrière qu’on sera donc tenté de gérer comme un fonds de commerce. Deux motivations deviendront alors obsessionnelles : les revenus qu’on tire des mandats, les meilleurs façons d’assurer sa réélection ». Et Jacques Ellul ajoute encore: « Toutes les prises de position prennent alors un caractère d’intérêt personnel ». (2)
Tout est dit. Mais il y a une autre évidence. Pendant plus de quarante ans, la classe politique n’a pas voulu se réformer et a tout fait pour ne pas se réformer. Il ne faut donc pas attendre grand chose de vos réformettes destinées, une fois de plus, à faire semblant de faire quelque chose. Donnez la parole au peuple. Organisez un référendum. Ayez enfin un peu de courage. Osez. A cause de son incurie, la classe politique est inapte, et comme elle ne saurait être juge et partie, donnez au peuple l’occasion de s’exprimer sur la démocratie et la République qu’il souhaite.
« La France a un besoin impératif de réformer ses institutions… Cela suppose que les parlementaires répondent aux exigences d’assiduité et, donc, que soient décidées de nouvelles réductions du cumul des mandats » (2). Cette exigence d’assiduité devrait conduire à considérer toutes les assemblées d’élus comme des lieux de travail: les travailleurs ne sont pas rémunérés lorsqu’ils sont absents et ils doivent effectuer par eux-mêmes le travail dont ils sont chargés, sans le déléguer. La même exigence devrait être imposée à tous les élus. Une absence devrait entraîner une absence de salaire et aucun vote ne pourrait être délégué. Les représentants du peuple, à tous les niveaux, doivent enfin se mettre au travail et ne plus se considérer comme des intermittents du spectacle.
Le cumul des mandats engendre le cumul des pouvoirs. C’est, par définition, un autre nom de la dictature.
Nuit d’ébène. Je continuerai demain.
1. Chronique publiée dans Sud-Ouest dimanche le 2 mai 1982, titrée
"La réforme que pesonne n'osera jamais faire" et citée par Jean-Claude
GUILLEBAUD, Le Nouvel Observateur, 15 août 2013
2. Jean-Claude GUILLEBAUD, Le Nouvel Observateur, 15 août 2013
3. Lionel JOSPIN - Le monde comme je le vois, p. 206 - Gallimard 2005
10. UN SALAIRE ET UN SEUL, UNE PENSION ET UNE SEULE
Sire,
Le principe est simple et doit être appliqué à tous sans aucune exception. L’argent public ne doit, jamais, en aucun cas, payer la même personne plusieurs fois. Le cumul de deux ou plusieurs salaires, le cumul de deux ou plusieurs pensions, le cumul de salaires et de pensions, doivent être abolis définitivement, comme l’ont été en leur temps, soi-disant, les privilèges.
A partir du moment où une personne reçoit de l’Etat un salaire ou une pension à taux plein, il est inacceptable qu’elle reçoive davantage d’argent public.
Il est inacceptable de voir les membres de la classe politique continuer comme auparavant non seulement à préserver leurs privilèges, mais à les augmenter. La classe politique s’est tranquillement, depuis des années, sans aucune décence, dans ce domaine comme dans d’autres, exonérée de toute justice. Vous clamez votre socialisme. Alors commencez par faire une réforme des salaires et des retraites de la classe politique.
Les cumulards de salaires, les cumulards de pensions, les cumulards de salaires et de pensions devraient être poursuivis pour abus de biens sociaux. Pire… Pour pillage systématique de biens sociaux en bandes organisées.
Prenons un exemple simple. En quittant vos fonctions de Président de la République, vous serez nommé membre à vie du Conseil constitutionnel et à ce titre vous percevrez un salaire. Il n’y aura donc aucune raison de vous verser une retraite puisque vous aurez un emploi et un salaire correspondant.
Avec la même logique, vous comprendrez que vous ne pourrez bénéficier d’une retraite de député et/ou par exemple d’une retraite de maire et/ou de conseiller général… Il est urgent de mettre un terme à ces abus délirants de biens sociaux.
« Le système administratif français permet un cumul quelque peu surprenant. Ainsi, Jacques Chirac perçoit, outre sa rémunération de Président, ses pensions de retraite d’ancien député, d’ancien maire de Paris, d’ancien conseiller général de Corrèze, et d’ancien conseiller référendaire à la Cour des Comptes (…), soit au total 20.144 euros. A son départ de l’Elysée, sa retraite d’ancien Président couvrira à peu près la perte de sa rémunération, mais ses revenus seront augmentés de son indemnité de membre (de droit) du Conseil constitutionnel (soit 12.000 euros net, prime comprise) ». (1)
Voilà un homme respectable, comme tous les anciens présidents de la République. Mais je ne peux accepter – et comment le pouvez-vous ? – qu’un ancien président puisse recevoir, venant de l’argent public, un seul centime de plus que son plein salaire de membre du Conseil constitutionnel.
De même que vous avez l’audace de créer des impôts rétroactifs (2), de même vous obligerez les cumulards à reverser à l’Etat l’ensemble des sommes perçues en trop depuis des années. Ces montants iront non pas à la réduction du déficit du budget, mais au remboursement du capital de la dette, puisqu’il est bien évident que chaque année le budget doit être voté et réalisé en excédent ou à tout le moins en équilibre, et certainement pas en déficit. Si le Premier Ministre que vous avez choisi est incapable de faire ce simple travail demandé à chaque famille française, changez-le pour incapacité et incompétence!
Sire, si en votre qualité d’ancien Président de la République vous faites plus tard fortune en publiant vos mémoires ou en donnant des conférences dans le monde entier, il n’y aura là rien de choquant à partir du moment où l’argent que vous gagnerez ne viendra pas des caisses de l’Etat, c’est-à-dire de la poche des Français.
Nuit glaciale. Je continuerai demain.
1. René DOSIERE - L'argent caché de l'Elysée, p. 130 - Seuil 2007
2. Cf. par exemple, l'invalidation par le Conseil constitutionnel
d'une partie du texte qui avait créé la contribution exceptionnelle
sur les hauts revenus - La Croix, 15 décembre 2014
11. PARACHUTES DORÉS ET SALAIRE MAXIMUM
Sire,
« Rien ne justifie non seulement les parachutes dorés mais même les rémunérations exorbitantes. Aucun talent, aucun succès, aucun résultat d’exploitation ne légitime d’aussi gigantesques inégalités entre le sommet et la base, entre le salaire du P-DG et celui du smicard ». (1)
Les Suisses ont montré la voie en interdisant par référendum les parachutes dorés. Ils ont également montré la voie en organisant un autre référendum sur les « salaires équitables » afin que personne dans une entreprise ne puisse, en un an, gagner moins que ce que le directeur de l’entreprise gagne en un mois. Ce second référendum pour fixer l’échelle des salaires entre 1 et 12 n’a pas obtenu la majorité des suffrages, mais il a au moins le mérite d’avoir posé la question au peuple.
En France, avant que ce ne soit fait aussi dans le monde entier, les parachutes dorés, tous les parachutes dorés, doivent être supprimés et interdits. Les retraites chapeaux, toutes les retraites chapeaux, doivent être interdites et supprimées.
L’instauration et le respect d’un salaire maximum font partie des urgences.
Comme je regrette qu’Alain Juppé ne soit pas logique jusqu’au bout. J’aurais aimé le voir préciser ce qu’il entend par « gigantesques inégalités » et par « rémunérations exorbitantes ».
« L’idée d’un revenu maximal est née le 8 février 1880. Ce jour-là, lors d’une conférence relatée par le New York Times du lendemain, Félix Adler prétend ouvrir une troisième voie entre le communisme et l’individualisme et, pour ce faire, propose de mettre en oeuvre une fiscalité progressive qui, au-dessus d’un certain niveau, s’appropriera tout. Il entend « défendre l’individu dans son droit de jouir de tout ce qu’il a acquis honnêtement » mais pense qu’il faut le frapper à 100% « quand une somme élevée et abondante a été atteinte, amplement suffisante pour tous les conforts et tous les raffinements de la vie ». Pour résumer, il faut reprendre au riche ce qui ne sert plus qu’à « l’apparat, à la fierté, au pouvoir »…
« Disciple de Félix Adler, Sam Pizzigati, gourou américain du plafonnement des revenus, se prononce ainsi, dans le Monde diplomatique, pour « un vrai salaire maximum, indexé sur le salaire minimum, qui prendrait la forme d’une fiscalité fortement progressive… Ce maximum serait défini comme un multiple du minimum et tout revenu supérieur à dix ou vingt-cinq fois ce minimum serait frappé d’un impôt a 100%… » (2).
Il a jadis été créé un salaire minimum. Il aurait dû être créé en même temps – et il devrait l’être maintenant – un salaire maximum, étudié par le Conseil économique et social, avec l’aide de la Cour des Comptes et de l’INSEE, puis fixé par le représentation nationale ou mieux par référendum, car on ne saurait être à la fois juge et partie.
Plutôt que de continuer à remplir les poches déjà pleines de quelques-uns, il serait certainement préférable qu’une entreprise investisse davantage dans la recherche, la création d’emplois et une meilleure et plus équitable répartition des bénéfices au profit de tous les salariés et des actionnaires… Dans le secteur public, il serait certainement préférable de diminuer les dépenses de l’Etat et de commencer enfin à rembourser la dette.
Imaginons ce salaire maximum ! S’il était de 50 fois le SMIC, il semblerait « exorbitant ». Alors, combien? A titre d’exemple, imaginons 25 fois le salaire minimum, ce qui semble déjà particulièrement généreux. Gérard Mulliez, fondateur du groupe Auchan, estime pour sa part « qu’il ne doit pas y avoir de salaires au-dessus de 20 fois le SMIC. Quand on a des rémunérations qui dépassent quarante ou même cent fois le minimum, ça ne va pas. » (3)
Dans le secteur privé, si des salaires – je dis bien salaires, et non revenus – dépassaient ce maximum, ils seraient taxés le plus possible, étant entendu que devraient être pris en compte tous les suppléments accordés avec ces rémunérations, tels les logements et voitures de fonction, les treizièmes mois…
Je lisais récemment un document officiel concernant la rémunération d’un des grands patrons français: 1.500.000 euros de rémunération fixe, près de 2.000.000 d’euros de rémunération variable, plus de 1.700.000 euros de rémunération à long terme et plus de 56.000 euros pour les avantages en nature… Je respecte beaucoup ce grand patron pour lequel j’ai été fier de travailler, même si c’était indirectement, mais, avec tout le respect que je lui dois, il faut lui dire que son salaire est indécent et qu’il faut mettre un terme à ces excès.
Dans le secteur public, afin de tenir compte à la fois de la stabilité de l’emploi et du fait que les fonctionnaires sont des serviteurs de l’Etat, ce salaire maximum pourrait être équivalent à la moitié de celui fixé pour le secteur privé. Pour les hauts fonctionnaires, tels les préfets et les ambassadeurs par exemple, ce salaire maximum, bénéficiant d’avantages comme un logement ou une voiture de fonction (…), ce salaire maximum diminué de 50% serait encore diminué d’un montant pouvant aller jusqu’à 50% lorsqu’ils sont logés dans les palais de la République. Il est temps d’ouvrir les yeux. Il est complètement anormal et injuste que certains bénéficient non seulement d’un logement et d’une voiture de fonction, mais encore d’une domesticité parfois nombreuse payée par l’Etat, comme le sont également l’eau, l’électricité, le gaz, le téléphone, le chauffage, l’essence… Leurs salaires et leurs avantages « gigantesques et exorbitants » sont en fait des abus de biens sociaux et ces pratiques d’un autre âge doivent cesser.
La classe politique, quant à elle, ne bénéficie pas de la stabilité de l’emploi, mais elle devrait être la première à servir l’Etat. On peut donc imaginer que le salaire maximum des élus soit diminué de 25% par rapport au salaire maximum du secteur privé. Mais, bien sûr, comme pour les hauts fonctionnaires, la retenue complémentaire pouvant aller jusqu’à 50% s’appliquerait dans les mêmes cas. Ainsi le Président de la République, le Premier Ministre, les Ministres, les Présidents des assemblées… contribueraient-ils au moins en partie à la diminution de la dépense publique et ne se contenteraient pas de recevoir à la fin du mois un salaire qui est pour eux uniquement de l’argent de poche.
Nuit de cauchemars. Je continuerai demain.
1. Alain JUPPE - Je ne mangerai plus de cerises en hiver... p. 237-
Plon 2009
2. Franz-Olivier GIESBERT - Derniers carnets-Scènes de la vie politique
en 2012 (et avant), p.142-143 - Flammarion 2012
3. Gérard MULLIEZ - La France des grands patrons - Emission diffusée
sur France 3 le 12 décembre 2014
12. SUPPRESSION DE L’ENA
Sire,
Lorsque Raymond Barre a quitté ses fonctions de Premier Ministre en 1981, les finances de la France étaient dans un état acceptable en comparaison de ce qu’elles sont devenues. Depuis, les gouvernements de tous bords n’ont, semble-t-il, eu d’autre politique que celle de laisser filer la dette et d’augmenter les dépenses de l’Etat en pensant que tout irait bien tant qu’ils seraient au pouvoir et que leurs successeurs paieraient la facture. Ces successeurs ont pensé de même, laissant la dette aux générations futures.
Il ne s’agit plus seulement de diminuer certaines dépenses, mais surtout de supprimer toutes celles qui sont inutiles.
Par quoi commencer ? La réponse est simple. Qui n’a cessé, pendant ces quarante dernières années, d’augmenter les dépenses de l’Etat sans contrepartie ? Ce sont les politiques puisque c’est à eux que revient le devoir de voter et de gérer, sans déficit dans un premier temps, puis en excédent, le budget de la France.
Tout d’abord il faut supprimer l’Ecole Nationale d’Administration. Sans doute sa création à la fin de la seconde guerre mondiale était-elle nécessaire pour former les administrateurs qui manquaient alors à la France ? Ce n’est plus le cas puisque l’ENA forme de moins en moins d’administrateurs compétents, après être devenue une pépinière de politiques, « une énarchie presque héréditaire qui tourne en rond » (1). Si les universités et les grandes écoles n’arrivent pas à former le personnel qualifié nécessaire, alors il vous appartient de réformer et les universités et les grandes écoles.
Certes, il existe un bon nombre de personnalités très capables qui sortent de l’ENA. J’en connais. Mais ce dont je suis certain, c’est qu’elles auraient été tout autant exceptionnelles sans passer par l’ENA.
Pour d’autres, il faut reconnaître que, malgré une intelligence souvent brillante, il leur manque des cases. Que connaissent-elles de la réalité en dehors des livres et des dossiers ? Que connaissent-elles des êtres humains, de ces hommes et femmes ordinaires qui méritent tous respect, écoute et compréhension ? Enarchie imbue d’elle-même, incapable de dialogue… Je sais tout, je n’ai pas de temps à perdre, taisez-vous, je suis pressé de faire carrière…
Qu’avez-vous donc appris à l’ENA ? La culture du « grand oral »… Vous vous êtes préparé pendant des années et ensuite vous avez passé votre vie à le répéter devant les Français dans vos réunions électorales ou sur les plateaux de la télévision. Le grand art ! On sait répondre à des questions qui ne sont pas posées et on esquive les questions gênantes… Toute votre vie, vous avez vécu du baratin imposé comme science…
Et que fait-on de ces brillants énarques qui savent parler pour ne rien dire ? Ils entrent sans expérience réelle dans les cabinets ministériels, pleins de leur suffisance et de leur prétention.
Il faut mettre un terme à l’ensemble de ces parachutes qui remplissent le ciel français. Il faut cesser de placer des énarques sans expérience dans les lieux de décision. La réforme de l’administration ne se fera pas par la multiplication des parachutés qui ne connaissent pas de l’intérieur les véritables problèmes. Elle se fera par la promotion interne, nécessaire pour donner un avenir aux fonctionnaires qui le méritent. Car, contrairement à une idée reçue, il en existe beaucoup. Mais nombreux sont ceux qui perdent courage et motivation puisque l’avenir leur est interdit.
De même que le Président de la République doit pouvoir travailler en toute confiance avec son Premier Ministre, de même ce dernier avec les ministres, et de même les ministres avec leurs administrations. Il est donc urgent de supprimer l’immense majorité des conseillers parachutés qui vous entourent, ainsi que ceux qui environnent le Premier Ministre et les ministres.
Pour obtenir une plus grande responsabilité de chacun, il faut également supprimer tous les doublons. Au Ministère des Affaires étrangères, par exemple, puisque les parachutés étaient en trop grand nombre, il a été décidé, non pas d’arrêter l’afflux, mais de créer des postes supplémentaires. Il y avait un secrétaire général, on a nommé deux secrétaires généraux adjoints… De même avec la multiplication des ambassadeurs thématiques.
Lorsque le général de Gaulle a reconnu la Chine populaire, un chargé d’affaires a été envoyé pour organiser l’ambassade. L’ambassadeur n’est venu que plus tard. Actuellement, dans nombre de pays, on nomme des ambassadeurs là où un chargé d’affaires suffirait. Une fois de plus on manque l’occasion de donner leur chance à des gens compétents et prometteurs.
La scolarité et la rémunération d’un énarque, pendant ses deux années d’école, reviennent à 168.000 euros, soit dix fois plus que le coût d’un étudiant d’université. En 2013, le budget global de l’ENA était de 33,2 millions d’euros (2). Voilà une économie possible, facile et salutaire pour le pays !
La nuit ne finit plus. Je continuerai demain.
1. André BERCOFF - Interview dans La Baule +, décembre 2014
2. Cf. site internet de BFM Business
13. PROMOTION AU MÉRITE
Sire,
Au ministère des Affaires étrangères, il m’a été donné d’être élu représentant du personnel et de siéger à ce titre dans des commissions administratives paritaires. J’en garde un très bon souvenir, car le dialogue avec l’administration était réellement possible. La formule est bonne et il suffit donc de l’améliorer.
Il s’agissait, en partie, d’étudier les carrières des agents de catégorie C qui pouvaient être promus grâce à leurs mérites en catégorie B.
Je savais qu’un certain nombre d’agents étaient exceptionnels puisque j’en connaissais quelques-uns, mais j’ai découvert qu’il y en avait en fait beaucoup plus dont les états de service, pendant de longues années, étaient tout à fait remarquables. Bien évidemment, il y a dans l’administration, comme partout, des gens qui ne font pas grand chose, qui méritent à peine leur salaire et qui sont même parfois nuisibles à la bonne marche du service. Mais je préfère parler des autres, de ceux qui n’ont pu poursuivre les études qu’ils auraient peut-être aimé faire ou qui ont dû commencer à travailler de bonne heure. J’en ai même connu un qui m’a un jour raconté comment il avait appris davantage en pilotant son taxi dans Paris que sur les bancs de l’université.
Peu importe après tout. Ils sont entrés au bas de l’échelle, mais ils avaient des connaissances venues de leurs expériences de travail passées ou tout simplement de la vie. Ils ont fait des efforts pour se perfectionner, soit en apprenant des langues étrangères, soit en participant à des stages de formation en fonction des postes qui leur étaient confiés : état civil, comptabilité, notariat, visas… Ils ont été notés chaque année non seulement par leurs supérieurs hiérarchiques sur place, mais aussi par les responsables de l’administration centrale et encore par les inspecteurs. Ils ont accepté de changer de postes et sont ainsi devenus polyvalents. Ils ont parfois assuré l’intérim de leur chef de service, soit pendant des vacances, soit à la suite de mutation, et quelquefois pendant de longs mois.
Ce qui m’a vraiment frappé, c’est le grand nombre de candidats excellents pour le peu de places disponibles pour ces agents exceptionnels.
Il est possible de changer cet état de fait en mettant davantage de places, toutes les places si nécessaire, à la promotion interne. Par exemple, en supprimant les examens professionnels qui sont certes des concours, mais qui, comme dans tout le système français, donnent priorité aux connaissances livresques là où les acquis effectifs et prouvés devraient être privilégiés.
Aussi longtemps que la priorité sera donnée aux résultats de concours ou examens professionnels, il ne faudra pas s’étonner de voir des agents préférer la préparation de ces concours et examens à leur travail et, pour certains, être en fait payés par l’administration pour préparer ces différentes peaux d’âne en laissant leur travail de côté.
Il est absolument anormal, scandaleux même, qu’un agent ayant été reconnu et noté comme tout à fait exceptionnel ne reçoive aucune promotion, faute de places, après par exemple une quinzaine d’années de très bons et très loyaux services, de notation exceptionnelle sur des emplois variés, alors même que des notateurs différents et ses collègues reconnaissent sa valeur.
Il ne saurait être question par ce système d’instaurer des passe-droits, autre fléau de l’administration française, mais davantage de transparence. Ce devrait être une priorité pour tous les inspecteurs, chefs de service, préfets, ambassadeurs… de repérer, à tous les niveaux, ces agents qui sont d’exceptionnels serviteurs de l’Etat.
Lorsque chaque agent aura la certitude que son dossier sera réellement étudié et son travail reconnu à sa juste valeur, il sera enfin possible de redonner espoir. Chacun saura qu’une promotion est possible et elle sera donnée au mérite, de la façon la plus transparente possible. L’exemple qui en résultera augmentera le dynamisme de la fonction publique, et les déclarations pompeuses telles que « personne ne sera laissé sur le bord de la route » commenceront enfin à prendre un sens.
Il faut redonner l’espérance, dans un premier temps en favorisant, puis en donnant toutes les promotions au mérite.
« Faire passer la France dans le XXIème siècle… Cela passe par une réforme en profondeur du fonctionnement de l’Etat, à commencer par l’état d’esprit des fonctionnaires pour lesquels le mérite, le talent, l’ardeur au travail doivent remplacer les parchemins et la promotion à l’ancienneté. Sacré défi ! » (1)
L’étoile du berger a disparu. Je continuerai demain.
1. Claude ALLEGRE - La science et la vie, p. 329 - Arthème Fayard 2008
14. RÉFÉRENDUM
Sire,
La classe politique, du moins quand elle se trouve sur les plateaux de télévision, ne cesse de répéter que les Français sont capables, intelligents, inventifs… Pourtant, dès qu’il s’agit de réformer le pays en profondeur, elle ne fait plus appel à eux, préférant garder pour elle-même le droit de modifier ou non l’organisation politique du pays.
Il faut rétablir l’usage du référendum pour les grandes questions concernant l’organisation des pouvoirs publics.
Parce qu’il n’est pas normal que les hommes et les femmes politiques s’arrogent le droit d’être juge et partie.
Parce qu’il n’est pas normal que ces mêmes hommes et femmes s’arrogent le droit de ralentir, freiner ou empêcher l’adoption de réformes afin de conserver le pouvoir entre leurs mains.
Parce qu’il est, au contraire, normal que les Français prennent et gardent en main leur destin.
« Le système actuel suivant lequel les partis rigides et opposés se partagent tous les pouvoirs doit donc être remplacé par un autre, où le pouvoir exécutif procède du pays et non point des partis, et où tout conflit insoluble soit tranché par le peuple lui-même ». (1)
« C’est devenu une institution. Sans le référendum, on n’aurait jamais réussi à résoudre les grands problèmes. Il faut la maintenir, cette institution… Un référendum touche au fond ». (2)
Il n’est pas non plus normal que le référendum soit assimilé à un plébiscite. Ce doit être une question simple, compréhensible par chacun et ne remettant pas en cause l’élection du Chef de l’Etat, sauf si ce dernier choisit de mettre dans la balance sa légitimité, jugeant qu’il ne sera plus en mesure de diriger le pays en cas de réponse négative. Sa démission, alors, s’imposera.
Mais, en l’état actuel des choses, il apparaît inutile d’organiser un référendum en cours de mandat. Imaginez-vous en train d’organiser une telle constitution. Vous la perdriez car il ne serait pas répondu à la question, mais à votre permanence au pouvoir. La majorité des Français transformerait le référendum en vote sanction. On le sait depuis le référendum perdu par le général de Gaulle en 1969.
Il faut donc organiser le référendum le plus tôt possible après la prise de fonctions d’un nouveau président. Les candidats de la campagne présidentielle auraient eu tout le loisir de présenter aux Français un projet important et immédiatement réalisable. Le Conseil constitutionnel aurait eu le temps de donner son avis.
Prenons comme exemple le non-cumul des mandats que vous avez promis. Après vous être endormi sur le sujet, vous avez annoncé que ce serait prêt à la fin de votre mandat. Encore cinq années perdues ! Et ce ne sera, finalement, qu’une réforme édulcorée, comme tant d’autres, qui ne traitera pas le problème au fond. Un référendum aurait permis, beaucoup mieux et beaucoup plus rapidement, une véritable réforme et un développement de la démocratie.
Aucune étoile. Je continuerai demain.
1. Charles de GAULLE - Déclaration pour la création du Rassemblement du
Peuple Français. Cité par Jean LACOUTURE, De Gaulle 2-Le politique, p. 303
2. Charles de GAULLE - Entretien du 2 avril 1962 avec JR TOURNOUX.
Cité par JR TOURNOUX, La tragédie du général, p. 407 - Plon 1965
15. ÉCONOMIES
Sire,
Les économies doivent être massives. La classe politique dans son ensemble, les élus comme les quémandeurs de subventions « politiques », c’est-à-dire non créatrices d’emplois, se doit d’être exemplaire. Vous n’aurez le droit de dire au peuple « Travaillez plus pour gagner moins », ce que vous faites avec les augmentations massives d’impôts, que si, en tout premier lieu, vous réduisez considérablement vos propres dépenses.
Je ne prendrai que quelques exemples, souvent connus de tous.
Qui n’a vu des voyages dits d’étude, en France ou à l’étranger, organisés par l’Assemblée nationale, le Sénat, les conseils généraux ? Lorsque, dans la liste des participants se trouvent des conjoints d’élus, des secrétaires, voire des maîtresses, pensez-vous qu’il soit normal que les impôts des Français paient ces folies ? Quand mettrez-vous un terme à ces abus ?
Il faut aussi supprimer toutes les subventions données avec l’argent public aux clubs sportifs professionnels. Il peut être normal et souhaitable que les différentes collectivités territoriales aident, sur leurs budgets, le sport amateur, mais en aucun cas le sport professionnel.Quand on lit que la ville de Paris a voté en 2013 une subvention de 450.000 euros au PSG, contre 170.000 l’année précédente, on croit rêver. Même s’il s’agit d’une subvention à la Fondation du PSG destinée à la formation des jeunes. Un club professionnel devrait avoir à coeur de financer la formation des jeunes avec son propre budget. S’agissant du PSG, ces dépenses pourraient être financées aisément en diminuant les salaires exorbitants de certains joueurs, qui ne s’en apercevraient sans doute même pas. On annonce un salaire annuel de 16 millions d’euros pour le plus connu, de 12 millions pour le deuxième et de 10 millions pour le troisième. Quand mettrez-vous un terme à ces abus ?
Il faut également supprimer toutes les subventions données aux associations, la plupart politiques ou en lien avec la politique, qui ne créent pas de richesses. Je ne veux en citer aucune, mais chacun connaît ces associations qui peuvent être respectables et dont les actions peuvent être intéressantes. Toutefois, dans la situation de détresse du budget du pays, elles doivent apprendre à vivre et à se développer sans l’aide de l’Etat, avec les cotisations de leurs adhérents. Dans une étude (1), le journal Le Monde indique que deux associations de ce type ont reçu une subvention de 245.000 euros pour l’une et de 350.000 euros pour l’autre. C’est par millions d’euros que les économies peuvent et doivent se faire. Aurez-vous enfin le courage de décevoir votre clientèle et de dire clairement que la France n’est pas une vache à lait ?
Dans la même étude, Le Monde indique que les associations du département de la Sarthe ont reçu 22.000 euros de subventions en 2005 et 17.000 en 2006. Mais avec l’arrivée en 2007 de François Fillon, élu de la Sarthe, au poste de Premier Ministre, les montants explosent : 418.000 euros cette année-là et même 714.000 euros en 2010, année des élections cantonales. Et la France se permet de donner des leçons au monde entier pour expliquer que les élections doivent être libres et qu’il ne faut pas acheter les voix des électeurs. Quand mettrez-vous un terme à ces abus ?
Les partis politiques doivent, eux également, être mis à très sérieuse contribution et apprendre à vivre, comme les autres associations, sans subventions de l’Etat. En 2013, les subventions aux partis ont totalisé 70 millions d’euros, dont 30 pour le seul parti socialiste. Quand mettrez-vous un terme à ces abus ?
Le coût des campagnes présidentielles pourrait être aisément divisé par deux, pour commencer, et le plafond des dépenses ne devrait plus être actualisé tous les trois ans par décret, alors que vous gelez les salaires et les pensions. Il ne saurait en effet s’agir de continuer à transformer ces campagnes d’information et de formation en foires pour bateleurs d’estrade et autres saltimbanques. On connaît les scandaleuses tricheries qu’elles engendrent. Contrôlez plus, payez moins et mettez un terme aux abus.
Comme ces quelques économies ne seront pas suffisantes pour combler le déficit du budget et rembourser la dette, je vous donne une autre idée, à mettre en oeuvre avant de rogner sur les bas salaires et les petites retraites.
Avez-vous jamais regardé l’échelle des salaires de la fonction publique ? Il y a l’échelle normale avec tous ses échelons et puis les « groupes hors échelle ». Ne trouvez-vous pas merveilleux de constater que les hauts fonctionnaires, après avoir gravi tous les échelons normaux, continuent à grimper jusqu’au septième ciel avec des échelons hors échelle ? Il fallait le faire ! Une commission créée par vous pourrait suggérer d’ores et déjà, après avoir utilisé toutes les lettres de l’alphabet français, de passer à l’alphabet grec avec ses 29 lettres ! Il faut supprimer les indices hors échelle aussi longtemps que la dette de la France n’aura pas été résorbée.
Le vent se lève. Je continuerai demain.
1. Le Monde, 5 juillet 2013
16. SMIC POUR TOUS LES ÉLUS
Sire,
J’ai une proposition très simple à vous faire.
Tous les élus, à quelque niveau que ce soit, devraient recevoir le SMIC comme unique salaire pendant une année complète après leur élection. Unique salaire, sans aucun autre avantage de quelque nature que ce soit.
Vous imaginez l’exemple que la classe politique donnerait enfin !
Pour que chacun et chacune des élus du peuple n’oublient jamais ni d’où ils viennent, ni qui les a faits rois et reines.
Les économies ainsi réalisées seraient intégralement versées au remboursement du capital de la dette.
« Temps d’hiver » (1). Je continuerai demain.
1. Ruteboeuf
17. CAMPAGNES ÉLECTORALES
Sire,
« … Soeur jumelle et maléfique de la démocratie : la démagogie. Or c’est elle qui régente la France depuis 1981. » (1)
Vous vous êtes certainement rendu compte que lors des campagnes électorales, toutes sans exception, les candidats, vous même aussi mal que tous les autres, promettez non seulement la lune, mais aussi n’importe quoi pourvu que cela puisse vous apporter des voix… Il ne s’agit pas d’un projet pour la France, mais de chimères, d’utopies, de démagogie… Il est normal et bon de rêver et de faire rêver, mais en politique, le rêve, sous peine d’imposture, doit être accessible, justifié et financé. « Il n’est plus possible dans un pays endetté comme la France de promettre aux électeurs des « droits non finançables ». (2)
Un candidat à une élection n’a pas le droit, par respect pour les électeurs, de dire n’importe quoi pour se faire élire et ensuite de faire n’importe quoi pour montrer, en biaisant, qu’il tient ses promesses. Réglementer les campagnes électorales, ce n’est pas limiter la liberté d’expression, mais mettre des règles pour que le jeu soit honnête.
Vous connaissez la célèbre phrase de Cécile Sorel au pied de l’escalier du Casino de Paris en 1933 : « L’ai-je bien descendu ? ». Il m’arrive de me demander si le matin et le soir, devant votre glace, vous ne vous posez pas la même question que votre prédécesseur en pensant aux Français : « Les ai-je bien entubés ? ».
Vous annonciez que vous alliez à nouveau faire rêver la France. Qui ne voudrait rêver, avec vous et tous les autres, d’un salaire minimum fortement augmenté, de la fin des privilèges exorbitants, d’une éducation meilleure, de la diminution du chômage, de la paix dans le monde… Vous jouez Alice au pays des merveilles. Ce n’est pas rêver dont il devrait s’agir, mais explorer et exploiter le champ du possible. Cessez d’être populiste et devenez réaliste !
Or il est parfaitement possible d’arrêter ces diarrhées verbales qui abusent de la bonne foi et de la crédulité des citoyens. Ces derniers ont le droit de croire que leur avenir et celui de leurs enfants seront meilleurs, mais ils ont aussi le droit de savoir comment leur rêve deviendra réalité.
Les promesses électorales devraient être chiffrées et prouvées réalisables. A vous de mettre en oeuvre, pour y parvenir, deux principes simples et compréhensibles par tous :
Aucune promesse électorale ne devrait être annoncée sans que son financement n’ai été clairement défini, assuré et vérifié comme réalisable par la Cour des Comptes et le Conseil constitutionnel.
Aucune dépense supplémentaire ne devrait être promise sans une règle d’or : pour un euro de dépense, deux euros d’économies, dont un irait au remboursement de la dette.
Ce dispositif simple mais tout à fait contraignant permettra aux Français de juger en connaissance de cause, ce qui n’est pas le cas actuellement, et donne libre cours à la surenchère. Finies les promesses non tenues pour inconstitutionnalité… Finis les effets d’annonce et de tribune destinés à passer au journal de vingt heures… Finis le baratin et « l’emberlificotage » de la population… Fini le mensonge permanent… Il ne s’agit pas de l’avenir d’un candidat, mais de celui de notre pays.
Les flatteurs et la flagornerie n’ont pas de place en démocratie. Ils devraient en avoir une devant les juges.
La lumière s’est éteinte. Je continuerai demain.
1. François de CLOSETS - Plus encore !, p. 95 - Fayard-Plon 2006
2. Le Nouvel Observateur - 4 septembre 2014
18. LIBERTÉ D’EXPRESSION
Sire,
Vous connaissez, dans Hyde Park à Londres, la tribune mise à la disposition de tous ceux qui veulent faire connaître leurs idées, le « speakers’ corner ». Karl Marx et Lénine l’ont utilisée et je me demande parfois s’il n’aurait mieux valu les en empêcher. Cela aurait-il permis d’épargner des millions de vies ?
La liberté d’expression est belle, trop belle pour être bafouée, mais il semble devenu nécessaire de lui fixer certaines limites, tant pour les particuliers que pour les journalistes et les politiques. La République ne peut tolérer, par exemple, des appels au meurtre, à la guerre sainte ou à la croisade.
Une règle devrait être absolue : le respect des principes inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. La République ne devrait tolérer ni discours ni écrits contre elle-même ou contre les droits de l’homme reconnus par la communauté internationale.
Lorsqu’un parti politique ou une association est enregistré officiellement, ses statuts sont communiqués et son bureau connu. Si les statuts ne respectent pas ces principes universels, le parti ou l’association doit être interdit. Si dans leurs discours, écrits, déclarations, les dirigeants ne respectent pas leurs engagements, le parti ou l’association doit être dissous, et eux-mêmes interdits de vie politique.
Ceci étant dit très clairement, tous les partis devraient être respectés à partir du moment où la République les a reconnus. Je n’aime pas les extrêmes, ni de gauche ni de droite, mais je déteste aussi les procès faits par les médias et les politiques à certains partis déclarés extrémistes. S’ils sont illégaux, que la justice le dise, les interdise et arrête leurs dirigeants. Autrement, on a trop l’impression que les plus anciens partis politiques font tout pour garder pour eux-mêmes la totalité du gâteau et empêcher l’émergence de nouvelles formations.
Si nous sommes en démocratie, tous les partis ont le droit d’exister et de défendre leurs intérêts. Mais si l’un ou l’autre franchit la ligne jaune, alors oui il faut l’interdire et sanctionner durement ses dirigeants. De même, il faut sanctionner ceux et celles qui traitent leurs adversaires d’antirépublicains et d’antidémocrates.
Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage.
Permettez-moi de prendre un autre exemple à propos de la liberté d’expression. Vous auriez dû choisir tous vos ministres après avoir donné la preuve de leurs éminentes qualités au service du bien commun. Je dis « éminentes » car si leurs qualités ne l’étaient pas, ils ne devraient pas faire partie du gouvernement du pays ! Mais enfin, vous les avez nommés seulement ministres et non ministres d’Etat. Or ils adorent, pour faire leur publicité, se faire inviter sur les plateaux de télévision et dans les studios de radio, et ils déblatèrent de tout et de n’importe quoi. Etes-vous sûr que vous ne pouvez pas les arrêter de jacasser ? Ils feraient mieux d’être à leur bureau et de travailler, si du moins ils en étaient capables.
Par contre, leur liberté d’expression devrait se manifester davantage pour présenter le mieux possible aux Français l’état d’avancement des dossiers dont ils ont la charge ou pour expliquer les raisons d’un projet de loi qui va affecter la vie de leurs concitoyens.
Autrement, par pitié et décence, faites-les taire et que cesse la cacophonie !
Hiver long et rigoureux. Je continuerai demain.
19. SÉCURITÉ
Sire,
Je connais bien la place Beauvau, l’avenue de Marigny et la rue du faubourg Saint-Honoré. La concentration de policiers, à toute heure du jour et de la nuit, y est impressionnante et sans doute normale pour protéger l’Elysée et le ministère de l’Intérieur.
Mais ce qui n’est pas normal, c’est la transformation de la plus grande partie de la France en désert d’insécurité. Et le mal s’étend. Je ne demande pas la même concentration policière qu’autour de l’Elysée pour l’ensemble de la République, mais chaque citoyen a le droit d’être protégé, dans sa personne et ses biens. Ce droit essentiel ne doit pas seulement être affirmé, mais aussi réalisé. Que le Ministre de l’intérieur soit à sa table de travail et pas uniquement devant les caméras de télévision !
« Quand je lis que la police ne peut pas pénétrer dans tel ou tel quartier, je trouve ça ahurissant ! Si j’avais été ministre de l’Intérieur, la police aurait fini par aller partout, non pour sévir mais pour apaiser et exercer sa fonction naturelle, c’est-à-dire garantir la liberté qui n’existe jamais dans le désordre ou la peur ». (1)
Comment un président normal peut-il trouver normal que les zones de non-droit se développent et s’agrandissent dans la République, partout sauf autour des palais nationaux ? Comment un président normal peut-il trouver normal qu’un ministre de l’Intérieur crée des zones de sécurité prioritaire comme si la France entière ne nécessitait pas de sécurité prioritaire ? Comment un président normal peut-il trouver normal que les policiers et les gendarmes, mais aussi les pompiers et les ambulanciers ne puissent plus aller dans certaines de ces zones sans être accueillis par des jets de pierres ou autres actes hostiles ? Comment un président normal peut-il trouver normal que la sécurité ne soit plus assurée dans les transports en commun, ni dans les autobus, ni dans les trams, ni dans les métros, ni dans les trains ? Comment un président normal peut-il trouver normal que les vols et cambriolages ne cessent d’augmenter ? Comment un président normal peut-il trouver normal que huit mille viols soient recensés officiellement chaque année et que rien ne soit fait pour tous les autres non déclarés ? Comment un président normal peut-il trouver normal que des voitures soient incendiées régulièrement à l’occasion du Nouvel An ou même sans occasion particulière ?
« Et que fait l’Etat ? – Rien. » (2)
Il faudra bien un jour que vous songiez sérieusement à envoyer l’armée pour rétablir l’ordre républicain chaque fois que ce sera nécessaire, et que vous la laissiez à demeure aussi longtemps que la police et la gendarmerie n’auront pas retrouvé leur place normale.
En fait, vous le faites déjà avec le plan Vigipirate. Mais il faudra bien, hélas, vous résoudre à comprendre que le terrorisme n’est pas le seul fléau dont souffre notre société.
L’orage menace. Je continuerai demain.
1. Michel CHARASSE - 55 faubourd saint-Honoré, p.57
2. Lettre du 15 septembre 2014 de Gustave d'HASSONVILLE, maire
d'Halluin (Nord), au Président de la République
20. IMPÔTS – SIMPLIFICATIONS
Sire,
Pendant votre campagne électorale, vous aviez promis une importante réforme des impôts et, comme pour le reste, rien n’est venu. Vous êtes l’Arlésienne !
On disait que le Président François Mitterrand , que vous avez bien connu, se prenait pour Dieu. Vous voulez l’imiter, alors vous essayez d’être le « Verbe » !
En mars 2013, vous n’avez pas eu peur d’indiquer que vous déteniez une « boîte à outils », magiques semble-t-il, pour réparer les malheurs de la France. Depuis on n’en entend plus parler, mais le « Verbe » poursuit ses jacasseries.
En mars 2013 également, vous avez annoncé un « choc de simplification ». J’ai benoîtement pensé que les choses allaient enfin s’améliorer. Ensuite, je n’ai rien vu venir.
"Quand on nous dit: La vie augmente, ce n'est pas Que les arbres se sont mis à monter Par-dessus les nuages... Que l'on peut voyager Dans la moindre des fleurs... Mais c'est tout simplement Qu'il devient difficile De vivre simplement." (1)
Vous aviez promis une grande réforme pour la justice fiscale. Naturellement, rien n’a été fait car, comme les autres, vous ne songez qu’à augmenter les impôts sans même envisager un instant de les simplifier.
S’agissant de cette réforme des impôts, c’est votre Premier Ministre de l’époque qui a ressorti l’idée de son chapeau. Pauvre pays qui est le mien ! Dirigé par une boîte à outils et un accessoire de prestidigitateur ! On croit rêver !
Une réforme de l’impôt doit être comprise par tous pour être acceptée par tous. Pour une fois, ne manquez pas de courage et ne confiez pas cette réforme à vos technocrates habituels. Il faut une réforme simple.
En regardant mes feuilles d’impôt, j’ai cherché quelques petites choses qui pourraient facilement être changées.
Pour l’impôt sur le revenu, je trouve une ligne concernant la « CSG déductible ». J’espère que les inventeurs de cette soi-disant simplification entre CSG déductible et CSG non déductible ont été décorés. Au lieu de simplifier tout ce qui peut l’être, vous conservez l’opacité qui vous permet de faire croire que vous diminuez les impôts tout en les augmentant. A supprimer.
S’agissant des prélèvements sociaux, j’espère que vous connaissez leurs taux. De 3,9% en 1997, il se monte à 15,5% depuis le 1er juillet 2012. Vous avez, comme les autres, des idées pour les augmentations, vous n’en avez aucune pour les diminutions. A quoi servez-vous ?
A propos des taxes foncières et d’habitation, je relève la stupidité du mille-feuilles composé de la commune, du syndicat de communes, de l’intercommunalité, du département, de la région…
Je note seulement, pour commencer, des choses simples : la taxe sur les ordures ménagères, les frais de gestion et la contribution à l’audiovisuel public.
La taxe sur les ordures ménagères… Oui, il vous appartient de lever les impôts nécessaires. Il ne vous appartient certainement pas de rajouter des lignes aux impôts pour déguiser des augmentations. Le ramassage des ordures ménagères est certes indispensable, mais l’entretien des rues et leur éclairage le sont tout autant… Ne multipliez pas les lignes. C’est votre travail de répartir l’impôt une fois prélevé. A supprimer.
Les frais de gestion… Ce doit être une découverte d’énarques ! Vous pourriez nommer une nouvelle commission dont vous paieriez grassement les membres et qui vous remettrait un rapport devant les caméras pour faire sérieux. On peut d’ores et déjà prévoir, sans risque d’erreur, les conclusions de ce travail acharné. Aucun « expert » n’aurait l’idée de contester que ces frais de gestion incombent à l’Etat et non aux contribuables et qu’il n’y a donc aucune raison d’ajouter de l’impôt à l’impôt. Tous les experts par contre seraient d’accord pour vous proposer la création de nouvelles lignes sur les feuilles d’impôts. Il pourrait y avoir une ligne supplémentaire pour « frais d’envoi par la poste », une autre pour « frais d’impression »… A supprimer.
La contribution à l’audiovisuel public… Encore un triste exemple de l’impôt ajouté à l’impôt. Je répète car vous semblez ne pas l’avoir compris même si c’est évident : il vous appartient de collecter l’impôt d’une façon simple et juste, puis de le dépenser pour la collectivité de la façon que vous-même et les législateurs jugerez la meilleure possible. Vous pouvez donc, si tel est votre choix, aider l’audiovisuel public. Je pense pour ma part qu’en l’état, ce sont des dépenses inutiles. Il appartient à l’audiovisuel dans son ensemble d’être indépendant, comme l’audiovisuel public le revendique à grands cris.
On dit aussi « service public ». Mais il est difficile de voir davantage de service, ou un meilleur service, dans les télévisions publiques que dans les chaînes privées. Peut-on trouver des émissions d’information et de formation plus que sur les chaînes privées ? Il faut vraiment les chercher pour trouver, par exemple, « le dessous des cartes » sur ARTE présenté par Jean-Christophe Victor, ou « merci professeur » de Bernard Cerquiglini sur TV5Monde. Je pense aussi à « Geopolitis » présenté par Xavier Colin, mais c’est sur la télévision suisse romande.
On pourrait s’attendre, dans le « service public », qui ne devrait pas être uniquement « payé par le public » comme l’indiquait une célèbre humoriste, à une part importante donnée à la télévision éducative. Elle existe dans des pays que nous appelons, hautainement, en voie de développement. Les chaînes, dans le pays auquel je pense, au nombre d’une dizaine, sont accessibles avec l’abonnement de base au câble ou au satellite. En France, on est nettement meilleur : on paye une redevance et en échange on n’a rien. L’impôt supplémentaire est gaspillé pour faire ce que des chaînes privées font souvent au moins aussi bien : divertissements, films, sports, musique… Mais pour l’éducation, notre retard est considérable. Alors même qu’il est constaté, année après année, un échec scolaire gravissime pour une partie de plus en plus importante des classes jeunes. Il y a, là encore, urgence à cesser de se moquer de la jeunesse dont vous aviez fait, pendant votre campagne, un thème majeur sur lequel vous vouliez être jugé. La modernisation de l’enseignement ne passe pas uniquement par l’accroissement du nombre de professeurs.
On peut rêver d’avoir un jour un président social – et non socialiste – qui créerait des chaînes gratuites de télévision éducative, mais aussi des chaînes gratuites thématiques : une chaîne cinéma pour utiliser au mieux les collections de la cinémathèque, une chaîne théâtre pour mettre à la disposition du public les répertoires des théâtres nationaux, une chaîne opéra…
Je ne vois guère qu’un avantage pour le téléspectateur dans l’audiovisuel public. Encore a-t-il été donné par votre prédécesseur : la suppression de la publicité pendant la diffusion d’un film. On ne coupe pas une oeuvre d’art en tranches. Ce n’est donc pas au seul audiovisuel public que cette réforme aurait dû être appliquée, mais à l’ensemble du paysage audiovisuel français, c’est-à-dire à toutes les chaînes, publiques ou privées.
L’orage gronde. Je continuerai demain.
1. Eugène GUILLEVIC - La vie augmente, 1949
21. IMPÔTS – ABATTEMENT
Sire,
La grammaire de la langue française contient suffisamment d’exceptions pour ne pas en créer de nouvelles dans les impôts. Ces passe-droits inventés continuellement pour satisfaire, acheter ou favoriser les nantis, les influents ou ceux dont le pouvoir de nuisance est élevé, doivent cesser. Et la seule façon de ne pas les multiplier au gré des échéances électorales est de les supprimer tous pour rétablir une certaine égalité et une plus grande clarté.
En vertu du principe très sain de l’égalité de tous devant l’impôt, l’abattement doit être accordé à tous, au même taux, ou à personne. Comme il s’agit d’une supercherie destinée à masquer des avantages conduisant à l’inégalité, il est préférable de supprimer tout abattement et de réduire le taux de l’impôt en conséquence. Ce n’est certainement pas au législateur d’introduire l’inégalité entre les Français à la suite d’interventions de groupes de pression ou de professions à protéger pour des motifs électoraux. Prenons un exemple, tout à fait par hasard. Les journalistes, rédacteurs, photographes, directeurs de journaux, critiques dramatiques et musicaux… ont actuellement le « droit » de retrancher de leur salaire imposable la somme de 7.650 euros. Où est la justice ? Où est l’égalité devant l’impôt ?
Quelle honte pour ceux des journalistes qui parlent sans cesse de liberté et d’indépendance de la presse, de se vendre et de perdre leur âme en réclamant des abattements spéciaux. Ils devraient au moins reconnaître qu’ils se sont vendus, qu’ils ont été achetés et qu’ils ne sont donc plus impartiaux. Un journaliste qui se fait pomponner et maquiller avant de présenter un journal télévisé, c’est-à-dire lire les gros titres des dépêches de presse et des journaux, n’a pas davantage de raisons de bénéficier d’un abattement d’impôt qu’une personne âgée qui se fait belle avant de rencontrer les quelques amis qui lui restent. La seule différence, c’est que les perroquets ne paient pas leurs fards.
L’orage n’est pas loin. Je continuerai demain.
22. IMPÔTS – PRÉLÈVEMENT À LA SOURCE
Sire,
Vous auriez pu, et vous pourriez encore si vous en aviez le courage, supprimer cette stupidité qui consiste à faire payer l’année suivante l’impôt sur le revenu.
Ne voyez-vous pas à quelle aberration conduit le système actuel ? « Entre 2011 et 2013, les demandes gracieuses concernant l’impôt sur le revenu ont bondi de 22% pour dépasser les 215.000 ». (1)
Et encore : « Les demandes pour obtenir des délais ou des remises concernant le paiement de l’impôt sur le revenu ou des impôts locaux ont bondi de près de 17% entre 2011 et 2013. Ce qui représente près de 1,3 million de demandes gracieuses. Sur la même période, les envois de lettres de rappel et de relance du fisc ont doublé : près de 10 millions en 2013 ». (2)
Vous auriez pu, et vous pourriez encore, le remplacer par un prélèvement mensuel à la source sur tous les salaires, indemnités, retraites… quels qu’ils soient, depuis le premier euro. Cette réforme simple aurait de nombreux avantages, dont ceux de la simplification et de la clarté.
Dès le premier euro, car il est normal que chacun, quelle que soit la modicité de ses revenus, participe à l’effort national. Il ne s’agit pas, comme vous le faites actuellement, de transformer le plus possible de Français en assistés, mais bien de redonner à chacun la certitude d’être un citoyen participant, à la mesure de ses moyens, à l’impôt nécessaire. Bien entendu, le législateur fixerait un taux très bas pour les revenus modestes. Il fixerait aussi des taux très élevés pour les salaires scandaleusement élevés. Je ne suis pas contre votre proposition d’imposition à 75%. Mais je vais plus loin : une imposition à 100% sur les salaires de ceux qui n’auraient pas la décence de respecter le salaire maximum.
Pour l’immense majorité des Français qui perçoivent un seul salaire ou une seule retraite, pour tous ceux-là qui, eux, sont normaux, j’espère que vous imaginez la simplification qui en résulterait.
La première année, vous recevriez les impôts de deux années, ce qui ne concernerait que la moitié de la population, la partie la plus aisée, puisque l’autre moitié n’est pas, actuellement, soumise à l’impôt sur le revenu. En contrepartie, vous devriez assurer les Français que ces recettes supplémentaires qui, si besoin était, pourraient être étalées dans le temps, iraient en totalité au remboursement du capital de la dette et non à l’équilibre du budget. Ce serait justice de faire payer au moins une partie de la dette par la génération qui a profité du développement du pays dans les trente ou cinquante dernières années. Ils auraient certainement à coeur de ne pas laisser cette dette à leur descendance.
Le quotient familial serait supprimé. Ce qui ne vous empêcherait nullement – et heureusement – de faire une politique familiale. Il suffirait de verser aux familles les allocations souhaitées par le gouvernement et le Parlement. Cette simplification apporterait une clarification puisque tout le programme familial serait regroupé dans le budget national. Encore une fois, il faut en finir avec tous les abattements et réductions d’impôt. Ce qui n’empêche nullement les dotations octroyées aux familles.
L’orage éclate. Je continuerai demain.
1. Le Figaro, 3 octobre 2014
2. Mieux vivre votre argent, octobre 2014
23. IMPOSITION DE L’ÉPARGNE
Sire,
S’agissant encore de l’impôt, il serait enfin temps, pour (re)donner confiance aux investisseurs, Français ou étrangers, de cesser de changer continuellement les règles. Que l’Etat respecte ses engagements ! Actuellement personne ne sait, pas même vous, comment seront imposés les Français dans les prochaines années. Personne ne sait non plus ce que feront vos successeurs. C’est, une fois encore, la raison pour laquelle il faut obtenir un consensus national dans ce domaine comme dans toutes les grandes décisions, pour que ceux qui viendront après vous ne détruisent pas ce que vous essayez de faire, comme vous-même cherchez avec acharnement à détruire ce qu’on fait vos prédécesseurs.
Regardez, par exemple, l’assurance-vie ou les plans d’épargne en actions. Il s’agit d’investissements de longue durée qui rendent nécessaires la confiance et la visibilité. Ceux qui les ont souscrits ont le droit d’être assurés du respect par l’Etat des clauses qu’ils ont signées. Si vous voulez changer les taux d’imposition, vous ne devez le faire que sur de nouveaux supports, sans amputer continuellement les quelques bénéfices de ceux qui ont osé investir sur le long terme pour le développement des entreprises et des services.
Les sourds n’entendent pas l’orage. Je continuerai demain.
24. PARTIS POLITIQUES
Sire,
« Le présent gouvernement a été formé, non pour appliquer une certaine politique, mais pour rétablir les conditions nécessaires à l’existence même du pays. De ce fait, son programme ne peut être celui d’un groupe ou d’un parti, mais seulement celui de tous les Français qui veulent que leur pays continue d’exister. » (1)
Ce qui était évident en 1958 aurait dû le demeurer depuis et devrait l’être tout autant aujourd’hui. Les partis politiques ont perdu leur vocation. Au lieu d’être des « repères pour l’opinion », des « relais pour l’action », au lieu d’être au service du pays, ils sont devenus d’horribles castes qui « n’aspirent en fait qu’à exercer le pouvoir, à en savourer les privilèges. » (2)
Le constat de leur outrecuidance est dramatique et catastrophique. Le pays « a été ruiné par un demi-siècle de démagogie… Les partis de gouvernement, droite, gauche et centre confondus, en portent la responsabilité et la culpabilité » (2). Il n’est donc pas étonnant de constater que la majorité des Français « ne voit plus les hommes politiques en serviteurs de l’Etat, mais en partisans, au mieux aveuglés par leur idéologie, au pire mus par leur cupidité. » (2)
Il appartient aux partis politiques, étant connue et avérée leur décrépitude actuelle, de se réformer profondément s’ils ne veulent pas disparaître, c’est-à-dire mourir. « La gauche française est morte parce que ceux qui y ont adhéré et ont accédé aux instances dirigeantes étaient plus motivées par l’ambition personnelle que par l’idéalisme… Un parti au pouvoir attire toujours des gens dont l’ambition est le seul programme. » (3)
La droite, quant à elle, n’est pas en meilleure posture. Elle agonise et ce n’est pas en faisant ressortir des placards les fantômes du passé qu’elle ressuscitera.
Il ne s’agit pas d’avoir « pour seule ambition de capter les voix de tout le monde pour n’aboutir à rien » (4). Il s’agit, et c’est beaucoup plus difficile, de former des hommes et des femmes politiques qui pourraient devenir de véritables hommes et femmes d’Etat, sachant que « l’homme politique est celui qui cherche à rester au pouvoir, l’homme d’Etat, celui qui cherche à rester dans l’histoire. » (4)
C’est bien là toute la difficulté. Les partis ont certainement un rôle important de formation politique à remplir, mais leurs meilleurs éléments, quand ils sont au pouvoir, doivent s’en détacher, un peu comme des parents voient partir leurs enfants après leur avoir donné l’éducation et l’instruction qu’ils pensaient les meilleures pour les préparer à vivre de leurs propres ailes.
Car pour servir le pays, ces hommes et ces femmes devront être libres. Napoléon le disait déjà : « Gouverner par un parti, c’est se mettre tôt ou tard dans sa dépendance. On ne m’y prendra pas. Je suis national. » Et naturellement, le général de Gaulle a repris l’idée : « On ne peut servir à la fois la France et son parti. » (5)
J’ai tout à fait la triste impression de formuler un voeu pieux, mais je le formule quand même. Etre au service de la France, ce n’est pas être enfermé dans un parti. Comme les enfants, si nos futurs hommes et femmes d’Etat sont parfois ingrats envers ceux qui les ont formés, peu importe s’ils vont plus loin et mieux que leurs aînés.
Il faut faire vite cette mutation profonde. Car en ce moment, le plus insupportable… c’est de voir le club des naufrageurs, les hommes politiques et les partis qui ont ruiné le pays, garder les commandes et s’apitoyer sur le sort des naufragés. » (6)
« Temps pesant » (7). Je continuerai demain.
1. Jacques RUEFF, juin 1958
2. François de CLOSETS - Maintenant ou jamais, p. 284-288 - Fayard 2013
3. Claude ALLEGRE - La science et la vie, p. 185 - Arthème Fayard 2008
4. Jacques ATTALI - Interview au Figaro Magazine, 7 juin 2013
5. P. TESSON - De Gaulle Ier, p. 253 - Cité par Jean LACOUTURE,
De Gaulle, 2. Le politique, p.224 - Seuil 1986
6. François de CLOSETS - Maintenant ou jamais, p. 12 - Fayard 2013
7. Antoine EMAZ - Soirs (3.06.96) - Sauf, p.175 - Tarabuste 2011
25. MAIRES
Sire,
Un représentant du peuple, quel que soit son niveau, conseiller municipal, départemental ou régional, maire, député, sénateur… est élu par une partie du peuple dans une circonscription donnée.
Comme la démocratie ne peut accepter les parachutés choisis et imposés par les états-majors des partis politiques, tous les candidats doivent avoir un enracinement local dans l’espace dont ils sollicitent les suffrages, c’est-à-dire y avoir vécu et exercé leur occupation pendant un minimum de cinq années. Qu’ils soient étudiants, salariés, agriculteurs, chefs d’entreprise, retraités… peu importe, mais ils doivent être issus d’un terroir, d’une région. Jean Jaurès en est un bon exemple : né à Castres en 1859, professeur au lycée d’Albi en 1881, puis à l’université de Toulouse en 1882 et élu député de Castres en 1885 et de Carmaux en 1893.
Les conseillers municipaux et les maires des très petites communes devraient être les seuls à pouvoir cumuler leur mandat électif avec une autre activité. Si l’élu n’est pas occupé à plein temps, son poste doit être supprimé.
Les maires pourraient être élus pour dix ans, sans aucun renouvellement possible. Ils auraient ainsi le temps de mettre en oeuvre leur programme pour leur ville et de préparer leur succession. J’avais d’abord pensé à la possibilité de plusieurs mandats pour les maires de très petites communes où tout le monde connaît tout le monde et où il n’est donc pas nécessaire d’être riche ou financé par un parti pour se présenter comme candidat et se faire élire. Je préfère maintenant favoriser les fusions de communes pour diminuer le nombre de ces dernières. Si le maire ne peut trouver un éventuel successeur, il aura le temps d’étudier et de réaliser une fusion de sa commune avec une de ses voisines.
Les élections municipales n’ont pas à être organisées toutes en même temps. Puisqu’il s’agit d’élections locales, il n’y a pas lieu de les transformer en élections nationales et donc de modifier leur enjeu. Au fur et à mesure des décès ou des démissions, les élections nécessaires seraient organisées.
Dans le même ordre d’idées, les partis et les candidats ne devraient jamais donner de consignes de vote. Ceux-là mêmes qui prônent dans leurs discours la maturité des électeurs viendraient leur donner des consignes ? Incapables de créer un « front républicain » pour résoudre les problèmes nationaux, ils voudraient l’imposer au niveau local ? Que chacun s’exprime, bien sûr. Mais ensuite il appartient au citoyen de choisir ce qui lui apparaît comme la meilleure (ou la moins mauvaise) des solutions, et de voter en son âme et conscience, sans se laisser manipuler par des marionnettistes.
L’ouragan approche. Je continuerai demain.
26. PARLEMENTAIRES
Sire,
Mon respect va à tous ceux et celles qui sont les représentants du peuple, des serviteurs publics au service du public parce qu’ils ont reçu un mandat de service public. Cette évidence en entraîne d’autres et implique de nécessaires réformes.
Comment peut-on accepter qu’un parlementaire ne consacre pas la totalité de son temps à sa fonction ? Cette dernière ne peut donc se cumuler avec aucune autre, absolument aucune autre, ni publique, ni privée.
De même, son salaire ne saurait se cumuler avec aucun autre, absolument aucun autre, ni avec aucune pension versée par l’Etat, absolument aucune autre.
A l’évidence, ce salaire ne saurait être versé que si l’élu a été réellement présent dans son assemblée. Imagine-t-on un ouvrier ou un employé recevant son salaire en étant absent de son usine ou de son bureau ?
Il n’y a aucune raison qu’un parlementaire bénéficie de davantage de congés qu’un citoyen ordinaire et normal. Cinq semaines de vacances par an doivent largement suffire. Représenter le peuple est un honneur auquel il faut se consacrer.
Puisque les députés et les sénateurs travailleront enfin à plein temps, leur nombre pourra être aisément, pour commencer, divisé par deux et les circonscriptions électorales modifiées en conséquence.
Un parlementaire ne doit jamais oublier qu’une fois élu par les habitants d’une circonscription, il représente l’ensemble des Français et doit défendre les intérêts de la France et non ceux de groupes de pression ou pas seulement ceux de la circonscription qui l’a élu. Il doit donc être libre. Il peut bien sûr appartenir à un parti politique, mais aucune consigne ne peut lui être imposée. Seuls les parlementaires présents, et c’est leur devoir d’être toujours présents, ont le droit de voter.
Un mandat et un seul et bien entendu non renouvelable. La classe politique a besoin de renouvellement. On donne à son pays une part de sa vie après avoir montré, dans son domaine de compétence, qu’on était parmi les meilleurs. Il faut mettre un terme à ces carrières de « député à vie » ou « sénateur à vie », qui ressemblent à celles de « président à vie » dans certaines parties du monde. Ne craignez pas de crise de recrutement ! Il y a toujours eu pléthore !
Il ne faut pas modifier la durée du mandat des députés. Qu’il y ait au moins une consultation nationale pendant un septennat semble une très bonne chose. Le Président doit être tenu éveillé. S’il sort des urnes une nouvelle majorité, il y aura une cohabitation. Et pourquoi pas ? Cette situation particulière finira bien, un jour, par enseigner à la classe politique que, parfois, il faut, comme en Allemagne par exemple, créer une grande coalition pour le bien du pays avec un programme de gouvernement.
Sire, vous avez, à juste titre, tenté d’établir davantage de dialogue et de concertation entre les différents partenaires sociaux. Vos initiatives en ce domaine sont louables car elles vont certainement dans le bon sens. Encore faudrait-il que, là comme partout ailleurs, les politiques donnent d’abord l’exemple et que la lutte entre la majorité et l’opposition soit remplacé par le dialogue !
Le cyclone se prépare. Je continuerai demain.
27. RÉSERVE PARLEMENTAIRE
Sire,
Vous-même et tous les vôtres êtes toujours prêts à délivrer des leçons de morale et de démocratie au monde entier. Vous fustigez facilement et avec raison les pays dans lesquels les élections sont truquées et les électeurs remerciés avant même le jour du vote pour qu’ils mettent dans les urnes le « bon choix ».
Vous semblez oublier qu’en France, une fois de plus, nous ne sommes pas les meilleurs. Nous faisons pire avec la « réserve parlementaire » distribuée aux élus. On n’achète pas directement le peuple, mais on favorise, avec l’argent du peuple, la réélection des parlementaires, empêchant ainsi le renouvellement nécessaire de la classe politique. Les voix du peuple sont, d’une façon ou d’une autre, achetées. Le peuple lui-même est berné et enfumé.
Avec la réformette de 2011, qui ne va pas au fond du problème, chaque député reçoit le même montant (130.000 euros par personne et par an), sauf les hauts responsables, comme le Président de l’Assemblée Nationale (520.000 euros) et les Vice-Présidents (260.000 euros). Au Sénat, chaque groupe reçoit 157.000 euros par élu. Cette ligne budgétaire est – tout à fait par hasard, n’est-ce pas ? – en augmentation de 29% depuis cinq ans. (1)
150 millions d’euros sont ainsi distribués chaque année aux parlementaires pour financer des projets de leur choix, appelés benoîtement d’intérêt général : 90 millions pour les députés et 60 pour les sénateurs. Si ces projets étaient réellement d’intérêt général, ils devraient être inclus dans le budget de l’Etat et dépensés par l’Etat. Ils ne le sont pas et n’ont donc pas à y figurer.
Cette « réserve parlementaire » doit être, non pas « rabotée », mais supprimée. Les Français feront ainsi, dans « leur » budget, une économie de 750 millions d’euros par quinquennat et plus d’un milliard d’euros par septennat.
La tempête fait rage. Je continuerai demain.
1. Le Monde, 11 juillet 2013
28. PECCADILLES, PICAILLONS ET SCANDALES PARLEMENTAIRES
Sire,
Vous avez suffisamment profité des multiples avantages qu’au fil des temps se sont octroyé les parlementaires pour ne pas les connaître par coeur. Mais il apparaît nécessaire de vous rafraîchir la mémoire avec quelques exemples pour que la République soit davantage, comme vous dites le souhaiter, exemplaire.
Les 577 députés et les 348 sénateurs, soit 925 parlementaires, bénéficient de la gratuité dans les transports parisiens. Le tarif annuel du forfait Navigo est annoncé, en 2014, à 1.170,40 euros, ce qui représente, chaque année et pour l’ensemble des parlementaires, un coût total pour la collectivité de 1.082.620 euros… Des peccadilles en somme !
Les frais de taxis de ces mêmes 925 parlementaires sont pris en charge… Encore des picaillons !
Est-ce suffisant ? Bien sûr que non ! Les parlementaires reçoivent une carte leur octroyant un accès gratuit à l’ensemble du réseau SNCF en première classe, soit, d’après les tarifs, 3.000 euros par personne et par an. Un total de 2.775.000 euros chaque année… Toujours des picaillons !
Rappelez-vous. Il y a également les billets d’avion. Quatre-vingts voyages gratuits entre Paris et la circonscription pour les députés, ainsi que douze destinations libres en France métropolitaine (sans doute pour les vacances !) ; quarante allers et retours pour les sénateurs… Les picaillons s’amoncellent !
Il ne reste au peuple de manants qu’à passer son chemin, à pied bien sûr, ou bien en payant ses titres de transport. Les élus, qui ne font plus partie du peuple, se sont donné le privilège de la gratuité ! République exemplaire, n’est-ce pas, sans doute parce qu’elle est financée par le peuple !
Gratuité également pour le courrier et le téléphone, ce qui semble normal quand il s’agit du bureau parisien du parlementaire. Ce ne l’est pas pour les installations de téléphonie fixe et internet dans les permanences de circonscription. Les dépenses locales n’ont pas à apparaître dans le budget national et les parlementaires ne pouvant cumuler aucune autre fonction n’ont pas à entretenir de permanence.
Mais il n’y a pas que ces peccadilles et ces picaillons. Il y a pire.
Comment nos parlementaires peuvent-ils avoir l’audace d’étudier et voter des lois sur les retraites sans avoir le courage de commencer par supprimer leurs propres régimes spéciaux ?
« Si les politiques ne s’appliquent pas à eux-mêmes ce qu’ils demandent aux Français, ils n’ont aucune chance d’avoir la moindre crédibilité ». (1)
Pourquoi la durée du mandat parlementaire requise pour obtenir la pension maximale s’élève-t-elle à seulement trente années ? Aucune des arguties développées par les tenants de la prolongation des régimes spéciaux n’est recevable.
Et que dire de cette loi inique, votée en 2007 à l’unanimité de tous les groupes, qui permet aux députés non réélus de continuer à percevoir leur indemnité parlementaire pendant 60 mois ! Les parlementaires devraient avoir droit à l’assurance chômage après avoir cotisé pendant leurs fonctions.
Que les parlementaires reçoivent un bon salaire – qu’ils appellent « indemnité » -, rien de plus normal. Qu’ils soient imposés sur ce revenu, sans aucun abattement particulier, au même taux que les Français « ordinaires », ce devrait être l’évidence. Mais pourquoi près du quart de l’indemnité parlementaire n’est-elle pas imposable (2) ? Mais pourquoi la totalité de l’indemnité de fonction n’est-elle pas imposable ?
Les choses se compliquent encore avec les avantages et privilèges indus ou démesurés.
L’indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) est versée à tous les parlementaires et s’élève à 5.770 euros mensuels, ce qui représente un total de 64.047.000 euros par an pour l’ensemble de nos 925 bienheureux. Cette indemnité est donnée sans aucune justification de dépenses et ne donne lieu à aucune déclaration à l’impôt. C’est parfaitement inadmissible. Cette IRFM est à supprimer purement et simplement. A tout le moins elle doit être imposable, sans aucune déduction, et incluse dans le revenu des parlementaires.
Parmi les douceurs accordées aux élus par les élus, figure le régime de la « retenue à la source ». Le revenu d’un élu cumulard est « divisé en autant de parts que de mandats, et chacune est imposée séparément. Ainsi chaque indemnité reste dans les tranches les plus basses ». (2)
Je note encore qu’un crédit est accordé à la rémunération de un à cinq collaborateurs. En 2013, son montant mensuel est de 9.504 euros. Au total, il représente la somme de 10.494.400 euros par an. « La multiplication des cas de népotisme a contraint l’Assemblée à poser une limite : seule la moitié du crédit collaborateur peut atterrir dans le budget familial ». (3)
Si les parlementaires doivent rester libres d’organiser le fonctionnement de leurs assemblées, il doit leur être interdit de se voter des régimes spéciaux, des amendements, des privilèges ou des exceptions. C’est le régime de la fonction publique qui doit leur être applicable, tout simplement et tout naturellement, avec, si nécessaire, l’aide de la Cour des comptes pour statuer sur des problèmes spécifiques.
La colère gronde. Je continuerai demain.
1. Laurent WAUQUIEZ, cité dans Le Monde, 7 juillet 2013
2. Le canard enchaîné, Mai 2014
3. Le Nouvel Observateur, 20 juin 2013
29. GOUVERNEMENT
Sire,
Je me suis un jour interrogé sur le nombre de gouvernements qu’il y avait dans mon pays.
Vous êtes, à l’Elysée, entouré d’un premier gouvernement composé de l’ensemble de vos conseillers.
Le Premier Ministre est lui-même entouré d’un deuxième gouvernement. Les bureaux de ses conseillers débordent autour de l’hôtel Matignon, comme ceux des vôtres essaiment autour de l’Elysée.
Et puis il y a un troisième gouvernement connu de tous avec les ministres. Mais chaque ministre est lui-même entouré de son propre gouvernement.
Tout cela doit cesser, pour la cohésion, l’efficacité, la responsabilité, autant que pour les économies.
Vous choisissez votre Premier Ministre. Il ne devrait pas forcément être pris parmi les politiques. Il y a certainement en France suffisamment de gens compétents, indépendants et non partisans qui seraient prêts à consacrer une partie de leur vie au service de l’Etat.
Avec le Premier Ministre, il ne peut s’agir de former un gouvernement destiné à récompenser, par un poste ministériel, certains ou certaines qui vous auraient, par exemple, aidé pendant la campagne électorale. Vous pourriez distribuer quelques médailles, certainement pas des postes de ministres.
A l’évidence, il s’agit de réunir, pour le seul bien du pays, les personnalités les plus compétentes et les plus impartiales. Votre prédécesseur a tenté une petite ouverture en choisissant quelques personnes de l’opposition politique, dont certaines ont vite été qualifiées de « vendues » ou de « traîtres », ce qui est normal dans une logique partisane. Il voyait bien qu’il fallait renouveler cet air confiné et vicié dans lequel vit le petit monde politique. Mais il a eu tort de penser que ce renouvellement viendrait des politiques ; par définition, ils sont partisans.
« Le général (de Gaulle) n’a jamais dit qu’il dissoudrait les partis », mais déclaré « qu’il était inadmissible qu’un ministre obéisse à son parti et non point à la France. » (1)
L’ouverture, nécessaire, doit se faire avec la société civile. C’est avec elle que doit être formé votre gouvernement, puisque c’est en elle que se trouvent les hommes et les femmes qui ont fait preuve de compétences éminentes.
Vous parlez, par exemple, de l’indépendance de la justice. Vous avez souvent raison, quand vous parlez. Mais ensuite, que faites-vous ? Vous nommez ministre de la Justice une personnalité partisane. Vous n’êtes donc plus habilité à parler d’indépendance.
Le gouvernement doit être limité et restreint. Une quinzaine de ministres devrait largement suffire pour obtenir une équipe soudée. Comme vous étiez fier d’annoncer que la France avait, pour la première fois, un gouvernement paritaire : autant de femmes que d’hommes. Vous aviez oublié que le but, c’est le service de la France et le choix de femmes et d’hommes compétents et honnêtes, au service de la France, non de leurs carrières.
Que vous donniez la priorité à une femme sur un homme à compétences à peu près équivalentes, je suis tout à fait d’accord, étant donné notre retard en ce domaine. Mais si vous avez 100% de femmes compétentes et impartiales, alors composez un gouvernement 100% féminin.
La parité est une invention stupide. De la poudre aux yeux. Si vous alliez au bout de votre logique, vous devriez dire que le Premier Ministre doit être une femme lorsque le Président de la République est un homme et qu’au nom de la parité une femme doit obligatoirement vous succéder à la Présidence de la République.
Les postes de secrétaires d’Etat sont à supprimer. Si vous avez besoin de distribuer des prébendes, donnez d’autres médailles, mais certainement pas de postes dans le gouvernement du pays.
Vous devez apprendre à travailler avec le Premier Ministre et le gouvernement, tout autant que les ministres doivent travailler avec leur administration, sans l’intermédiaire de cabinets. Il faudra donc imposer à chaque ministre un cabinet d’au maximum cinq membres. Les ministres emploieront davantage pour les seconder les directeurs généraux et les directeurs de leur administration ; ils sont sous-employés actuellement à cause de l’importance démesurée et injustifiée donnée aux membres des cabinets, souvent jeunes et sans expérience. Les directeurs généraux, directeurs et sous-directeurs sont – je l’ai souvent vérifié – des personnes compétentes, capables et travailleuses. Il serait facile, par exemple, de leur donner, pour le temps d’une conférence internationale à laquelle le ministre ne pourrait participer, le titre de « vice-ministre » ou de « secrétaire d’Etat ». Vous leur rendriez ainsi le goût de la responsabilité.
« Un technocrate, c’est un technicien qui n’est investi par personne mais qui doit se substituer à son ministre pour gouverner à sa place. Un ministre à la tâche, présent à son bureau, qui lit tous ses dossiers, qui décide et prend ses responsabilités, n’a jamais de technocrates dans son entourage, il n’a que des techniciens. Les technocrates ne sont que les sous-produits des défaillances des politiques. » (2)
Enfin, il serait normal qu’une retraite soit assurée aux membres du gouvernement. Ils cotiseraient comme chaque Français pendant leurs fonctions et toucheraient une pension, au prorata de leur temps passé au gouvernement, lorsqu’ils atteindraient, comme les autres Français, l’âge requis.
La vie se meurt. Je continuerai demain.
1. Olivier TODD - André Malraux Une vie, p. 396 - Gallimard 2001
2. Michel CHARASSE - 55 faubourg Saint-Honoré, p. 208
30. PRÉSIDENT : UN SEUL SEPTENNAT
Sire,
A tout seigneur, tout honneur… J’ai envie d’écrire « saigneur » du Tiers-Etat !
François MITTERRAND « aimait à dire que le pouvoir est une drogue qui rend fou quiconque y goûte, qui corrompt quiconque s’y installe, qui détruit quiconque s’y complaît, qui pousse à confondre renommée et réputation, gloire et célébrité, reconnaissance et révérence, curiosité et admiration. Il pensait que son exercice conduisait à cesser de douter, à perdre tout esprit critique, à ne plus être soi, à croire en l’illusion de disposer de quelque chose comme un gage d’éternité, c’est-à-dire d’impunité. Bref, à être, au sens propre du mot, « aliéné ». (1)
« On est dans une forme d’autisme. Le pouvoir est une drogue, une drogue dure… L’addiction au pouvoir, c’est qu’en réalité, ce qui est rendu prioritaire, c’est l’exercice du pouvoir. C’est le tout à l’ego, c’est le narcissisme… A partir de là, c’est la déconnexion qui arrive assez rapidement par rapport aux préoccupations quotidiennes de ce que l’on est censé représenter. » (2)
Le pouvoir use, le pouvoir corrompt, le pouvoir rend fou. Il faut donc mettre en place les mesures empêchant l’usure, la corruption et la folie, et permettant le développement de la démocratie. « La politique corrompt tout… La politique c’est d’abord la corruption par l’argent et l’ambition » (3). Il faut donc limiter le pouvoir dans le temps. Mais passer du septennat au quinquennat n’était pas la bonne solution. Certes, l’histoire s’accélère, mais il faut du temps pour y laisser sa trace. Il faudrait reprendre l’idée de Michel Debré quand il a rédigé notre constitution, mais qu’il n’a pas cru devoir imposer en raison de la personnalité du général de Gaulle : un mandat de sept ans, non renouvelable. « La réforme constitutionnelle la plus importante à faire après l’élection présidentielle (de 1981), c’est l’interdiction de deux septennats consécutifs ». (4)
Il faut certainement revenir au septennat et l’idée commence à faire son chemin, tant les trois quinquennats auxquels nous venons d’assister ont été catastrophiques.
« Le courage… Même ceux qui n’en manquent pas ont souvent été freinés dans leurs actions, rattrapés par la volonté de conserver le pouvoir. Et quand un homme politique se concentre sur la conquête ou la conservation du pouvoir, il ne met pas l’énergie nécessaire à l’action de réforme. C’est pourquoi je crois indispensable de revenir à un septennat, pour avoir le temps d’agir, mais qui soit non renouvelable. Pour cela, je propose de modifier la Constitution, avec la tenue d’un référendum dans le mois qui suit la présidentielle, en même temps que le premier tour des élections législatives ». (5)
C’est un honneur de recevoir du peuple français un mandat de Président. Une fois élu, ce dernier ne doit plus avoir qu’une seule et unique préoccupation : consacrer la totalité de son temps au service de la France sans penser un seul instant à une possible réélection.
Il faut donner du temps au Président pour qu’il puisse réaliser son programme, mais il est indécent de penser qu’un autre Français n’aura pas les capacités de diriger notre pays d’une façon certes différente, mais peut-être meilleure. Personne n’est indispensable, pas même le Président de la République, et s’il n’a pas su réaliser dans le temps qui lui était imparti l’ensemble des réformes et améliorations qu’il souhaitait mettre en oeuvre, il est temps pour lui de partir.
Vous devriez méditer cette sage déclaration de Raymond Barre : « Je n’ai pas rempli mes fonctions en considérant qu’elles étaient durables et renouvelables. Je les ai toujours considérées comme précaires. Ce qui m’a donné une liberté d’action exceptionnelle ». (6)
Et encore cette confidence de François Mitterrand au même Raymond Barre : « Je suis contre le quinquennat, car je ne veux pas que le Président de la République française soit dans la situation de précarité qui est celle du Président des Etats-Unis avant un second mandat… Je suis, pour ma part, pour un septennat non renouvelable ». (7)
Et aussi cette remarque de Jacques Attali concernant le même Président : « Il considérait que le meilleur système serait celui d’un mandat présidentiel de sept ans non renouvelable. » (8)
Vous devriez donc annoncer de suite, comme auraient dû le faire votre prédécesseur et les autres avant lui, que vous ne serez pas candidat à votre propre succession. Vous y gagneriez en clarté et en honnêteté et vous pourriez enfin commencer votre travail, face à votre conscience et non plus face aux sondages.
Tous les seconds mandats présidentiels que nous avons connus ont été des erreurs humaines et des fautes historiques, non seulement pour le général de Gaulle, mais aussi pour François Mitterrand et Jacques Chirac. Il semble également certain qu’un second mandat de Valéry Giscard d’Estaing, de Nicolas Sarkozy ou de vous-même qui en rêvez déjà, aurait été ou serait une calamité pour le pays.
Les réélections sont néfastes pour la France, comme elles le sont pour la démocratie puisqu’elles concentrent dans les mêmes mains pendant un temps trop long trop de pouvoirs. Le renouvellement nécessaire et indispensable de la classe politique impose un mandat unique. Les générations montantes n’ont pas à attendre l’usure et la mort des dirigeants. Il est indécent d’empêcher la démocratie de se développer en accaparant le pouvoir. Après un mandat, il faut des candidats nouveaux qui permettent à chaque génération d’avoir sa chance. Le renouvellement du personnel politique doit devenir inhérent à la démocratie, comme il n’aurait jamais dû cesser d’être.
Ce devrait être l’honneur des partis politiques de faire émerger de nouveaux dirigeants, plutôt que se contenter de la présentation aux suffrages des électeurs de candidats éculés, vieillis et déjà battus dans les urnes.
Les Britanniques nous donnent, dans ce domaine, un bel exemple. Certes leur Premier Ministre peut être candidat à sa réélection, ce que je n’approuve aucunement, mais au moins lorsqu’il est battu il disparaît de la scène politique intérieure et va faire valoir ses qualités sous d’autres cieux ou en d’autres domaines, tout comme le fait le chef du parti d’opposition lorsqu’il perd les élections.
Le battage médiatique fait autour d’un retour en politique de votre prédécesseur est particulièrement indécent. Nos pauvres journalistes, qui certes ne sont pas de fins cuisiniers, devraient au minimum savoir que le meilleur des robots ménagers ne peut faire un bon dessert avec de la crème périmée. Mais en France on vend son âme pour quelques points d’audimat, même à la télévision dite de service public.
Pour surfer sur les vagues médiatiques de l’actualité, il y a toujours des candidats. Vous avez, avec votre prédécesseur, participé en Afrique du Sud aux cérémonies organisées lors du décès du grand homme qu’a été Nelson Mandela, certainement un des géants de notre temps. Mis à part le fait puéril de vouloir être sur les clichés et les films pris par les agences de presse et les télévisions du monde entier, vous semblez, comme votre prédécesseur, n’avoir ni médité, ni mis en pratique la grande sagesse du Prix Nobel de la Paix. En voici deux exemples :
« Je m’engage à ce que le Président d’un pays tel que le nôtre ne mène pas un train de vie totalement différent de celui du peuple qui l’a amené au pouvoir ». Voilà un Président normal !
« I however made it clear that I would serve for one term only… I did not want any uncertainty on this question. Shortly after I had become President, I publicly announced that I should serve one term only and would not seek re-election » (traduction libre : J’ai indiqué clairement que je ne servirais mon pays que pour un seul mandat… Je ne voulais aucune incertitude sur cette question. Peu de temps après être devenu Président, j’ai annoncé publiquement que je ne ferais qu’un seul mandat et ne chercherais pas de réélection).
Il faut que les choses soient claires. Je n’ai pas voté pour votre prédécesseur, ni en 2007, ni en 2012. Mais je n’ai pas davantage voté pour vous en 2012, comme d’ailleurs je n’ai voté pour aucun des autres candidats. Aucun n’a présenté de plan crédible pour le remboursement de la dette de la France que les politiciens de tous bords ont laissé s’accumuler depuis plus de trente ans. Aucun n’a proposé les moyens de faire de la classe politique un ensemble de véritables serviteurs de l’Etat. Vous avez bien lu : servir l’Etat, et non se servir de lui…
Au lieu de travailler, pendant le temps de votre mandat, à mettre en oeuvre les réformes que vous souhaitez, vous ne pensez qu’à l’impact de la moindre de vos déclarations et décisions sur votre cote de popularité et votre prochaine candidature. Faites vos réformes en un mandat et laissez la place et le travail à d’autres. Aucun homme, même politique, surtout politique, n’est irremplaçable.
"Gémir, pleurer, prier est également lâche. Fais énergiquement ta longue et lourde tâche Dans la vie où le sort a voulu t'appeler, Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler." (9)
La honte s’étend. Je continuerai demain.
1. Jacques ATTALI - C'était François Mitterrand, p.101 - Fayard 2005
2. Jacques BAGUENARD, professeur de droit constitutionnel et de sciences
politiques à l'Université de Bretagne occidentale - Interview dans La
Baule + - Février 2014
3. Raymond BARRE en janvier 1986, cité par Jean MAURIAC - L'après de
Gaulle, Notes confidentielles, p. 472 - Fayard 2006
4. Maurice COUVE de MURVILLE en janvier 1981, cité par Jean MAURIAC -
L'après de Gaulle, Notes confidentielles, p. 323 - Fayard 2006
5. Interview de Xavier BERTRAND, Le Figaro Magazine - 13 septembre 2013
6. Raymond BARRE - L'expérience du pouvoir, p. 89 - Fayard 2007
7. Raymond BARRE - L'expérience du pouvoir, p. 260 - Fayard 2007
8. Jacques ATTALI - C'était François Mitterrand, p. 103 - Fayard 2005
9. Alfred de VIGNY - La mort du loup
31. MILLE-FEUILLES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Sire,
Le Ministère des Affaires étrangères est un exemple criant, mais hélas ! il est loin d’être le seul, de mille-feuilles administratif inutile et coûteux. Ceux qui y travaillent ou y ont travaillé savent depuis longtemps qu’il y a trop de personnel pour occuper les grades les plus élevés. Si les différents ministres avaient été et étaient responsables et soucieux des deniers de l’Etat, ils auraient cherché et trouvé des solutions. Mais c’est oublier que ces personnalités sont toujours prêtes à récompenser leurs valets ou à placer sur ordre de nouveaux candidats à quelque titre ronflant, aussi inutile que coûteux.
Il existait jadis un secrétaire général du Ministère ; on a créé en plus deux postes de secrétaires généraux adjoints. Il existait un directeur de l’administration ; il est devenu directeur général, ce qui a permis de transformer les postes de sous-directeurs en postes de directeurs…
Puis, en 1998, alors que Jacques Chirac était Président de la République, il a été créé un inimaginable fourre-tout. Inimaginable et pourtant imaginé ! Ont été institués les « ambassadeurs thématiques » qui sont maintenant 26 ou 28, personne n’a l’air de savoir exactement leur nombre. Les « thèmes », dont sont déjà responsables les différentes directions du Ministère, sont d’une telle diversité qu’il n’y a aucune raison de ne pas allonger indéfiniment la liste pour donner un titre à un naufragé d’une élection, à un ancien ministre… Le Quai d’Orsay affirme sans honte qu’il a besoin d’ambassadeurs chargés de la bioéthique, de l’environnement, de la cohésion sociale, des relations avec la société civile, de l’adoption internationale, des pôles, des questions migratoires, de la science… Il faut évidemment supprimer tous ces postes.
Il existe également des ambassadeurs dignitaires, titre donné à vie pour récompenser un diplomate dont la carrière a été particulièrement brillante. J’en connais quelques-uns et ne dirai certainement pas qu’ils ne méritent pas cette distinction. J’ai pour eux un très grand respect et je n’oublie pas l’honneur qui m’a été donné de servir l’Etat à travers eux et de travailler avec eux. Mais j’en connais aussi d’autres qui n’ont pas reçu cette dignité et qui la mériteraient tout autant.
Sire, les temps ont changé et tout cela est d’un autre âge. Allez-vous remettre à l’ordre du jour le maréchalat ou bien referez-vous bientôt l’Empire pour nommer à votre guise des ducs et des princes ?
Le néant s’installe. Je continuerai demain.
32. ASSEMBLÉE DES FRANCAIS DE L’ÉTRANGER
Sire,
Le Conseil supérieur des Français de l’étranger, maintenant appelé Assemblée des Français de l’étranger – moins c’est utile, plus le titre est ronflant -, est un triste exemple de la gabegie française organisée par les politiques en cumulant des structures inutiles et redondantes payées par les Français et destinées à caser des favoris.
En 1946, trois sièges étaient réservés au Conseil de la République pour les Français de l’étranger. Le nombre de ces « sénateurs des Français de l’étranger » est passé à 6 en 1962, puis à 12 en 1982.
En 1948 a été créé un Conseil supérieur des Français de l’étranger composé de 55 membres. Ces derniers sont devenus 84 en 1959, puis 155 en 2004.
Depuis 2012, il existe également onze sièges de députés pour les Français de l’étranger. Par miracle, le nombre total de députés n’a pas été augmenté ! Mais il aurait été judicieux et simple de profiter de cette « réforme » pour supprimer l’Assemblée des Français de l’étranger. Le budget de cette dernière se montait en 2011 à 3.410.000 euros, dont 94% pour verser des indemnités aux élus. On voit clairement l’utilité de l’affaire !
Est-ce que vous allez enfin vous réveiller et ouvrir les yeux ? Oui, les Français de l’étranger sont particulièrement importants pour le pays. Mais je vous signale que les charcutiers, que j’aime spécialement, le sont aussi. Est-ce que les charcutiers ont des ambassadeurs, des consuls, des députés, des sénateurs et une assemblée qui leur est propre ?
La France est-elle riche à ce point pour financer ces dépenses superfétatoires ? Vous savez bien que la réponse est négative, mais comme ce sont vos copains et ceux des politiques qui en profitent, là encore vous ne faites rien.
L’espoir n’est plus. Je continuerai demain.
33. CONSEIL DE SÉCURITÉ DES NATIONS UNIES
Sire,
« J’en veux à tout pays, que ce soit ou non une grande puissance, qui prend la décision unilatérale d’attaquer un autre pays ». (1)
La parole de Nelson Mandela est-elle suffisamment claire ? En ce XXIème siècle, vous n’avez plus le droit de décider d’une intervention à l’extérieur de nos frontières, ni vous ni aucun chef d’Etat au monde.
Depuis 2003 et la seconde guerre d’Irak, le monde ne peut plus tolérer le déclenchement d’une invasion dans le but de préserver des intérêts particuliers, au prix de mensonges et de tromperies proférés sans vergogne devant le monde entier par les plus puissants. De telles guerres ne mènent qu’à des cascades de catastrophes ne résolvant pas les problèmes et entraînant la mort de populations civiles innocentes. Les responsables de tels massacres, quelle que soit leur nationalité, doivent être traduits devant le Tribunal pénal international, si du moins ce dernier devient enfin universel. Ce n’est pas le cas et les hommes d’Etat qui sont responsables de ces assassinats vivent toujours en liberté aux Etats-Unis.
Mais les problèmes demeurent et ont bien souvent une dimension mondiale. Il importe donc à la communauté des nations, l’Organisation des Nations Unies, de chercher et de trouver les solutions négociées les plus justes pour les résoudre. C’est le rôle, en particulier, du Conseil de Sécurité. Encore faudrait-il que sa composition corresponde à l’état actuel du monde, et non plus à celui qui prévalait à la fin de la seconde guerre mondiale. Cette mainmise, par quelques-uns, au nom du passé, sur le présent et l’avenir des peuples, n’est plus du tout d’actualité. Ce serait l’honneur de la France de batailler sans relâche pour que le monde d’aujourd’hui soit mieux et plus justement représenté au sein d’un Conseil de Sécurité élargi.
Ce serait aussi l’honneur de la France, lorsqu’elle participe à une opération commandée par les Nations Unies, de respecter scrupuleusement le mandat tel qu’il a été défini et de ne jamais l’étendre sans un nouveau feu vert du Conseil de Sécurité. Ce qui a été fait en Libye, avec les conséquences funestes que l’on connaît, ne doit plus se reproduire. Ce n’est pas en trichant que sera trouvé un nécessaire terrain d’entente avec des pays comme la Russie et la Chine.
L’espoir n’est plus. Je continuerai demain.
1. Nelson MANDELA, 5 septembre 2002
34. POLITIQUE EUROPÉENNE
Sire,
Aussi longtemps que l’Europe ne sera pas parvenue à définir la meilleure façon de fonctionner harmonieusement et efficacement, cessez de participer à la course insensée à l’élargissement, soutenue par les Etats-Unis dont la politique semble être de faire coïncider les frontières de l’Europe avec celles de l’OTAN.
Il est certes nécessaire et indispensable de négocier avec tous les voisins de l’Europe pour développer une plus grande coopération dans tous les domaines, mais pas pour provoquer des adhésions nouvelles qui apporteront, dans l’état actuel des choses, davantage de problèmes qu’elles n’en résoudront.
Que l’Europe apprenne sa géographie et se souvienne que la partie de la Turquie située en Europe ne représente que 4% de l’ensemble du territoire de ce pays. L’ouverture en 2005 de négociations pour l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne apparaît donc comme une erreur.
Pourquoi ne négociez-vous pas également de la même façon avec la Russie qui a pourtant plus de 25% de son territoire en Europe et près de 75% en Asie ? Direz-vous que l’Europe s’étend jusqu’à Vladivostok ?
Contentez-vous de la géographie actuelle de l’Europe. Il sera temps, pour nos enfants, nos petits-enfants, nos arrière-petits-enfants, d’aller plus loin et de faire mieux, si nous savons leur laisser un continent qui aura enfin trouvé sa voie.
Qui ne voit, en ce moment, que les frontières de l’Europe ne sont pas assez précises ? Partout où les contours ne sont pas suffisamment nets, tant à cause de la géographie que de l’histoire, négociez pour trouver la meilleure solution, même provisoire, mais n’imposez en aucun cas vos velléités par des diktats ou des sanctions. Il n’existera pas d’avenir serein et pacifié sans une coopération solide avec la Russie. Quant à la politique des sanctions, elle est vaine, inutile, dégradante et indigne !
L’unification du monde, son harmonisation, ne pourront se faire que lorsque les blocs actuellement existants auront trouvé davantage d’unité et de cohésion en eux-mêmes et entre eux. Il importe de favoriser et d’aider la diffusion d’un certain modèle venu d’Europe. Il existe déjà de bons exemples de ce désir d’intégration qui atténue les anciens conflits et les haines qu’ils ont engendrés. En Asie du Sud-Est, en Amérique latine… Oui, la Turquie doit, dans son historique sphère d’influence, qui est grande, faire de même. Egalement la Russie avec tous les pays de l’ancienne URSS…
Au lieu de faire semblant de tout savoir, de mettre la charrue avant les boeufs et de vouloir régenter le monde entier, regardez les pays d’Asie du Sud-Est qui développent leur coopération avec la Chine et l’Inde, sans dire que ces deux pays font partie de l’Asie du Sud-Est.
Et puis faites enfin un effort très particulier avec l’Amérique latine. Allez-y et écoutez. Ce sont des pays latins, n’est-ce pas, si proches de nous par de si nombreux côtés, qui attendent une Europe plus présente.
L’Europe ne sait pas tout et a beaucoup à apprendre des pays du monde, de leur culture, de leur civilisation, de leur histoire, de leur sagesse…
Le désespoir gagne. Je continuerai demain.
35. SÉNAT ET CONSEIL ÉCONOMIQUE, SOCIAL ET ENVIRONNEMENTAL
Sire,
Le Sénat est un problème. Qui ne le voit ? Qui ne le sait ? Pourtant sa suppression ne serait sans doute pas la solution. Mais sa transformation est nécessaire.
Une bonne approche a été présentée par Lionel Jospin : « Changer la nature du Sénat et le transformer en une chambre représentant les « forces vives » de la nation. Il se rapprocherait alors d’un Conseil économique et social régénéré, plus démocratique dans sa composition, et dont les travaux seraient ainsi mieux connus de l’opinion publique. Cette chambre serait une instance de représentation économique et sociale et d’accompagnement technique du travail législatif plus qu’une seconde assemblée du peuple. » (1)
Pour gouverner, vous avez besoin d’une majorité à l’Assemblée nationale. Il faut donc garder le scrutin majoritaire sans y mettre une « dose de proportionnelle ». Mais pour que cette Assemblée cesse de voter des lois « politiques » inapplicables ou peu appliquées, ses travaux et décisions seraient préparés par les membres de ce nouveau « Sénat-Conseil », issus des forces vives et représentant non seulement la diversité du pays, mais aussi sa réalité. Les partis politiques qui n’ont pas obtenu de nombreux élus malgré de bons scores aux élections devraient être représentés au sein de cette instance. C’est là, me semble-t-il, que la proportionnelle pourrait être utilisée.
Vous arrêterez donc les annonces et créations de commissions aussi diverses que variées, de rédactions de livres blancs… Vous supprimerez tous les conseillers inutiles à l’Elysée, à Matignon et dans les cabinets des ministres…
Il ne s’agit certainement pas de créer un nouveau dépotoir de prébendés, mais une véritable instance de réflexion et de travail qui réunira les Français de la société civile les plus compétents dans leurs domaines. Tous projets et propositions de loi lui seront soumis afin de préparer la décision de la représentation nationale.
Donnez la parole aux forces vives pour que soit préparé par elles le plus grand consensus possible sur tous les grands sujets. Relisez Jean Jaurès : « Je ne ferai partie d’aucun groupe, d’aucune coterie et, enfant du peuple, je voterai toutes les réformes qui pourront améliorer le sort de ceux qui souffrent. » (2)
La mort est proche. Je continuerai demain.
1. Lionel JOSPIN - Le monde comme je le vois, p. 206 - Gallimard 2005
2. Déclaration de Jean JAURES lors d'une réunion tenue à Graulhet le
18 septembre 1885. Cité dans Les grandes biographies de Max GALLO -
Jules Vallès, Jean Jaurès, p. 535 - Robert Laffont 2011
36. JOURNALISTES
Sire,
J’ai eu la chance et l’honneur de rencontrer de très grands journalistes. Mais je sais aussi qu’ils sont rares. Le respect et l’admiration que je leur porte ne peut donc s’étendre à chacun de leurs confrères.
« La fonction critique de la presse est indispensable. Son apport d’informations est précieux… La presse politique joue pleinement son rôle quand elle privilégie l’analyse, la culture historique, décrypte les situations ou éclaire des rapports de force, sans complaisance. Trop souvent, malheureusement, elle enferme les politiques dans le lacis des querelles personnelles. Elle leur prête à priori des motivations intéressées et mesquines ou, comme pour afficher son indépendance, pratique la dérision systématique, voire le mépris. Il semble alors que la politique ne soit plus qu’un spectacle, divertissant ou attristant. » (1)
Il suffit d’allumer un téléviseur pour voir quotidiennement ces « messieurs-dames je sais tout » organisant les jeux du cirque dans la nouvelle arène et se prenant pour des toréadors. Trop de gougnafiers, de goujats et de malotrus occupent les plateaux. Certes, ils invitent parfois d’éminents spécialistes, des personnalités de premier plan, mais sont incapables de les laisser s’exprimer, monopolisant la parole en cherchant à soigner leur seule image.
Il faudrait commencer par les renvoyer faire des stages dans les écoles de journalistes pour qu’ils apprennent enfin le respect, la politesse et l’humilité. Ils pourraient, par exemple, écouter les plus de 6.800 émissions de « Radioscopie » et méditer la finesse, la précision et la courtoisie avec lesquelles Jacques Chancel posait ses questions à ses interlocuteurs et prenaient le temps d’écouter leurs réponses avant de poursuivre l’entretien.
Ils pourraient également recevoir un cours sur Socrate et la maïeutique.
Ils pourraient encore regarder avec la plus grande attention les bulletins d’information diffusés par Euronews. En raison de la nécessité des traductions dans les différentes langues européennes, les nouvelles sont données sans présentateur. Seule une voix off accompagne les images. On apprend plus en dix minutes que pendant les interminables journaux des chaînes dites de service public où une grande partie du temps est accaparée par le présentateur ou la présentatrice.
Sur cette même chaîne européenne, ils devraient aussi visionner les séquences d’images sans paroles « No comment » qui, en silence, informent davantage que le baratin et le laïus servis en France.
Le problème ne date ni d’aujourd’hui, ni d’hier : « Nouvelles orientées, monologues tendancieux le matin, dialogues sélectionnés le soir. » (2)
C’est un drame de plus qui se joue, car les médias « ne semblent pas se soucier de s’adresser aux citoyens. Ils ne connaissent plus, à travers la course à l’audimat, que des consommateurs. » (3)
« Cette espèce de folie médiatique, qui n’est que du commerce, pousse les journalistes à s’affranchir de la seule contrainte qui justifie leur liberté : la vérification de leurs assertions. Je n’accepte pas car je suis de ceux qui se battent pour toutes les libertés et j’estime qu’elles se méritent. » (4)
« Le gros problème de l’information aujourd’hui, c’est son manque de professionnalisme et les énormes contraintes économiques qui pèsent sur elle. La presse, devenue un produit commercial ordinaire soumise à une concurrence, doit vendre avant d’informer. Pour vendre, il faut frapper les esprits, quitte à mentir… Pour vendre, il faut souvent aller vite, bâcler sans rien vérifier pour ne pas louper le scoop. Le faux, l’approximatif ou le sensationnel sont beaucoup plus « porteurs » qu’un article de fond soigneusement pesé et bien documenté. Cette dérive finira d’ailleurs par conduire les contribuables à s’interroger. Pourquoi la presse doit-elle être plus aidée que les autres entreprises privées ? Pourquoi obliger le contribuable à payer ce qu’il refuse d’acheter comme lecteur ? Les Français se diront peut-être un jour que l’aide au pluralisme n’est que l’alibi de ceux qui n’ont ni lecteurs ni talent… Le CSA doit pouvoir interdire d’émettre pour un temps déterminé une chaîne de radio ou télévision qui a fauté. » (5)
Gâchis d’âme. Je continuerai demain.
1. Lionel JOSPIN - Le monde comme je le vois, p. 230 - Gallimard 2005
2. Charles de GAULLE - Discours au Champ d'entraînement du bois de
Boulogne, 1er mai 1951. Cité par Jean-Raymond TOURNOUX - Le mois de mai
du général, p. 394 - Plon 1969
3. Lionel JOSPIN - Le monde comme je le vois, p. 260 - Gallimard 2005
4. Michel CHARASSE - 55 faubourg Saint-Honoré, p. 68 - Grasset 1996
5. Michel CHARASSE - 55 faubourg Saint-Honoré, p. 305-306 - Grasset 1996
37. MÉDIAS
Sire,
« La classe politique d’aujourd’hui n’a pas été fabriquée par la guerre, comme celle de François Mitterrand, mais par les médias. C’est la « classe paillettes ». Elle fait partie du système médiatique… Comme l’a très bien écrit Hubert Védrine dans Télérama du 15 novembre 1995 : « La télévision hystérise le monde politique. » La démocratie s’est laissé enfermer : désormais les juges font du journalisme et les journalistes rendent la justice. Nous avons gravement manqué à la République en refusant de casser cette mécanique. » (1)
Depuis la parution du livre de Michel Charasse en 1996, près de vingt années se sont écoulées. Y a-t-il eu des progrès dans la responsabilité des médias pour justifier leur liberté tant revendiquée ? Rien, bien au contraire. Les paillettes et le strass font trop souvent office de sérieux et la démocratie se dilue dans les jeux du cirque.
Près de vingt années, mais l’analyse est toujours d’actualité : « Si un ministre reproche le mensonge d’un article ou d’une émission, on l’accuse aussitôt de faire pression sur la presse et d’attenter à sa liberté. Le pouvoir médiatique est devenu absolu. Pourtant, la critique est normale en démocratie. Sans envisager la censure, qui est la marque des dictateurs, on peut exiger de la presse un minimum de sérieux et de compétence. L’information est quasiment un service public largement payé par les contribuables. Sans d’importantes aides budgétaires, la presse serait morte depuis longtemps. Pour le service public de la radio-télévision et la presse, les Français financent par leurs impôts beaucoup plus que ne leur coûte le budget des Affaires étrangères ou de la Justice. » (2)
Les politiques, à mon sens, partagent avec les journalistes cette responsabilité de la marche vers une dictature des médias. Ces deux classes de privilégiés jouent tellement ensemble dans la même cour de récréation, devenue leur chasse gardée ! Il y a eu et il y a tellement de copinage et d’acoquinement ! Heureusement, il a existé et il existe encore quelques personnalités lucides sur le mal comme sur le remède.
« Le drame de la presse, dit François Mitterrand, non sans raison, c’est qu’elle n’est jamais sanctionnée. Quand il se trompe, l’homme politique est battu… Le journaliste, lui, peut écrire n’importe quoi et se tromper sur tout, cela ne change rien, ses journaux se vendant toujours aussi bien ou aussi mal. Il est intouchable. C’est pourquoi, sur le tard, il devient presque toujours pompeux et mégalo. Le lecteur étant plus indulgent que l’électeur, il n’y a personne pour lui rappeler qu’il a dit des bêtises. » (3)
La liberté de la presse, tellement évidente et tellement indispensable, ne peut exister que si elle est contrebalancée par des sanctions réelles lorsque la responsabilité, soeur jumelle de la liberté, est bafouée. « La justice, qui normalement doit faire oeuvre de régulation en la matière, est trop souvent passive et timorée. Il faut dire que les juges ne peuvent pas à la fois se servir des médias tous les jours et les sanctionner sévèrement lorsqu’ils manquent à la loi… Dans certains cas, l’Etat devrait pouvoir suspendre les aides aux organes qui manquent à la déontologie : par exemple ceux qui dressent les Français les uns contre les autres, qui professent la xénophobie et le racisme, qui ignorent l’éthique de la démocratie et de la République et le droit des citoyens. En attendant, et dès maintenant, les parquets devraient recevoir pour instruction de poursuivre plus systématiquement les violations de la loi – sur le secret de la défense, le secret de l’instruction, le secret fiscal, la vie privée, etc. – et tout ce qui compromet nos grands intérêts nationaux. J’ai une conception de la liberté de la presse très sourcilleuse. Si le commentaire est totalement libre, les faits ne le sont pas. Et personne, pas même les journalistes, n’est au-dessus des lois de la République. » (4)
Sire, pardonnez-moi de vous avoir imposé ces longues citations de Michel Charasse. Je ne l’ai pas connu, mais son livre , en plus des passages sur les problèmes de la presse et des médias, m’a paru tellement limpide que je voulais m’assurer que vous le connaissiez. Avec facilité, une fois de plus, les médias, dits à tort « grands », n’ont présenté bien souvent de lui que le personnage aux cigares et aux bretelles, laissant de côté la personnalité dérangeante et attachée au bien commun.
Depuis cette époque, aucune amélioration, bien au contraire, n’a été proposée par aucun gouvernement. Qu’attendez-vous ? Pour remonter la pente glissante sur laquelle la France ne cesse de descendre en direction de l’abîme, il ne faut pas, à l’heure actuelle, compter sur la majorité des journalistes. Sera-t-il possible de compter sur vous ? J’en doute.
« Gardien de phare » (5). Je continuerai demain.
1. Michel CHARASSE - 55 faubourg Saint-Honoré, p. 303 - Grasset 1996
2. Michel CHARASSE - 55 faubourg Saint-Honoré, p. 304 - Grasset 1996
3. Entretien de François MITTERRAND avec Franz-Olivier GIESBERT,
5 mars 1978. Cité dans Le Président, p. 268 - Seuil 1990
4. Michel CHARASSE - 55 faubourg Saint-Honoré, p. 305-306 - Grasset 1996
5. En mémoire et en hommage à Hervé RENAUDIN, ancien évêque de Nanterre
38. MOI, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Sire,
Moi, Président de la République, j’organiserai dès mon élection un référendum sur le non-cumul des mandats : un septennat et un seul pour le Président de la République, un mandat et un seul pour les députés, sénateurs, maires…
Moi, Président de la République, je ferai voter une loi interdisant, dans la classe politique et la fonction publique, le cumul de plusieurs emplois et/ou de plusieurs retraites, s’ils sont à taux plein et payés par le budget de l’Etat…
Moi, Président de la République, je supprimerai l’ENA…
Moi, Président de la République, j’instaurerai un salaire maximum et supprimerai tous les parachutes dorés et les retraites chapeaux…
Moi, Président de la République, je créerai un site internet auquel tous les contribuables auront accès pour connaître tous les salaires, indemnités, avantages et pensions versés par l’Etat à chacun des membres de la classe politique…
Moi, Président de la République, je mettrai un terme à toutes les niches fiscales et à tous les abattements accordés à la classe politique par cette même classe politique…
Moi, Président de la République, je verserai le seul SMIC à tous les élus pendant la première année de leur mandat, afin de commencer le remboursement de la dette du pays…
Moi, Président de la République, je ferai en sorte que le financement des promesses électorales soit assuré par la règle simple : deux euros d’économies pour un euro de dépense nouvelle…
Moi, Président de la République, j’instaurerai le prélèvement à la source pour tous les salaires et les pensions…
Moi, Président de la République, je développerai la promotion interne…
Moi, Président de la République, je supprimerai l’Assemblée des Français de l’étranger…
Moi, Président de la République, je regrouperai en une seule assemblée le Sénat et le Conseil économique, social et environnemental…
FIN DE "DOLÉANCES" Le 18 décembre 2014 Pierre PETIT