Georges VINSON et la Jamaïque
A mon arrivée en Jamaïque, en 1999, c’était la réouverture de l’ambassade. Pourquoi donc avait-elle été fermée, puis réouverte ? J’ai découvert que ces décisions étaient dues à des événements « mineurs », en tout cas lorsqu’ils sont comparés aux grands événements internationaux, sans parler d’une politique étrangère qui devrait être choisie clairement et tenue fermement…
Notre dernier ambassadeur à Kingston avait été un certain Georges VINSON, dont j’ai déjà relaté (un peu) la nullité et la bassesse. (1) Après son séjour à Bangkok, il obtint, peut-être une fois encore parce que personne ne voulait le voir à Paris, une quatrième ambassade de suite, ce qui est pourtant rare… Arrivé en Jamaïque, il ne dut pas faire grand chose puisque la chasse était sa seule passion (je ne précise pas les proies qu’il aimait)… Arrivé à la fin de son temps de séjour (en fait sa mise à la retraite), il envoya un télégramme pour expliquer qu’après lui, il valait mieux fermer l’ambassade en Jamaïque puisque rien, selon lui, ne pouvait être fait dans ce pays (Bien évidemment, il ne parla pas de sa propre incompétence).
Il laissa derrière lui son déménagement dans une des dépendances de l’ambassade. Le bâtiment fut délaissé puisque le Département, à l’affut de la moindre économie, avait accepté la proposition du malheureux VINSON. Une « belle » nuit, le déménagement, non encore parti, prit feu avec la résidence et toutes les caisses partirent en fumée… Une « belle » fin pour les caisses d’un ambassadeur « inutile ».
Quelques années passèrent et, en 1999, ce fut la coupe du monde de football en France. L’équipe nationale jamaïcaine, les Reggae Boyz, fut, pour la première fois de son histoire, qualifiée pour la phase finale en France. Et le Premier Ministre, Percival PATTERSON, décida d’aller soutenir en personne son équipe. J’étais alors au Protocole et je vis un des bienfaits de cette coupe du monde : beaucoup de visites officielles et donc de nombreux entretiens à Paris qui permettaient de renforcer nos liens, nos échanges, notre coopération…
C’était à Lionel JOSPIN, alors Premier Ministre, de recevoir le Premier Ministre jamaïcain. Pendant l’entretien, Percival PATTERSON expliqua pourquoi il souhaitait la réouverture de l’ambassade de France et Lionel JOSPIN accepta. Les deux Premiers Ministres avaient raison. Ce n’est pas parce qu’un pays est un « petit » pays que la France ne doit pas avoir dans sa capitale une présence diplomatique. Il ne faut jamais oublier que la France a un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations-Unies, et que, dans les organisations internationales, c’est un vote par pays. La surface géographique et l’importance économique importent peu.
Une ambassade devrait pouvoir être très « légère », au moins pour commencer. Mais en France, il faut un ambassadeur – il y en a tant à caser, parmi les capables et les incapables – , sa cour, ses valets, ses immeubles, ses dépendances, son train de vie… Et quand on découvre que tout cela coûte cher, mais ne sert pas à grand chose si l’ambassadeur ne fait pas son travail, on arrête les frais, généralement parce que l’ambassadeur a rêvé sans regarder la réalité de son pays de résidence, dans lequel on peut, pourtant, trouver certainement des opportunités.
J’ai vu ainsi en Birmanie une ambassade de Serbie tenue par un seul agent chargé d’affaires. Traditionnellement, il y avait des relations entre les armées birmane et serbe. Mon homologue serbe savait, en acceptant le poste, qu’il devrait tout faire seul, sans pouvoir prendre de vacances pendant deux ou trois ans.
Chez nous, hélas !, il faut du faste et surtout il faut caser les pistonnés inutiles !
1. Cf. "Souvenirs, souvenirs..." - Thaïlande
Le premier matin du monde
C’était tôt, un matin de 1er janvier, à Kingston.
Les Jamaïcains aiment faire la fête, avec la musique de Bob Marley ou beaucoup d’autres. Et la nuit de la Saint Sylvestre est fêtée jusqu’à l’aube dans un bruit assourdissant de pétards et de feux d’artifice.
J’avais donc mal dormi, mais je voulais aller au golf de bonne heure. Au parking, il n’y avait que ma voiture et du côté des caddies, je ne vis d’abord personne. Puis, un homme âgé est apparu. Le parfait rastafari. Il ne parlait que le créole et donc il ne m’était pas possible d’échanger beaucoup avec lui.
Mais le matin était de toute beauté, dans le calme et la simplicité du premier matin du monde. Et mon caddy levait les mains au ciel avant de les poser sur son coeur pour me montrer combien il appréciait la splendeur de la nature et rendait grâce.
Certainement mon plus beau « premier janvier », en compagnie d’un homme « nature »…
Ecrit en août 2024
« Hole in one »
Le golf de Kingston n’était pas – et de loin – le plus beau golf de Jamaïque. J’en étais membre et j’y allais tous les week-ends.
Un beau dimanche, je suis arrivé au trou N° 9, un par trois sur lequel, normalement, on a droit à un coup pour arriver sur le green et deux coups supplémentaires pour faire le par.
Ce matin-là, j’ai pris un fer 4 et j’ai vu la balle partir comme je le souhaitais. Elle est retombée sur le green et a commencé à rouler vers le trou où finalement elle a terminé sa trajectoire.
Les « trous en un » sont rares chez les amateurs, mais ce qui est extraordinaire, c’est de voir la balle s’envoler en pensant et en constatant que le coup a été bien donné puisque la trajectoire est celle qui a été rêvée, depuis le tee de départ jusqu’au trou d’arrivée.
Dans de nombreux clubs, un « trou en un » se fête au champagne offert à tous les membres présents. A Kingston, il n’y avait pas de champagne au club. Tous les présents à cette heure encore matinale eurent droit à une boisson de leur choix – le plus souvent, une bière -, y compris bien sûr les caddies, et pour le mien une prime spéciale… Un très sympathique souvenir !
Ecrit en juillet 2025
Bob MARLEY et le quartier de Trenchtown
Pendant mon séjour à Kingston, j’avais écrit une longue dépêche sur les gangs et les quartiers qu’ils contrôlaient dans la capitale jamaïcaine, prenant pour base ce que j’avais commencé à connaître par moi-même, ainsi qu’une longue série d’articles parus dans un grand journal local.
Je n’ai pas gardé copies de documents officiels et il m’arrive de le regretter, comme dans ce cas précis. J’écris donc de mémoire.
L’insécurité était grande à Kingston et il n’était nullement recommandé de se rendre dans certains quartiers de la ville, quasiment interdits et administrés en fait par les gangs. Dans le quartier résidentiel, j’avais loué un appartement au sommet d’une tour d’où la vue était splendide sur la mer des Caraïbes et sur les montagnes bleues, d’où provenait le café « Blue mountain » connu dans le monde entier et spécialement au Japon. Pour entrer dans la propriété, une première barrière, gardée jour et nuit, ne laissait passer que les voitures des habitants de l’immeuble ou celles de leurs invités lorsque les noms avaient été communiqués. Ensuite il fallait passer un second contrôle, car le rez-de-chaussée de l’immeuble était entièrement grillagé et un garde se tenait à l’intérieur, jour et nuit, pour vérifier l’identité des arrivants, n’ouvrant la grille qu’à ceux qu’il connaissait ou après avoir téléphoné à l’étage nécessaire pour faire une vérification.
Un jour arriva à l’ambassade un éditeur français des Antilles qui préparait une bande dessinée retraçant la vie de Bob MARLEY. L’ambassadeur de l’époque jugea que ce projet n’était pas suffisamment important pour qu’il le prenne en charge et me demanda de m’en occuper.. Je fus ravi de recevoir cet éditeur qui avait déjà préparé très sérieusement son livre et qui connaissait donc bien les us et coutumes « difficiles » de la Jamaïque. Il voulait aller passer quelques jours dans le quartier de Trenchtown où Bob MARLEY avait vécu pendant son adolescence, afin d’y faire différents croquis.
Mais, pour entrer dans Trenchtown, il fallait un « visa », comme dans tous les quartiers de Kingston tenus par les gangs. Il suffisait (mais peut-être l’éditeur antillais ne m’a-t-il pas tout dit ?) d’obtenir l’accord du chef de gang. Ce qu’il obtint sans problème pour la gloire de Bob MARLEY (?).
Petit à petit, les gangs avaient réussi à étendre leur territoire et à le protéger. La police et le député local pouvaient être « achetés ». Echange de bons procédés : la police est rémunérée pour fermer les yeux et le député est assuré d’une réélection s’il se tait. Ainsi, peu à peu, c’est le gang qui prend les commandes et qui dirige et gère la circonscription. Les logements ne peuvent être loués ou achetés qu’à des personnes faisant allégeance, les prestations sociales sont distribuées par le chef de gang puisque ses activités s’étendent aux trafics de drogues, d’êtres humains et d’armes, lui assurant des revenus importants. Le gouvernement ne peut que fermer les yeux sur une circonscription où tout est calme et où même la justice est rendue par le clan qui domine tout !
Lorsque je suis rentré en France et que j’ai découvert l’existence des « quartiers difficiles », j’ai bien souvent pensé à la Jamaïque. Ce qui se passe chez nous – l’installation de la gangrène – se passe en Jamaïque et nous aurions dû profiter de notre ambassade à Kingston pour étudier davantage comment se créent et évoluent certains quartiers de Kingston, de la « démocratie » à la dictature des mafias !
Nous n’avons rien inventé, mais que nos dirigeants cessent de vouloir nous faire croire qu’ils « dirigent » quoi que ce soit. Menteurs et/ou aveugles : que sont-ils ?
Ecrit en septembre 2024
Le « spring break »
C’est une bien triste image de la déliquescence de la jeunesse dorée des Etats-Unis. Chaque année, les étudiants américains organisaient au début du printemps le « Spring break » et ceux qui avaient les moyens se regroupaient, en Jamaïque par exemple, dans les grands hôtels de la côte nord qui leur offraient des séjours « all inclusive ».
Alors commençait la débauche, du matin au soir et du soir au matin. L’alcool, le sexe, la drogue devenaient les rois et remplaçaient allègrement les professeurs, les manuels et les cours… Après tout, « chacun fait ce qu’il veut avec son c…, ça ne me regarde pas », comme aimait à le dire Thierry LE LURON.
Ce qui était choquant, c’était l’étalage du fric et de tous les débordements, sans aucun respect des coutumes locales (pourtant bien permissives) et surtout sans aucune considération pour les pauvres, pourtant très nombreux en Jamaïque.
Non, c’était : « Nous sommes Américains. On a le fric et le pouvoir et donc on fait ce que l’on veux et vous n’avez rien à dire. »
Quelle arrogance ! Quelle fatuité ! Elles me rappellent, hélas!, le tourisme sexuel que j’avais croisé à l’aéroport de Bangkok, avec des panneaux « sex tour » foutus sur les autocars qui partaient pour Pattaya.
Ne me parlez pas des valeurs de l’Occident !
Ecrit en janvier 2025
Les centres d’excellence régionaux trilingues
Mon premier ambassadeur, énarque, avait des qualités – tout le monde en a, même les pires énarques -. A sa sortie de l’école, il avait été nommé au ministère de la coopération où il avait fait sa carrière.
J’avais longtemps rêvé de voir la suppression de ce ministère qui aurait dû, dès la fin de la colonisation, être rattaché au ministère des affaires étrangères. Ce ne fut fait qu’à la fin des années 90, lorsque Hubert VEDRINE était ministre. Il a eu le courage de faire aboutir une réforme évidente !
Ces « messieurs de la rue Monsieur », comme on les appelait, avaient bataillé pendant des années pour conserver autonomie, indépendance, postes, prébendes… On voit le résultat de ces agissements dans le scandale des dépenses de l’Agence française de développement, une agence qui pouvait être utile quand la France était un pays développé, mais qui aurait dû être supprimé quand la France devenait un pays en voie de sous-développement…
Les négociations furent rudes avec le Ministère des Finances puisque, en fait, ce sont les économies nécessaires qui ont gagné la bataille, et non l’amélioration de la diplomatie. Qui m’a raconté cette aventure de marchands de tapis ? Je crois que ce fut la mission d’inspection venue à Kingston. Les Finances ont fini, pour faire accepter la fusion, par accepter de donner une carotte, en créant un poste d’ambassadeur qui serait attribué à l’un des fonctionnaires de la Coopération.
Qui choisir ? La direction du personnel a porté son choix sur le fonctionnaire le plus ancien dans le grade le plus élevé au Ministère de la Coopération. Pourquoi ce choix ? Regardez la diplomatie quand elle est dévoyée. Etait-ce le meilleur ? Aucune importance. Etant le plus ancien, il partirait à la retraite le premier et le poste créé par Bercy retomberait dans l’escarcelle du Quai d’Orsay qui pourrait nommer un « ambassadeur » de plus parmi les agents du Quai.
Voilà donc un homme travailleur, passionné de langue française et coopération qui devient, pour la première et dernière fois ambassadeur. Il est nommé à Kingston en Jamaïque pour rouvrir notre ambassade. Le problème, c’est qu’il a fait l’ENA. Alors il oublie ses propres qualités et sa modestie pour se lancer dans une idée folle. Sa mission, décrète-t-il, sera de créer en Jamaïque des « centres d’excellence régionaux trilingues ». L’idée est simple (simpliste ?) : refaire l’ENA en Jamaïque. Regardant la Caraïbe, il a constaté que le français était présent, comme l’anglais et l’espagnol. Pour obtenir l’excellence, il voulait réunir des jeunes parlant bien les trois langues. Personnellement, je n’en connaissais pas un seul en Jamaïque, à part mon ambassadeur !
Alors commença l’agitation en tout sens du brave ambassadeur pour son rêve. Du côté des Jamaïcains, c’était simple. Il disait qu’il avait un projet qui ne leur coûterait rien. Du côté du Quai d’Orsay, c’était simple. Il disait la même chose. Puisque c’était gratuit, pourquoi pas ? Tout le monde était d’accord.
L’ambassadeur commença ses démarches pour obtenir du Département une mission de spécialistes afin d’avancer son projet. Contrairement ) ses promesses, cette mission serait financée par le Quai d’Orsay qui renonça donc à ce déplacement. L’ambassadeur ne pouvait s’empêcher d’imaginer des merveilles et de partir dans le grandiose. Il me semblait autrement plus urgent de partir de la réalité et de développer la coopération avec ce qui existait : l’Alliance française et l’Université des Indes occidentales (quel nom merveilleux !) qui regroupait déjà une partie de l’élite des Caraïbes.
Dans son projet « fou », l’ambassadeur oublia que son premier souci devait être la réouverture de l’ambassade. Il y eut des tensions qui dégénérèrent, une plainte contre l’ambassadeur, déclenchée avec l’aide d’un syndicat, suivie d’une inspection. Au bout du compte, la demande de prolongation de son séjour à Kingston, faite par l’ambassadeur, ne fut pas accordée. Pour son pot de départ traditionnel, beaucoup refusèrent de cotiser et je dus faire en sorte de combler les trous pour faire semblant.
Je dus surtout préparer un petit discours et j’ai repensé à cet « au revoir » mémorable délivré par l’ambassadeur Charles MALO à Pékin (1). Je ne pouvais même pas dire « tout le personnel présent ici vous regrettera » car la phrase aurait pu déclencher une émeute.
Finalement, j’ai trouvé une phrase dont je me souviens et que j’aimais bien : « Vous avez semé et vos successeurs verront le résultat de vos travaux ». A la fin de la petite réception, l’épouse de l’ambassadeur vint me voir. C’était une sainte car j’imaginais tout ce qu’elle devait subir, elle si simple et si merveilleuse, de la part de son mari, énarque devenu ambassadeur ! Elle voulait une copie de mon discours, qu’elle avait beaucoup aimé !
Le successeur fut pire. C’était lui aussi son premier poste d’ambassadeur. Avant chaque départ en poste, le nouveau nommé reçoit sa « feuille de mission ». Les « spécialistes » du Quai d’Orsay, que j’imaginais n’ayant pas beaucoup à faire avec la Jamaïque, reprirent en désespoir de cause l’histoire des centres d’excellence régionaux trilingues…
A peine arrivé, ce nouvel ambassadeur, aussi nul que le premier, me fit venir pour me demander de lui expliquer l’histoire de ces « centres ». Je lui dis tout le mal que j’en pensais (magnifiques seulement dans l’idéal, totalement irréalisables). Alors il se mit en colère. Il avait reçu du ministre son plan d’action qu’il devait exécuter. Bien évidemment, cette idée d’énarque était vouée à l’échec et c’est ce qui advint. Heureusement, j’étais alors parti de ce pays dans lequel on pouvait travailler, raisonnablement pour commencer. Des choses simples ne sortant pas du cerveau éthéré d’un énarque souhaitant que son génie soit reconnu !
Ecrit en mars 2025
1. Cf. "Souvenirs, souvenirs..." - Chine
Une inspection à Kingston
A la suite de plaintes venant d’un ou plusieurs agents de l’ambassade, le Quai d’Orsay envoya une mission d’inspection en Jamaïque.
J’étais content car les rodomontades de l’ambassadeur avaient mis parmi le personnel un esprit détestable qui gênait notre travail principal : remettre l’ambassade en marche et non réaliser des rêves inaccessibles.
Le chef de cette mission d’inspection vint rapidement me voir et me confirma ce dont je me doutais. Les « plaintes » concernaient l’ambassadeur et je n’étais pas concerné (sinon que le N° 2 que j’étais n’avait pas réussi à arrêter les « délires » de son chef.
Ce diplomate aimait l’humour et pour me mettre à l’aide, me raconta l’histoire de notre ambassadeur, Albert SALON, lorsqu’il était consul général à Québec. Il avait droit à une vaste résidence dans laquelle il avait institué une « nuitée » pour les invités officiels qui venaient en mission, alors que les factures normales pouvaient passer en comptabilité. Donc, ce pauvre consul avait vu son nom transformé par certains visiteurs : Albert SALON était devenu « Ah ! le bon salaire ! ».
C’est vrai qu’il n’aimait pas dépenser et sa femme – une sainte – n’avait pas un accès facile, m’a-t-il semblé, au portefeuille.
Sa vie étant réglée du matin au soir, c’est à 18 heures précises qu’il sortait, avec son épouse, pour s’occuper du grand terrain de l’ambassade.. C’était son activité sportive pour débroussailler l’ensemble et d’arroser si nécessaire. Son épouse était chargée de cette dernière tâche, mais il n’avait pas voulu faire la dépense d’un arrosoir. L’ambassadrice utilisait une bouteille vide d’eau minérale qu’elle allait remplir…
A leur arrivée à Kingston, l’ambassadeur et son épouse avaient été logés dans une suite d’un bel hôtel de la ville, jusqu’à ce que l’appartement de fonction, organisé dans une partie de la chancellerie, fut aménagé. Ce n’était pas immense, mais bien pour attendre la reconstruction de la résidence.
Lors de l’inspection, l’ambassadeur voulut recevoir les inspecteurs à la résidence. L’ambassadrice était, au minimum inquiète, sans doute paniquée. Elle voulait, certes, que tout fut impeccable. Elle décida que leur bonne , une Jamaïcaine, soit parfaire ce jour-là. Elle pensa qu’elle devait la vêtir comme les servantes de l’ancien temps, avec robe noire et tablier de dentelle. Mais la Jamaïcaine, sans doute sermonnée depuis des jours, arrivé le matin fatidique avec sa tenue jamaïcaine des très grandes fêtes. Elle était vraiment magnifique, mais bariolée comme un bonnet multicolore de rastafari. L’ambassadrice, effarée, décida de maintenir la tenue soubrette. Pendant le déjeuner, auquel j’étais convié, l’ambassadrice raconta son histoire. Le chef des inspecteurs demanda alors à la « soubrette » de bien vouloir changer de tenue pour qu’il puisse admirer la tenue de fête des Jamaïcaines. Nos hôtes ne savaient que faire, mais l’inspecteur insista. La « soubrette » ne se fit pas prier pour retrouver enfin ses vêtements et revint un peu plus tard sous les applaudissements de l’inspecteur qui en riait encore l’après-midi.
En Jamaïque, faites comme les Jamaïcains !
Ecrit en mars 2025
Miami, les Caraïbes et l’Amérique latine
Pour atteindre la Jamaique au départ de Paris, il fallait changer d’avion, soit à Londres, soit à Miami. Le choix de l’escale se faisait généralement en fonction des horaires proposés par les compagnies.
J’ai choisi, un jour, le changement à Miami et ai eu ainsi le déshonneur de découvrir, une fois de plus, le désagrément d’être molesté sans raison valable par une douanière américaine, faiseuse de zéèle et… d’emmerdes !
A cette époque, la douane améraine aimait se montrer tyrannique, peut-être pour obéir à des ordres supérieurs qui demandaient d’imposer la puissance des Etats-Unis en toute occcasion. Lors d’un transsit dans un aéroport, par exemple à Londres, les bagages n’étaient pas fouillés. Il étaient pris en charge par le personnel de l »aéroport pour passer de la soute d’un avion à l’autre. A Miami, une règle avait été instituée : les passagers devaient récupérer leurs bagages à leur arrivée et passer imméiatement la douane américaine, comme pour une entrée aux Etats-Unis. Je précise que j’avais un passeport diplomatique, ce qui, dans les pays civilisés, procure normalement un certain nombre d’égards (sans autoriser le laxisme ou le non-respect des lois).
En arrivant à Miami, j’ai constaté que rien n’était prévu pour les passagers en transit. Pas de file spéciale pour eux, ni d’ailleurs pour les diplomates. Il fallait récupérer soi-même ses bagages, donc attendre près du tapis roulant, puis faire la queue pour passer la douane avant de pouvoir éventuellement se faire enregistrer à temps pour le vol vers Kingston.
orsque mon tour est arrivé, j’ai eu droit à une douanière qui avait dû, lors de sa formation, oublier d’apprendre la moindre courtoisie. Une fois mes valises et sac posés sur son comptoir, elle a désigné, en tenant à la main mon passeport diplomatique et mon biillet pour Kingston, une valise en criant : « Ouvrez celle-là ! ». Elle a commencé à sortir un à un les différents objets et a trouvé des vêtements et des produits thaïlandais, car mon épouse m’avait chargé de quelques ingrédients pour la cuisine qu’elle ne trouvait pas à Kingston. J’ai répondu à chacune des questions posées et expliqué le contenu de chaque paquet.
Soudain, elle a décidé qu’elle en avait assez vu et a appelé un de ses adjoints pour qu’il continue la fouille. Ce dernier a remis tranquillement dans la valise l’ensemble des objets sortis. Le voyant sourire, je lui ai demandé pourquoi son chef voulait faire tout pour que je rate la correspondance. Il m’e fit ce’a répondu ainsi : « Elle a vu sur votre passeport que vous étiez français. Or, pour elle, les Français voyagent avec du saucisson. Elle a été déçue de ne pas en trouver dans vos bagages ». Je savais qu’aux Etats-Unis, il n’était pas possible d’importer un certain nombre de nourritures et de plantes.
J’ai souri doucement, remercié ce second douanier de sa courtoisie, et je me suis promis de ne plus jamais transiter par les Etats-Unis lorsque le choix du trajet me serait laissé. C’est ce que j’ai fait !
*
En écrivant ces lignes sur l’humour américain, il me revient une autre anecdote que m’avait racontée notre attachée culturelle à Panama lorsque nous y étions en poste (de 1978 à 1981). Elle rentrait en France pour des vacances et transitait par Miami avec seulement un changement d’avion (comme moi–même des années plus tard).
Son douanier regarda son passeport diplomatique et ne vit pas de visa américain. Notre attachée culturelle n’en avait pas besoin puisqu’elle restait dans l’aéroport dit international. Le douanier décida de la retenir dans ses locaux et de faire escorter jusque dans son avion pour Paris. Il confisqua son passeport qui fut remis au pilote avec ordre de le rendre à l’atterrissage à Roissy !
Notre attachée culturelle avait un certain âge. Elle était amie d’Ariane MNOUCHKINE avec laquelle elle avait travaillé au Théâtre du Soleil avant de se voir proposer son poste diplomatique à Panama. Elle avait une grande courtoisie et aussi un grand franc-parler. J’en ai fait l’expérience en l’écoutant raconter son « transit à MIami ».
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Plus on écrit, plus les souvenirs reviennent ! Il et grand temps que les Américains (les officiels des « States ») apprennent la politesse et lee respect qui leur seraient utiles dans leurs rencontres avec les étrangers. On pourra constater aussi pourquoi je suis autant attaché à de petites réformes, simples et facilement mises en oeuvre, plutôt qu’aux discours pompeux de soi-disant spécialistes, généralement sans réalisaton notable…
L’histoire que je vais partager, j’en ai été témoin puisqu’il s’agissait d’une mission préparatoire du Protocole pour un voyage officiel du Président Jacques CHIRAC aux Etats-Unis. Je n’ai plus le souvenir de l’aéropor dont il s’agit, New-York ou Washington… Peu importe. Lors de ces missions préparatoires, nous étions toujours accompagnés d’un ou plusieurs membres de notre ambassade. Ils connaissaient bien les usages particuliers en vigueur dans le pays et pouvaient nous faire gagner du temps en nous accompagnant jusqu’à l’embarquement.
Cela fonctionnait admirablement sauf… aux Etats-Unis. Ce jour-là le diplomate de l’abassade n’a pas eu l’autorisation de pénétrer dans la salle réservée à la police de l’air pour un dernier contrôle avant l’embarquement. Or, dans notre mission, il y avait ce jour-là l’adjoint du service de l’Elysée chargé de l’accompagnement des journalistes lors des voyages présidentiels. Il avait un sens de l’humour qui avait dû se développer pour survivre auprès de sa supérieure, le plus souvent acariâtre et très difficilement supportable. Je m’entendais bien avec lui et, en attendant notre tour de répondre aux questions habituelles (et stupides – « Avez-vous fait seul votre bagage ? », par exemple) des officiels américains, il me dit qu’il avait envie de faire une blague.
Lorsque vint son tour, le douanier lui parla en anglais, comme à tout le monde, mon ami expliqua par des gestes qu’il ne comprenait pas. Le douanier répéta sa question et mon ami lui demanda de parler en français. Sans ménagement, il fut poussé dans un coin de la salle et le douanier continua avec le passager suivant, tandis que la file d’attente s’allongeait.
Mon ami comprit qu’il était coincé et qu’il fallait donc arrêter la plaisanterie. Il retourna auprès du douanier et le supplia « dans un anglais d’aéroport » de poser ses questions très doucement pour qu’il puisse essayer d’y répondre.
*
L’histoire la plus triste, car ce n’était pas une blague, arriva à l’aéroport de Miami à un ami espagnol, conseiller à la délégation de l’Union européenne à Kingston. Il rentrait en Jamaïque avec sa femme et ses trois jeunes enfants. Chaque membre de sa famille avait un passeport diplomatique délivré par l’Union européenne.
Au transit à l’aéroport de Miami, il fut interrogé, non pour une question de saucisson, mais pour un motif non avoué au début par le douanier. Toute la famille fut emmenée dans une pièce et le douanier voulut commencer par l’interrogatoire du plus jeune des enfants, âgé d’environ cinq ans, mais sans la présence des parents. Mon ami refusa et demanda de faire venir le plus haut responsable de la douane pour recevoir des explications claires que le douanier ne lui donnait pas.
La famille rata sa correspondance et la famille dut dormir à l’hôtel en attendant de prendre le premier avion du lendemain matin. Mon ami me raconta quelques jours plus tard les raisons de ses « ennuis ». Le douanier avait été averti d’une tentative de départ illicite d’un enfant ayant l’âge du plus petit espagnol de la famille. En outre, la « culture » du douanier avait été alertée par les passeports dont la couverture portait le titre « European Union ». Il s’agissait donc pour lui d’un syndicaliste (il avait confondu avec « Trade union »), ce qui lui avait semblé, par essence, dangereux !
Je proposai à mon ami de faire avec lui une lettre signée par les diplomates européens en poste à Kingston et adressée à l’ambassadeur des Etats-Unis pour que pareille « mésaventure » ne recommence pas à l’aéroport de Miami. Il me remercia, mais une démarche avait déjà été faite par sa délégation.
Aux Etats-Unis, l’ensemble du personnel ayant un emploi au service de leur pays et donc un devoir de respect des étrangers qu’ils côtoient, devraient vraiment être mieux formés !
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Encore une réflexion au sujet de Miami. Sans parler de la Jamaïque et des différents voyages effectués, j’ai vécu environ neuf années en Amérique du Sud : trois années au Pérou, trois années à Panama, trois années au Chili. J’ai aimé beaucoup tous ces paysages si variés – la mer, la montagne, les lacs, le désert… -, mais aussi tant de gens avec lesquels j’ai eu l’honneur de parler, de travailler, de construire…
Plusieurs fois, nous avons abordé les problèmes de développement de l’Amérique latine, du grand nombre de coups d’Etat, de l’extrême pauvreté de certaines populations, de la main mise des Etats-Unis sur l’ensemble des Etats de la zone,… Dans ces conversations, la ville de Miami revenait souvent. Son développement, me racontaient mes interlocuteurs, était dû, pour une bonne part, à un phénomène étrange. L’absence – ou l’insuffisance – de développement en Amérique latine (Amérique centrale, Amérique du Sud et Caraïbes) était dû en grande partie à la voracité des gouvernements des Etats-Unis pour le pillage des richesses de ces pays, mais également au fait que les latino-américains qui avaient fait fortune, ne souhaitaient pas (ré)investir dans le développement de leur pays. Ils avaient trop peur de tout perdre lors d’un prochain coup d’Etat et donc préféraient placer leur argent dans les banques de Miami…
Je pensais aux nombreuses erreurs faites par la caste dominante – non seulement en France avant 1789, mais également dans tant d’autres pays -. Souvent je qualifiais souvent Miami comme la Mecque de l’Amérique latine où les nantis allaient régulièrement en pélerinage pour planquer leur magot, au détriment du peuple, comme cela existait aussi chez nous avec certains voyages en Suisse, par exemple.
*
A la suite de ces remarques faites, en partie, lors de mon séjour en Jamaïque, je souhaite rendre un hommage particulier à ma belle-fille, Zoé, de nationalité américaine et devenue française après son mariage avec mon fils Pascal.
J’ai dit plusieurs fois à Zoé que mes « Doléances » sont destinées à ceux qui gouvernent – en France, aux Etats-Unis ou ailleurs -, mais jamais aux peuples – si ce n’est comme réflexions possibles -. Tous les peuples ont mon respect, car c’est dans le peuple que se trouvent les germes de l’avenir.
Je voudrais aussi écrire que Zoé, née américaine dans un coin du grand Texas, me fait souvent penser aux Asiatiques qui, en fait, n’attendent pas grand chose de leur gouvernement. Contrairement aux Français qui souhaitent recevoir des aides de toutes sortes de leur gouvernement sans se mettre eux-mêmes aux fourneaux… En Asie, les personnes cherchent par eux-mêmes des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent et qui ressemblent à ceux des Français.
J’avais été frappé en Thaïlande lors de mon premier séjour à la fin des années 60. J’étais un soir dans une famille qui avait laissé la télévision allumée à mon arrivée. Mais, dès le début du journal de 20 heures, qui devait présenter des nouvelles politiques, la famille a éteint le poste. Devant mon étonnement, elle me disait l’évidence : nous n’attendons rien de nos gouvernants…
Avec Zoé, j’ai découvert avec plaisir le même enthousiasme à faire soi-même sa vie avec ses propres forces. J’ai ainsi du respect pour les Asiatiques et les Américains qui nous montreent un chemin pour nous apprendre à être les acteurs de nos vies, sans attendre auucune réforme positive à nos « Doléances » pourtant bien nécessaires.
En France, les « Doléances » n’ont pas empêché la révolution, précisément parce qu’elles n’ont pas été lues et qu’elles n’ont produit aucun changement néessaire et urgent.
*
En terminant ces quelques lignes, je constate, une fois de plus, combien les réformes, petites et simples, pourraient améliorer la vie quotidienne des gens du peuple – les « vrais gens » ou les « gens de rien » come se moquent certains.
Il n’est pas besoin de grandes et longues études universitaires – au mieux nécessaires, mais certainement pas suffisantes -, ni d’interminables discours et programmes de la plupart de ceux qui ont accaparé le pouvoir du peuple, depuis le président jusqu’au dernier de nos élus. Les réformes doivent se traduire de suite par des changements qui peuvent être comprises et vues par chaque citoyen. Le peuple ne peut continuer à souffrir sans constater les efforts faits avant tout par la classe politique.
Pour ma part, il ne me sera sans doute pas donné assez de temps pour revoir tout ce que j’ai déjà écrit afin d’en faire une petite « somme » – non pas « théologique » -, mais de promesses immédiatement compréhensibles par tous.
Peut-être un jour quelqu’un le fera ? On peut toujours rêver !
Ecrit en septembre 2026