« SOUVENIRS, SOUVENIRS… » – CHILI 1984 – 1987

ADOPTIONS D’ENFANTS

C’est à Santiago que je découvris quelques-uns des problèmes concernant l’adoption d’enfants étrangers par des familles françaises. J’eus de la chance car le Chili était un de ces trop rares pays, avec par exemple la Chine et la Thaïlande, où je n’ai rencontré aucun problème d’argent ou de trafics venant d’avocats véreux.

J’ai peu à peu appris à connaître les personnes officiellement responsables et comme souvent après une période de découvertes peut venir et s’établir la confiance. Après le coup d’Etat du général PINOCHET et de ses conséquences, il était hors de question que les dossiers d’adoption puissent créer des problèmes supplémentaires (de droits de l’homme ou de l’enfant, par exemple). Les règles fixées étaient à la fois strictes, claires et respectées et il n’était pas question de faire intervenir des questions d’argent (contrairement à de nombreux autres pays).

Les histoires – car il y a partout des « histoires » – ne pouvaient donc venir que de la partie française et je vais en dire quelques-unes.

Un jour, l’aumônier des Français, le Père MULLER, vint me demander de l’aide. Il avait reçu un prêtre français, Mgr Marcel MEYSSIGNAC, à l’époque vicaire général du diocèse de Tulle et aussi président de l’Oeuvre de l’adoption, fondée en 1857. Mais après quelques jours passés à Santiago, Mgr MEYSSIGNAC n’avait pas encore rencontré les responsables chiliens qui pourraient le renseigner pleinement pour qu’une coopération commence et que des parents français puissent adopter des orphelins chiliens. J’obtins facilement les rendez-vous désirés et Mgr MEYSSIGNAC put repartir en France avec toutes les informations qu’il était venu chercher.

Une autre « histoire » est plus triste. Un militaire français et son épouse arrivèrent un jour à Santiago car ils souhaitaient ardemment adopter un orphelin chilien. Ils furent reçus chez notre attaché de défense qui les envoya visiter un orphelinat à Concepcion. Le soir même, ils rentraient à Santiago avec un enfant ! Notre attaché de défense m’appela de suite. En effet, quelque chose n’allait pas. Pour partir en France il fallait un passeport chilien et un visa français. J’expliquai aux parents éplorés la « sagesse » chilienne : pour éviter les trafics en tous genres, le passeport ne pouvait être donné que si le dossier d’adoption avait été dûment enregistré par les autorités judiciaires compétentes. La seule solution était donc de retourner à Concepcion, de rendre l’enfant à l’orphelinat, puis de constituer complet, certes volumineux et ennuyeux, mais qui seul permettait d’aboutir à un résultat honnête, avec des documents chiliens et français authentiques et authentifiés. La mort dans l’âme, mais ils n’avaient aucune autre solution, les « futurs » parents obéirent.

Le troisième souvenir montre combien les parents qui souhaitent adopter un enfant peuvent souffrir, souvent beaucoup plus longtemps que le temps d’une grossesse. Ceux dont je parle étaient venus du bordelais où ils étaient viticulteurs. Ils connaissaient bien les procédures chiliennes puisqu’ils avaient déjà adopté une petite fille à laquelle ils souhaitaient donner un petit frère. Tout s’était donc passé tout à fait bien jusqu’au soir où ils m’ont téléphoné. Ils venaient d’apprendre qu’il leur était impossible d’obtenir un passeport chilien pour « leur » petit enfant et donc ils ne pouvaient l’emmener en France.

Je fis le point le lendemain matin avec les responsables chiliens. La loi de nationalité chilienne était très claire (et la France aurait dû et pu, depuis longtemps, avoir des lois aussi transparentes pour qu’elles puissent être respectées !). L’enfant était né en Argentine : les mères chiliennes qui voulaient cacher leur grossesse allaient souvent accoucher en Argentine avant de confier à un orphelinat l’enfant qu’elles ne voulaient ou ne pouvaient garder. Selon la loi chilienne, tout enfant né à l’étranger de parents chiliens n’a pas automatiquement la nationalité chilienne. Lorsque ses parents rentrent au Chili, ils font à leur arrivée enregistrer l’enfant dont le document de voyage est alors revêtu d’un cachet indiquant la date d’entrée dans le pays. Un an plus tard, si l’enfant est resté au Chili (il faut un an de résidence sans interruption), les parents peuvent faire les démarches pour obtenir à la fois la transcription de l’acte de naissance étranger et la nationalité chilienne (qui sera alors gardée toute la vie).

Si je raconte un jour les trafics organisés (au Chili et ailleurs) par nos hommes politiques qui achètent leur maintien au pouvoir en faisant bénéficier leur clientèle locale d’avantages en argent liés à la nationalité française, on comprendra combien j’ai aimé les lois et règlements chiliens qui empêchaient la fraude, la triche et le vol…

L’enfant était donc né en Argentine et n’avait pas encore un an. Quand les parents français reçurent une réponse négative à leur demande de passeport chilien pour l’enfant, ils s’affolèrent comme beaucoup de pères et de mères ayant attendu tellement longtemps pour voir exaucer leur immense désir d’accueillir un enfant. Je les reçus et leur expliquai les règlements chiliens et français en leur demandant de rester calmes car les fonctionnaires chiliens étaient honnêtes et une solution existait sûrement.

Pour les autorités chiliennes, l’enfant était apatride, mais les autorités françaises refusaient l’apatridie et je pouvais donc délivrer un laisser-passer sur lequel les autorités chiliennes apposeraient un visa permettant la sortie de l’enfant.

La joie illumina les visages des parents. Ils ne l’auraient pas dû, mais ils m’ont alors considéré comme celui qui permettait les miracles…

Quelque temps plus tard, ce fut une grande surprise d’apprendre qu’avait été livré à mon domicile en France une caisse de vins de la propriété du viticulteur. Ces vins étaient tous délicieux et chaque bouteille m’a rappelé la joie des parents. Pendant des années, ils m’écrivirent à l’occasion du nouvel an et m’envoyèrent des photos de leurs deux enfants « franco-chiliens » !

Ecrit en avril 2023

Le Premier Conseiller de l’ambassade

Dans leurs errances à travers le monde, il arrive aux diplomates de croiser des personnalités particulières. Ce fut le cas du Premier Conseiller de l’ambassade au Chili. Il semblait plutôt falot au premier abord et avait choisi de se singulariser par certains vêtements – il arborait en hiver une grande cape noire en guise de manteau – ou par certaines habitudes – il aimait priser le tabac -.

Il était d’une discrétion tellement grande que je me demandais parfois s’il n’était pas muet. Presque jamais quelque chose à dire dans les réunions et refusant toute demande qui pouvait le conduire à devoir assumer une responsabilité quelconque.

Drôle d’homme, Claude PETIET, mais toujours aimable. Le « paraître » plus que le « faire ». Un soir, il organisa un dîner chez lui où il y avait deux grandes tables. Il présidait l’une à laquelle était mon épouse et Mme PETIET l’autre, où j’étais.

Notre conseiller choisit un moment où les conversations s’étaient presque éteintes pour raconter d’une manière forte une partie de sa « carrière ». Emporté par un élan que je ne lui connaissais pas, il expliqua qu’il avait travaillé énormément toute une partie de sa vie, mais qu’il prenait toutefois les temps de regarder le tableau des promotions, sans comprendre pourquoi il n’y figurait pas. Arrivé à ce point, il se tourna vers mon épouse et lui dit à peu près ceci : « je travaillais comme une bête, comme votre mari le fait actuellement, et ce sont les autres qui étaient promus. Alors, j’ai décidé d’arrêter de travailler, et depuis, j’ai droit à des promotions ! »

J’ai compris ce soir-là que Claude PETIET avait saisi le fonctionnement tordu du système français mis en place progressivement pour les fonctionnaires. Je dois reconnaître qu’il avait « raison » car il a fini par être nommé ambassadeur, en Guinée-Bissau (1991-1993), avant de prendre sa retraite pendant laquelle il a été ambassadeur de l’Ordre de Malte.

Je l’ai croisé un jour à la cantine du Quai d’Orsay. Il était seul et je lui ai demandé s’il m’autorisait à déjeuner avec lui. Il était de passage au Quai pour faire des recherches historiques aux archives…

Ecrit en février 2024

Les agissements des sénateurs des Français de l’étranger

J’ai déjà écrit, dans « Doléances », les réformes urgentes qui auraient dues être faites concernant l’empilage des structures pour « encadrer » les Français de l’étranger et qui avaient pour but de faciliter le trucage des élections et le pillage des caisses de l’Etat. (1)

Avec un ambassadeur et au moins un consul dans chaque pays, les Français de l’étranger pouvaient se faire entendre facilement, d’autant plus qu’existait l’Association des Français de l’étranger (AFE) qui regroupait l’ensemble des expatriés. Pour introduire la politique dans ce système qui fonctionnait bien car sans parti pris, il fut créée l’Association démocratique des Français de l’étranger (ADFE) qui avait pour but de récupérer des votes pour la gauche.

Pour moi, ce n’était pas l’existence de ces deux associations qui étaient gênantes et j’ai connu, dans l’une comme dans l’autre, des membres excellents pour le service de l’ensemble de la communauté. Mais ce sont les sénateurs des Français hors de France qui ont politisé à outrance ces associations qui auraient dû rester au service des Français et non au service des politiciens, avec en prime mensonge, tricherie et utilisation frauduleuse des deniers publics.

Au Chili, ce sont mes découvertes que je voudrais essayer de les raconter.

Nous avions, dans tous les consulats, des instructions très précises et très bien faites, mises à jour en particulier par Jean-Paul ANGELIER, à l’époque où il était directeur des Français à l’étranger et des étrangers en France. L’une de ces instructions se rapportait à tout ce qui concernait l’immatriculation des Français dans les consulats, d’où découlaient, puisque le dossier administratif d’une personne était bien tenu à jour, les services éventuels : délivrance des passeports, des cartes d’identité et des cartes consulaires prouvant à l’occasion aux autorités du pays que les titulaires étaient sous la protection de l’ambassade… L’immatriculation permettait aussi de déposer une demande de bourse scolaire et même une allocation pour personnes âgées sans beaucoup de ressources. Elle permettait encore l’inscription sur les listes électorales.

Les sénateurs, de droite, des Français de l’étranger avaient au Chili une représentante, Henriette HARITCALDE qui, depuis des années, incapable de réfléchir et uniquement préoccupée de sa personne, était manipulée par les sénateurs pour faire à tout prix en sorte que les élections, à tous les niveaux, leur soient favorables. En fait ils avaient réinventé la république bananière, sous prétexte de démocratie.

Au début de mon séjour, découvrant l’ampleur des désastres causés par la pieuvre mafieuse qui venait du sénat français (!), je choisis simplement de faire mon travail avec toutes les instructions que je devais respecter.

Au moment de l’immatriculation d’une personne au consulat, la vérification de sa nationalité française était requise, ce qui était bien normal. Mais la France étant la France, les instructions peuvent être très bien faites, mais les contrôles nécessaires sont impossibles. Pour la nationalité, ni le passeport, ni la carte d’identité ne sont probantes. Dans les cas litigieux ou non évidents, seule le certificat de nationalité française apporte la preuve, et il est seulement délivré par un tribunal. C’est en théorie très bien, mais en pratique c’est quasiment impossible, car les lois régissant la nationalité ont été tellement nombreuses et comme elles n’ont pas été remises à jour en temps voulu, il est parfois quasiment impossible de savoir si une personne est de nationalité française ou pas.

Un des principaux problèmes venait de la « possession d’état » de Français. Cette disposition était pourtant claire : la possession d’état est celle d’une personne vivant à l’étranger « comme si » elle était française. Peut-être l’est-elle, peut-être ne l’est-elle pas ? Mais elle vit avec un passeport français, une carte d’identité française… Elle n’a rien d’autre et est considérée par le pays étranger comme une Française. C’est à cette définition claire et compréhensible par tout un chacun qu’il aurait fallu se tenir.

Mais les juges ont été amenés dans un bras de fer avec les sénateurs des Français de l’étranger qui souhaitaient « ramasser » la clientèle électorale la plus large possible. Pour eux, la possession d’état était avérée lorsque leur déléguée à Santiago, Henriette HARITCALDE, disait, sans savoir de quoi elle parlait, que telle ou telle personne était française puisqu’elle avait pris le thé avec elle !

Pire encore, ces sénateurs (ils étaient tous de droite, ce dont je me moquais car je ne leur demandais que l’application de la loi) ont organisé plusieurs « missions » à Santiago pour venir me prêcher leur bonne parole. Dans mon bureau – je tairai son nom – l’un d’eux me menaça clairement : « quand je vous dis de faire quelque chose, vous devez le faire puisque je vous le dis »… Comme je n’ai jamais accepté le chantage, je lui ai répondu que sa « mission » ne servait à rien s’il n’était pas venu au Chili – aux frais du contribuable – pour défendre les lois françaises, qu’il aurait dû connaître, et non sa clientèle électorale.

La possession d’état ! Comment pouvais-je accepter qu’une personne devait être considérée comme Française lorsque le seul « document » que je possédais était une fiche d’immatriculation au consulat sur laquelle figurait seulement une photo, un nom, un prénom, une adresse et la signature d’une fonctionnaire française travaillant au consulat et qui n’avait jamais fait son travail (ce qui ne l’empêcha pas d’être promue!) : aucune pièce justificative, aucun acte d’état civil français…

Comme les textes ne me permettaient pas de juger par moi-même, j’ai envoyé à Paris des dépêches précisant la situation et demandant l’aide des juges, seuls habilités à décider de la nationalité d’une personne. J’ai même demandé qu’un juge vienne en mission à Santiago pour que des décisions soient prises.

En effet, en plus des erreurs du passé, je devais recevoir des demandes au jour le jour… La mère HARITCALDE, comme je l’appelais, poussait les gens à s’immatriculer. Il y avait deux raisons : d’une part la possibilité de déposer un dossier de demande de bourse scolaire pour leurs enfants, d’autre part la possibilité de recevoir une petite pension de retraite pour les personnes âgées sans beaucoup de ressources.

Il est vrai que la situation générale au Chili n’était pas brillante à l’époque. Mais ce ne pouvait en aucun cas être une raison pour tricher en n’appliquant plus les lois.

Ecrit en avril 2024
1. Cf. "Doléances" - Chap. 32 : Assemblée des Français de l'étranger

Les bourses scolaires

J’étais président de la commission locale des bourses scolaires qui se réunissait plusieurs fois par an après un gros travail de préparation, puisque nous avions plusieurs écoles françaises au Chili : le magnifique lycée Antoine de Saint-Exupéry de Santiago, le lycée Claude Gay d’Osorno, le lycée Jean Mermoz de Curico, le lycée Charles de Gaulle de Concepcion, le lycée Jean d’Alembert de Vina del Mar-Valparaiso.

Pour la « mère » HARITCALDE, tous les dossiers qu’elle-même soutenait devaient être acceptés… La République des copines et des coquines étaient en place depuis des années ! Or auraient dû être respectées les conditions de nationalité, d’immatriculation, de ressources… prévues par les textes. Pour justifier les revenus des parents, de nombreux dossiers étaient incomplets, voire falsifiés, pour tenter d’obtenir le maximum, tant pour la scolarité que pour la demi-pension et l’entretien…

Les ficelles étaient souvent grosses. Un seul exemple : dans un des lycées, le nombre total de demi-pensionnaires du lycée était exactement égal au nombre de demandeurs de bourse… Sans bourse, pas de déjeuner…

Fallait-il donc accepter des dossiers incomplets, des déclarations de revenus « sur l’honneur » au risque de verser indûment l’argent public et de rendre coupables de fraude les membres de la commission qui tentaient de chercher la vérité dans un dédale de mensonges, commandé par des élus qui proclamaient leur innocence et leur républicanisme…

Naturellement, le Département, tenu au courant, ne proposait aucune solution, ayant peur d’intervenir puisque des élus étaient en cause !

Ecrit en avril 2024

Et l’argent destiné aux personnes âgées et sans ressources

Il n’y avait pas que les bourses scolaires ! Nous avions un comité consulaire pour la protection et l’action sociale (CCPAS) dont les membres devaient étudier les demandes d’allocation vieillesse déposées par les plus démunis.

Si ces derniers étaient, comme partout, trop nombreux, le montant des allocations que nous avions à répartir n’était pas extensible.

Pour voir un peu l’étendue des trafics organisés par les élus, je vais donner un seul exemple.

Une soi-disant bonne famille installée depuis longtemps au Chili avait une vieille mère et trois filles. L’une de ces dernières travaillait à notre service commercial; la deuxième possédait plusieurs magasins à Santiago et la troisième était attaché de presse à notre ambassade.

Je voyais cette dernière tous les jours. Il advint qu’un second attaché de presse arriva au Chili car il fallait, « sur ordre », le « caser ». Les deux attachés furent payés à plein temps en ne faisant que des mi-temps…

Et je découvris que la mère de ces soeurs avait un dossier au CCPAS et recevait le pécule de retraite car, soi-disant, elle ne possédait rien. J’interrogeai notre « moiti » d’attaché de presse qui m’expliqua finalement que, pour toucher cette pension, les trois soeurs avaient pris tous les biens de leur mère qui pouvait donc être déclarée sans ressource aucune.

Imaginez que chaque mois, c’était le chauffeur de la famille qui venait à l’ambassade chercher la petite allocation !

Je fis comprendre qu’il devait être mis un terme à cette mascarade. Si tel n’était pas le cas, je rendrais public ces gaspillages de deniers de l’Etat qui seraient certainement mieux utilisés pour les personnes âgées qui n’avaient pratiquement rien pour vivre et qui, par exemple, étaient logés à la « Maison du vieux Français »…

Ecrit en mai 2024

Enquête sénatoriale sur moi-même !

Jusqu’à présent, je n’avais pas mentionné son nom, mais comme je veux dire comment il s’en est pris à moi-même, je m’autorise à écrire que le sénateur Jacques HABERT fut le pire des sénateurs que j’ai croisés.

A l’occasion d’une de ses missions au Chili et constatant l’inutilité des oukases, des ordres et des menaces qu’il croyait bon de m’asséner, il organisa une réunion des Français de Santiago, avec son égérie Henriette HARITCALDE, pour faire part de sa bonne parole messianique.

Je n’avais pas été invité, mais les extrémistes comme le sénateur HABERT devraient savoir que dans leurs auditoires il y a forcément une ou plusieurs personnes qui ne sont pas d’accord avec eux car leurs outrances sont beaucoup trop grandes et n’ont rien à voir avec la vérité.

Ainsi l’un des participants demanda-t-il à me voir après avoir écouté la propagande du sénateur. Ce dernier, qui aurait dû être né au Far West, avait demandé aux Français du Chili de faire une enquête sur mon compte. Il souhaitait tout savoir sur mon appartenance politique, mes revenus et ma vie sexuelle !

Sur le premier point, mon appartenance politique, les choses ont toujours été parfaitement claires : je considère qu’un consul a en charge la totalité de la communauté française d’un pays et que donc il ne doit pas pouvoir être taxé d’appartenir à telle ou telle catégorie. J’avais appris cette évidence en Thaïlande auprès du R.P. Victor BATAILLES qui accueillait sous son humble toit tous ceux qui frappaient à sa porte. C’est chez lui que j’ai connu d’anciens déserteurs et des personnes recherchées par la justice… (1)

Je n’ai jamais appartenu à aucun parti politique et je garde la possibilité de choisir, lors de chaque élection, le moins mauvais des candidats ou le vote blanc… Cette façon de faire m’a permis de travailler avec toutes les bonnes volontés, de droite comme de gauche, et des deux côtés, j’ai rencontré des personnalités merveilleuses, serviteurs du peuple et de l’Etat.

Après avoir fait chou blanc sur la première partie de son triptyque, le sénateur HABERT a été refait sur mes revenus. Personne ne pouvait lui donner d’informations sur d’éventuels trafics ou pots de vin. Pour moi, il était clair qu’un fonctionnaire ne devait avoir que son salaire versé par l’Etat. C’est simple : je n’ai jamais rien touché d’autre.

Alors il ne restait plus au foutu sénateur HABERT qu’espérer trouver quelque chose du côté de la sexualité. S’il avait pu trouver quelque chose à faire mousser dans des journaux ou au Sénat, ou à l’Assemblée des Français de l’étranger. Mais là encore, il fit chou blanc. Je n’étais pas sénateur et donc les frasques possibles ne m’intéressaient pas.

Le malheureux HABERT est reparti la queue entre les jambes, mais cela ne l’a pas empêché de faire savoir partout où il pouvait qu’il aurait ma peau, tout en continuant à répandre des mensonges sur mon travail.

Voyez-vous comment fonctionne la démocratie française ? Avec le système tel qu’il est devenu, c’est-à-dire dépravé, le sénateur HABERT a poursuivi sa « brillante » carrière. Les menaces qu’il avait proférées et réitérées n’ont eu sur moi, bien sûr, aucune influence. Mais je sais que, hélas, d’autres n’ont pu résister à ce genre de saloperies. « Je vous briserai », m’avait-il dit.

Je conseille à ceux qui pourraient avoir envie d’écrire l’histoire d’une classe politique dévoyée et de ses magouilles qui ruinent la France en la menant vers le sous-développement, d’aller regarder les actes des réunions annuelles du Conseil supérieur des Français de l’étranger. J’aurais peut-être dû conserver les pages consacrées aux prises de parole du sénateur HABERT…

Je dois reconnaître que parmi ces sénateurs de droite venus au Chili, un seul a été honnête. J’ai oublié son nom, mais je lui ai expliqué longuement, à sa demande, les problèmes qui existaient au Chili, ainsi que le travail fait par le consulat pour la communauté française, tout en répondant à toutes ses questions avec des preuves. J’ai appris un peu plus tard que, rentré à Paris, il n’avait plus jamais critiqué le consulat que je dirigeais à Santiago. J’aurais aimé lui dire qu’il aurait dû parler davantage, expliquer clairement ce qu’il avait compris et ce que d’autres refusaient de comprendre

Ecrit en mai 2024
1. Cf. "Souvenirs... Souvenirs... Thaïlande

Dernier document découvert au Chili

Un de mes prédécesseurs avait fait relier, classées par ordre alphabétique toutes les archives des fiches d’immatriculation des Français du Chili depuis la fin du XIXème siècle (vers les années 1880), époque à laquelle le Chili avait recruté dans le sud de la France un nombre important de Basques et de Béarnais en leur offrant une traversée par bateau jusqu’à Valparaiso, pour eux et leur famille. A leur arrivée, ils se voyaient attribuer une terre où ils pouvaient s’installer et quelques outils pour la travailler. De mémoire, ils avaient trois années pour défricher et récolter. S’ils y parvenaient, ils devenaient propriétaires de la terre. C’est ainsi que la « saga » des Français s’est développée. A cette époque, ils avaient l’obligation de se faire immatriculer au consulat.

Il en fut ainsi jusqu’à la première guerre mondiale. Le consulat eut alors à mobiliser les jeunes Français pour les envoyer au front, comme ce fut le cas dans tous les villages de France. Dans ce pays du bout du monde, la communauté française s’est alors divisée. La plupart des jeunes ont répondu à l’appel de leur patrie et sont partis se battre. J’ai même lu l’histoire poignante d’un jeune parti à pied à travers les Andes pour rejoindre un port argentin où il espérait trouver un bateau qui l’emmènerait en Europe.

Chaque année, le 11 novembre, une cérémonie du souvenir était organisée au carré français du cimetière de Santiago. Après une messe célébrée par l’aumônier des Français, le R.P. MULLER, originaire de Guérande, les Français se réunissaient autour du monument aux morts et le Président de l’Association des anciens combattants, Elie de la TAILLE-TRETINVILLE, égrenait les noms de ceux qui n’étaient pas revenus et pour chacun tous les présents disaient « Mort pour la France ». C’était très impressionnant et je me souviens de cette liste qui paraissait interminable. De très, très nombreux Français du Chili avaient, comme leurs frères de France, fait leur devoir, au prix de nombreuses vies.

Je disais que la communauté française avait été divisée. Certains membres ont en effet refusé de partir se battre. Ils ont choisi leur nouvelle patrie en étant déserteurs et en restant au Chili. Ils sont restés « fidèles » à leur choix et ne figurent plus, depuis la première guerre mondiale, sur les fiches d’immatriculation.

Peu de temps avant mon départ du Chili, j’ai découvert dans les archives un document dans lequel le consul de l’époque avait fait son travail et relevé consciencieusement les noms des déserteurs…

Des dizaines et des dizaines d’années plus tard, leurs descendants, d’origine française certes, comme le général Augusto PINOCHET, descendant d’un marin français venu s’installer au Chili, venaient demander l’aide de la France. Ce n’était pas à moi de décider s’ils y avaient droit. Mais ce qui est certain, c’est que nos sénateurs et députés, au lieu de poursuivre sans cesse leurs campagnes électorales, devraient se pencher sur les vrais problèmes. La question de la double nationalité en est réellement un !

En résumé, le général Augusto PINOCHET était-il encore Français lors de son coup d’Etat et avait-il droit à la protection de la France ? Et ses descendants ?

Ecrit en mai 2024

Et l’épilogue de cette histoire…

J’appris la fin de cette triste histoire dans mon poste suivant, à Bangkok.

Un beau jour, je reçus un appel de mon ambassadeur, Yvan BASTOUIL. Il recevait à dîner une mission du Quai d’Orsay et l’un des directeurs qui faisaient partie de ce voyage avait demandé à me rencontrer.

Dans sa belle résidence au bord du fleuve Chao Phraya, Yvan BASTOUIL avait un programme spécial pour les « missionnaires » arrivant de France. Après le dîner, un bateau emmenait les invités sur le fleuve, en le remontant jusqu’au palais royal, avec un arrêt au marché aux fleurs où l’ambassadeur achetait des brassées d’orchidées pour décorer la résidence.

C’est à l’occasion de cette promenade que le directeur me prit à part. Il voulait me dire qu’il avait suivi le « dossier » du Chili et ses différents problèmes, et qu’il savait que j’avais eu raison de faire ce que j’avais fait.

Après toutes les saloperies reçues des sénateurs, c’était une bien piètre consolation. J’ai surtout regretté que mes supérieurs au Département n’aient pas eu le courage de croiser le fer avec les élus.

Si je raconte ces « petites histoires », c’est parce qu’elles reflètent bien ce qui manque à notre pays pour ne pas sombrer et disparaître : le courage des fonctionnaires, la révélation des trafics des élus et le changement de nos lois (quand c’est nécessaire).

Sur les questions de nationalité, j’ai eu le temps de réfléchir. Nos lois sont tellement diverses, selon les lieux et les époques, que même les juges sont bien souvent incapables de délivrer des certificats de nationalité française sans erreur(s).

Quelques évidences et quelques exemples :

  • La nationalité française se reçoit de deux naissances consécutives en France : un enfant et l’un de ses deux parents nés en France. Tout le monde peut comprendre. Pour tous les autres cas, le législateur doit définir la nationalité française de telle sorte que tout le monde puisse comprendre, sans aucune possibilité d’ergotage.
  • Si un Australien va s’installer à l’étranger et que des enfants naissent à l’étranger, ils sont automatiquement Australiens. Les petits-enfants qui naissent à l’étranger de parents nés à l’étranger mais de grands-parents australiens reçoivent la nationalité australienne. Mais à la génération suivante, il n’y a plus, à l’étranger, de transmission de la nationalité.
  • Au Chili, tout enfant naissant à l’étranger de parents chiliens n’a pas la nationalité chilienne. Pour l’obtenir, il doit venir résider au Chili pendant au moins une année complète, sans interruption, pour que son acte de naissance soit transcrit et qu’il reçoive la nationalité chilienne.
  • En Autriche, il y avait pas mal de problèmes de nationalité car à l’issue de la seconde guerre mondiale, de nombreux mariages franco-chiliens avaient eu lieu et à certaines époques une Française épousant un étranger pouvait perdre sa nationalité si sa résidence principale était fixée à l’étranger. Au moins, il était possible d’interroger les autorités autrichiennes et en une quinzaine de jours nous obtenions une réponse très précise et circonstanciée. Puisque nous savons tout, en France, nous devrions souvent prendre exemple sur les pays étrangers… N’oublions pas que nos juges, seuls habilités à délivrer un certificat de nationalité française, demandent plusieurs mois même dans des cas simples et ils produisent même des faux sans le savoir. Il faut choisir une règle claire, s’y tenir et la faire respecter.
  • J’ai découvert en France la « méthode » de l’administration américaine pour garder le contact avec ses ressortissants vivant à l’étranger. Une fois par an, ils doivent se rendre à leur ambassade et faire le point de leurs impôts. C’est, me semble-t-il, une bonne habitude. Des vérifications doivent être effectuées.

Imaginez cette histoire vraie : à Santiago, une Française, première génération expatriée, arrive au consulat, parle en espagnol et présente une lettre reçue de France, non encore ouverte. Une de mes adjointes explique à notre compatriote, après avoir ouverte la missive, que la direction des impôts qui lui rappelle qu’ayant touché » une pension française, il est de son devoir de déclarer ses impôts. Et cette Française de déclarer d’une façon péremptoire : « C’est bien ça, vous les Français. Ce que vous donnez d’une main, vous le reprenez de l’autre! »

Ecrit en juin 2024

Voyage du Pape Jean-Paul II

La curie romaine semble ne pas faire beaucoup d’efforts pour rechercher la paix dans la guerre qui se poursuit en Ukraine (guerre organisée par l’OTAN et les Etats-Unis, ce qui est d’ailleurs un pléonasme). La papauté est inutile lorsqu’elle se suffit de déclarations, très rares, pour la paix, sans aucune action concrète. Je comprends l’importance du silence lorsque les pourparlers sont difficiles, mais le pape semble aujourd’hui sourd et muet !

Alors, je repense au Chili.

Deux pays d’Amérique latine, l’Argentine (d’où vient le pape actuel qui devrait se souvenir) et le Chili, se préparaient activement à une guerre car leurs frontières n’étaient pas clairement délimitées dans l’extrême sud de leurs pays, du côté de la Terre de feu où des ressources pétrolières et/ou gazières existaient et étaient déjà en partie exploitées.

Ces deux pays, dont les populations étaient majoritairement catholiques eurent l’idée (de génie) de faire appel au pape Jean-Paul II comme ultime tentative pour éviter la guerre.

Le Vatican se mit au travail pendant de longs mois car il n’est jamais simple de chercher et de négocier une solution acceptable par deux parties en conflit. Mais le Vatican avait des atouts car sa diplomatie était certainement une des meilleurs du monde, avec ses nonciatures, mais aussi tous les évêques et cardinaux, ainsi que tous les prêtres et les fidèles…

Lorsqu’un accord fut trouvé, il fut décidé que le pape lui-même se rendrait en visite dans chacun des deux pays. Au Chili, le général Augusto PINOCHET était au pouvoir depuis le putsch qu’il avait fait avec la « bénédiction » des Etats-Unis.

Dans la délégation vaticane qui accompagnait le pape se trouvait le cardinal Paul POUPARD et l’aumônier des Français du Chili, le Père MULLER, voulut que j’ai un entretien particulier avec lui pour parler de la situation de la communauté française.

Jean-Paul II fut accueilli comme partout où il se rendait avec un grand enthousiasme et une grande ferveur de la part de la population.

Mais les journalistes, en particulier français, qui avaient fait le déplacement jusqu’à Santiago, firent paraître des articles qui, on l’apprit plus tard, avaient été écrits en France avant le voyage. Le dénigrement était à « l’honneur » (déjà, pourrait-on dire, en voyant comment l’information est déformée aujourd’hui).

J’ai ainsi connu une facette de la soi-disant « liberté de la presse ». J’avais eu l’honneur de connaître quelques grands journalistes qui étaient libres, mais très peu nombreux. Ceux venus pour couvrir la visite du pape avaient oublié que le même Jean-Paul II avait effectué, par exemple, une visite à Cuba peu de temps avant de venir au Chili. Il avait rencontré Fidel CASTRO comme il rencontrait Augusto PINOCHET. Et il était certainement assez « grand » pour leur dire, à chacun, ce qu’il pensait devoir leur dire. Mais nos journalistes français étaient tellement plus forts : ils avaient encensé le pape à Cuba et considéraient que sa visite à Santiago était honteuse et indigne.

La honte et l’indignation étaient tellement scandaleuses que l’ensemble des évêques chiliens organisèrent une réunion, pendant la visite du pape, pour reprocher la couverture donnée par les médias occidentaux. Or, à l’ambassade, nous connaissions quelques-uns de ces évêques car nous avions recours à eux pour connaître la situation exacte des personnes souhaitant recevoir l’asile politique. L’épiscopat chilien avait créé le « vicaria de la solidaridad » qui cherchait la justice et la vérité pour tous et qui faisait un travail remarquable pour aider ceux dont la vie étaient réellement en danger.

Les évêques chiliens ressemblaient à nos assemblées de députés et de sénateurs. Ils allaient de la gauche presque extrême à la droite presque extrême. Mais ils avaient à l’unanimité considéré que la couverture du voyage de Jean-Paul II ne correspondait pas à la réalité du pays.

Y aura-t-il quelqu’un, avant mon départ ce cette terre, pour me montrer un article – un seul article – de la presse française reprenant les annonces faites par cette assemblée d’évêques chiliens ?

Ecrit en septembre 2024

Un article du Nouvel Observateur

Parmi le personnel de l’ambassade, il y avait Jean MENDELSON, passionné d’histoire et énarque, envoyé par François MITTERRAND à Santiago car Jean était socialiste et connu dans les hautes sphères de l’Etat. Ce qui m’intéressait beaucoup plus, c’est que Jean était honnête, ce qui est rare chez les énarques, ce qui est rare chez les socialistes. Il y avait également notre attachée culturelle, dont le nom m’échappe, une des adjointes d’Ariane MNOUCHKINE au Théâtre du Soleil, envoyée au Chili à sa demande pour travailler à l’Institut français de Santiago et aider, dans toute la mesure du possible, au retour d’un Chili humain et sans violence. Avec elle, également, je m’entendais bien, car, elle aussi, était honnête.

AZ l’époque, il n’y avait pas encore internet et nous ne recevions les journaux français que par la valise diplomatique. Un beau matin, après l’arrivée de cette valise hebdomadaire, je vis arriver dans mon bureau, littéralement hors d’elle-même, cette attachée culturelle qui brandissait le Nouvel Observateur qu’elle venait de recevoir et qui me criait « Regardez ce qu’ils ont osé faire ! »

Elle finit par s’asseoir et, après avoir retrouvé son calme, elle me montra l’article. Un article sur le Chili dans lequel il était dit, avec photos à l’appui, que les tanks étaient installés aux carrefours importants de la capitale et que la terreur régnait à Santiago. Nous savions pertinemment que cela ne ressemblait pas du tout à notre vie de tous les jours et nous apprîmes rapidement que les photos avaient été ressorties des archives pour que les lecteurs de France finissent par croire les mensonges éhontés des propriétaires et rédacteurs du foutu journal (qui se disait de gauche donc habilité à mentir pour sa bonne cause !)

Inutile de dire que je n’ai jamais, depuis, accordé le moindre crédit à cette feuille de chou qui prétendait déverser chaque semaine des torrents de vérité devant des intellectuels français qui n’étaient jamais, depuis SARTRE, sortis de leur périmètre de sécurité délimité par le Café de Flore, celui des Deux Magots ou même l’église Saint-Germain-des-Prés…

Pauvre France, qui se croit tellement supérieure au reste du monde et qui ne comprend pas qu’elle navigue sur le Titanic !

Ecrit en septembre 2024

Un appel de nuit pour le consul

Je vais pas raconter cette nuit-là pour exonérer le gouvernement du général PINOCHET des exactions nombreuses commises, mais il est bon de dire, dans els périodes troublées, quelques parcelles de vérité.

Je fus réveillé vers 2 heures du matin par la sonnerie du téléphone. Très poliment, l’interlocuteur se présenta. Il appartenait à la police chilienne et il m’indiqua qu’à la suite d’une manifestation – elles étaient nombreuses à Santiago – une personne avait été arrêtée qui se disait française. Les vérifications d’usage avaient été faites et avant de la relâcher, le policier me demandait de venir pour constater, avec un médecin, que la personne arrêtée n’avait pas été molestée.

Les Chiliens n’étaient pas dupes et savaient très bien qu’il fallait se méfier. Si toutes les vérifications n’étaient pas faites, les Français (en l’occurrence), ou leurs familles, ou les journalistes, pourraient accuse les autorités chiliennes de maltraitance.

Je rappelai à mon interlocuteur qu’il y avait un couvre-feu. La réponse me fut donnée de suite. Je devais prendre ma voiture, avec les fenêtres ouvertes, ne pas dépasser les 20 km/h, garder les feux éteints. Toutes les patrouilles étaient déjà prévenues de mon passage.

En arrivant à un carrefour de la capitale, ma voiture fut entourée par des soldats en armes et je me retrouvai avec une mitraillette enfoncée dans le ventre. C’était un peu « cavalier » comme procédé, mais on ne peut demander à des soldats en mission d’avoir le même tact que les meilleurs diplomates. Mais, une fois les vérifications faites avec le quartier général, le commandant déploya la plus grande politesse et la plus grande courtoisie.

Arrivé au commissariat central, tout se déroula comme il se doit avec des gens civilisés. Je pus m’entretenir avec mon compatriote qui avoua être en visite à Santiago et avoir participé à la manifestation. Il n’avait aucune plainte particulière à déposer contre les autorités et le médecin vérifia qu’il n’avait aucune trace de coups ni de blessures. Un procès-verbal fut établi et je le contresignais avec le médecin et le commandant. Je pus ensuite reconduire notre compatriote à son hôtel. Ce dernier était un touriste isolé qui avait été mêlé un peu par hasard à une manifestation. Mais j’ai compris la méfiance des policiers ou des militaires. Dans plusieurs pays où j’ai résidé, des personnes étaient envoyées pour mettre la pagaille et une fois arrêtées demandaient l’aide de l’ambassade tout en étant prêtes à accuser les autorités locales de tous les maux de la terre. A ma connaissance, mais je peux me tromper, ce sont les Etats-Unis qui se sont les premiers servis des ONG pour donner à certains de leurs agents une couverture « humanitaire ». Je n’oublie pas non plus qu’en Chine, ce sont les jésuites qui se servaient, pacifiquement, de cette sorte de couverture avec des entreprises.

On ne peut, dans ces conditions, reprocher à la police ou à l’armée de tel ou tel pays « autoritaire » de se méfier même des ONG qui auraient dû rester dans leur rôle magnifique d’aide aux populations les plus défavorisées.

Même Bernard KOUCHNER mélangeait tout !

Ecrit en septembre 2024

Tremblement de terre

Comment oublier ? C’était un dimanche soir à l’heure où la famille commence à dîner dans la salle à manger, au rez-de-chaussée de la maison qui donnait sur une grande terrasse suivie d’un jardin.

Dès le début du tremblement de terre, j’ai revu des souvenirs de Thaïlande et du Pérou, avec des tremblements de terre de 4 à 6 sur l’échelle de Richter. A Santiago, c’était beaucoup plus fort et j’ai emmené la famille au centre du jardin, à l’écart de tout ce qui pouvait tomber, sauf des projectiles. Le tremblement de terre a duré une minute et demie, ce qui paraît très long lorsque les murs de la maison ondulent du sol au toit, comme des vagues arrivant au rivage et que de temps en temps un bruit plus fort que les autres indique qu’une tuile a quitté son logement pour partir comme une fusée. On entendait aussi des choses tomber dans la maison sans savoir s’il s’agissait de décorations diverses ou d’un placard qui s’était ouvert et se vidait de son contenu.

Heureusement, les autorités chiliennes connaissaient les tremblements de terre car l’histoire du pays en était jalonnée. Mais surtout elles avaient établi des normes très strictes qui étaient appliquées ave rigueur, suivant la force du tremblement de terre. Le gaz et l’électricité étaient coupés automatiquement pour éviter une catastrophe encore plus grande. Finalement le tremblement de terre fut évalué à 7,5.

Enfin, les choses se calment, la famille n’est pas blessée, la maison est toujours debout alors que c’était un vrai château de cartes quelques secondes auparavant. C’est alors que l’ambassadeur a appelé, me demandant de venir de toute urgence à la résidence pour l’aider.

Il fallait y aller. Mon ambassadeur venait d’arriver au Chili et il était allé à la messe avec son épouse – une dame très simple et très gentille – dans l’église proche de chez lui. Quand il a vu des morceaux de plafond tomber dans la nef, il est revenu à la résidence pour constater les dégâts.

Je pouvais le rejoindre puisque ma famille était saine et sauve. Je ne connaissais pas encore les répliques, parfois très violentes, qui arrivent après les très fort tremblements de terre. Je me souviens d’avoir expliqué qu’il suffirait, si de nouvelles secousses survenaient, retourner dans le centre du jardin et attendre. Il était aussi préférable de dormir dans le salon plutôt que dans les chambres à l’étage.

La résidence avait souffert davantage que ma propre maison, mais rien ne pouvait être fait immédiatement pour réparer les dégâts. Pendant que nous constations l’état des choses, une réplique survint, très violente. Quand finalement, je rentrai à la maison, j’ai constaté les dégâts dans le coeur de mes enfants. C’était l’évidence non exprimée de quelque chose comme « Papa, ce soir-là, tu nous as abandonnés ». Je me suis promis d’emmener toute ma famille dans la voiture si de nouvelles secousses survenaient…

Les répliques furent nombreuses. Un matin, nous étions réunis dans le bureau de l’ambassadeur et tout se mit à vibrer autour de nous. Et l’ambassadeur continuait la réunion comme si de rien n’était. Dans un télégramme qu’il envoya au Département à cette époque, je me souviens d’une phrase : »Pendant que j’écris ces lignes, les murs tremblent autour de moi ».

A la maison, j’avais expliqué à ma fille Laurence ce qu’elle devait faire si de nouvelles secousses se produisaient la nuit. Elle devait aller au chambranle de la porte et s’y tenir en attendant que je revienne la chercher après avoir descendu son petit frère Pascal dans le jardin pour rejoindre sa maman.

Le lendemain matin, la propriétaire vint aux nouvelles. Elle voulait constater l’état de sa maison. Elle me raconta qu’elle l’avait fait construire au lendemain du grand tremblement de terre de Valdivia et que son architecte avait respecté les normes en vigueur au Chili. C’est la raison pour laquelle le Chili n’a pas été trop sévèrement touché. Les blessés furent surtout des chutes dans les escaliers engendrées par la peur…

Contrairement à de trop nombreux pays d’Amérique latine, les Chiliens respectent les normes imposées… Au lycée français de Santiago, comme dans toutes les écoles du pays, des exercices réguliers étaient faits avec l’ensemble des élèves pour leur apprendre à faire ce qu’il fallait en cas de tremblement de terre. A l’occasion d’une visite que je lui rendis, le proviseur me montra qu’il n’y avait eu que très peu de dégâts dans l’ensemble des bâtiments.

Ecrit en novembre 2024

Tremblement de terre – Le récit d’un Français

Je viens de dire que notre ambassadeur, Paul DEPIS, venait d’arriver à Santiago. C’était aussi le cas du nouveau directeur de Peugeot, arrivé de France le même dimanche que le tremblement de terre et qui avait été logé, provisoirement, dans un appartement d’un étage élevé d’une des tours de Santiago au sommet de laquelle se trouvait un restaurant tournant, très recherché pour sa vue à l’heure de l’apéritif.

Il me raconta un peu plus tard les très moments qu’il avait passés, car dans un étage élevé, on « déguste » toutes les oscillations du bâtiment. Quand il vit les placards s’ouvrir et leurs contenus se répandre sur le sol, que certains meubles commençait à glisser et que lui-même ne pouvait rester debout, il se décida à tenter de descendre par l’escalier. Il entrouvrit la porte de l’appartement pour constater que les consommateurs du restaurant en haut de la tour, pris de panique, se précipitaient dans l’escalier pour arriver plus vite en bas, sans tenir vraiment compte des personnes âgées renversées ici ou là.. Notre compatriote décida de rester chez lui et d’attendre la fin du cauchemar.

Quelques jours plus tard, quand il dut choisir le lieu où il vivrait pendant son séjour au Chili, la seule chose qu’il demanda à ses collaborateurs fut de trouver une maison de plain pied, sur le plancher des vaches…

Ecrit en novembre 2024

Prêtres français expulsés du pays

En Chine, j’avais été intéressé de découvrir (un peu) ce que l’on appelle couramment l’extrême gauche. En arrivant au Chili, je découvrais l’extrême droite, représentée par le général Augusto PINOCHET dont le putsch avait été avalisé par les agences spécialisées du gouvernement américain. Je pensais que l’extrême gauche devait fatalement rejoindre l’extrême droite (ou le contraire) et que donc il existait entre elles de nombreux points communs. Cette intuition n’était pas irréaliste !

A mon arrivée, en 1984, les années les plus noires du coup d’Etat et de ses conséquences immédiates étaient passées, mais il restait encore de nombreux problèmes : le maintien de l’ordre, la répression, les brutalités, les morts et les blessés. La litanie des malheurs pourraient longtemps continuer ! La misère était omniprésente dans les quartiers pauvres, là où les révoltes pouvaient à tout moment éclater (les nantis devraient s’en souvenir en France).

Or nous avions au Chili des missionnaires français, des prêtres qui avaient choisi de venir aider les plus pauvres et les plus démunis dans les quartiers les plus misérables. C’était dans le quartier populaire (poblacion) de la Victoria que résidaient trois prêtres français, les Pères Pierre DUBOIS, Daniel CARUETTE et André JARLAN. Je m’étais rendu un jour les visiter dans leur paroisse et écouter un de leurs sermons.

Un beau jour, ou plutôt un très mauvais jour, il y eut une manifestation importante à la Victoria. Les forces de l’ordre intervinrent avec violence. Une balle « perdue » traversa une mince cloison du presbytère, au premier étage et sans fenêtre de ce côté-là, et arriva dans la chambre du père André JARLAN qui était à sa table de travail, devant sa bible ouverte. La balle « aveugle » le tua.

C’était une tragédie, inutile, stupide, qui aggravait les problèmes sans les résoudre. Pour tenter de rétablir le calme, les Pères DUBOIS et CARUETTE furent arrêtés et se retrouvèrent sous la garde du chef de la police politique, Juan Manuel CONTRERAS.

Notre ambassadeur, Paul DEPIS, m’appela quelques jours plus tard. Il me raconta comment lui-même, avec le nonce apostolique, avait négocié avec les autorités pour obtenir la libération de nos prêtres. C’était un échec et la décision de les expulser était irrévocable. Je me souviens des mots de mon ambassadeur : « Les diplomates ne peuvent plus rien. A vous, Pierre, de faire le travail consulaire qui doit être fait pour que nos compatriotes passent le moins mal possible leurs derniers jours au Chili ». L’ambassadeur ajouta qu’il ne voulait plus me voir à l’ambassade car les journalistes français allaient téléphoner jour et nuit pour tenter d’avoir des nouvelles. Il me conseillait donc de n’être plus joignable, aussi longtemps qu’il le faudrait. Effectivement, pendant les quelques heures de repos où j’étais à la maison, c’était mon épouse qui répondait aux appels, en assurant que je n’étais pas encore rentré. Il faut quelquefois mentir, surtout aux journalistes.

Les jours qui suivirent montrèrent la difficulté d’avancer (un petit peu) dans un milieu hostile, mais dans lequel on rencontre parfois un peu de lumière. Je choisis de commencer par une visite au ministère chilien des affaires étrangères. Entre diplomates – je l’avais appris à Pékin – on peut s’entendre. Je fus reçu par le directeur des affaires consulaires, un grand diplomate qui fut plus tard ambassadeur du Chili en Chine. Il mit tout en oeuvre pour m’aider. A cette époque, les militaires détenaient le pouvoir avec le Chef de l’Etat, les ministères de la défense, de l’intérieur… Mais des civils tout à fait compétents travaillaient, par exemple au ministère des affaires étrangères.

Lors de l’entrevue avec ce directeur, il fut tout à fait d’accord pour réaliser, le plus possible, la demande de mon ambassadeur : faire en sorte que les derniers jours à Santiago de nos compatriotes se passent le moins mal possible. Mais ce souhait dépendait du bon vouloir des militaires. Le directeur m’offrit de m’installer à son bureau et m’indiqua le fonctionnement de ses téléphones pour que je puisse utiliser les lignes qui pouvaient m’être utiles. Lui-même, évidemment, ne voulait pas rester pour ne pas me gêner. Même s’il aurait pu rester – je n’avais rien à dissimuler – je finis par me retrouver seul avec la possibilité de joindre les autorités chiliennes que je voulais. Jamais, nul part dans le monde, ne me fut donnée cette opportunité de résoudre un problème en ayant un accès direct à ceux qui détenaient les clefs.

J’appelais le général CONTRERAS dont la réputation ne faisait pas un « tendre » et qui avait beaucoup à se reprocher, étant l’exécuteur des « basses oeuvres ». Je pense qu’il avait été mis au courant de ma démarche. En tout cas notre échange fut très positif : je voulais le voir, il était prêt à me recevoir.

Après avoir été escorté jusqu’à son bureau, je lui demandai de pouvoir rencontrer nos compatriotes pour écouter leurs éventuelles demandes. Je souhaitai revenir ensuite pour voir avec le général comment « l’expulsion » décidée par le gouvernement chilien pourrait se faire le plus calmement possible.

Le général accepta de suite et je fus conduit dans de longs couloirs vers les sous-sols. J’arrivai dans une grande pièce gardée par une demi-douzaine de soldats, dans laquelle se trouvait un de nos prêtres. Nous pûmes discuter librement et sans problème venant des gardes.

Puis je fus conduit dans une seconde grande salle, avec le même « décor » : un compatriote entouré de beaucoup trop d’hommes en armes…

La demande la plus urgente des pères était d’obtenir d’être regroupé ensemble, ce qui me paraissait évident. Une autre demande émanait du Père DUBOIS. Il souhaitait que j’aille à La Victoria, au presbytère, pour prendre dans son bureau le journal qu’il rédigeait. Il avait peur que ce document, s’il était récupéré par le régime, puisse nuire, d’une façon ou d’une autre. Je ne pouvais lui assurer que je réussirais, mais je pouvais essayer.

Le général CONTRERAS me reçut une nouvelle fois. Il admit que les Pères pouvaient être réunis dans une même pièce, en diminuant le nombre de gardes armés. Il donna les ordres nécessaires et le soir même, je rencontrai les Pères heureux d’être ensemble.

J’appris aussi au général CONTRERAS qu’il me faudrait aller à La Victoria pour récupérer quelques petites choses que les Pères souhaitaient avoir en France. Il proposa de suite de m’y conduire, pensant qu’il était nécessaire d’assurer ma protection. Il lui fallait seulement un peu de temps pour préparer ce déplacement. En attendant, il me garda dans son bureau.

J’eus donc le temps de réfléchir et finalement je décidai de parler au général en lui disant à peu près ceci : Mon général, oubliez un instant que je suis le consul de France et permettez-moi de vous parler en mon nom personnel et donc pas du tout officiellement. Je suis allé un jour à La Victoria et j’ai écouté un sermon du Père DUBOIS. J’ai été convaincu que ses paroles ne cherchaient pas à attiser la haine, mais au contraire à éduquer à la paix. Les violences qui existent dans le quartier pauvre de La Victoria ne me semblent pas dues aux Pères français. Je pense donc, sincèrement, que le gouvernement chilien fait une erreur en les expulsant car, comme ils sont très respectés et écoutés dans leur quartier, je ne pense pas que les choses s’amélioreront sans eux.

Le général m’avait écouté sans dire un mot. Après un silence, comme pour lui permettre de réfléchir, il me répondit à peu près ceci : « Oubliez un instant ma position officielle qui m’oblige à obéir aux ordres de mes supérieurs. Et laissez-moi vous dire que je pense que vous avez raison sur l’état de la situation à La Victoria et sur l’influence des Pères français.

Lorsque tout fut prêt, le général m’invita à monter avec lui dans sa voiture, une BMW truffée de téléphones et d’antennes diverses, mais ce n’était qu’une voiture du cortège. Le général suivait toute la progression, car il ne voulait certainement que la moindre difficulté surgisse. A chaque carrefour, je pus apercevoir des camions qui semblaient arrêtés le long du trottoir, mais la bâche se soulevait et un soldat à l’intérieur faisait signe au cortège que tout allait bien…

En arrivant à l’église de La Victoria, j’expliquai au général qu’il était préférable que j’aille seul. Il accepta sans problème et ne quitta pas sa voiture en disant qu’il m’attendrait le temps qu’il faudrait. Un homme vint m’ouvrir. Je lui expliquai qui j’étais et lui donnai des nouvelles des Pères. Il me conduisit dans le bureau du Père DUBOIS et les documents demandés étaient bien dans le tiroir de la table. Je les mis dans un sac, remerciai et revins à Santiago avec le général CONTRERAS, sans aucun problème.

A l’ambassade, je mis les documents dans mon coffre. Ils partiraient par la valise diplomatique pour que le Père puisse les récupérer sans crainte. A la maison, où je dormais, mon épouse répondait aux trop nombreux coups de téléphone, de jour comme de nuit (les journalistes français ne savent pas respecter le décalage horaire !). Elle répondait seulement que je n’étais pas encore rentré et qu’elle ne savait ni o* j’étais, ni quand je rentrerais.

L’affaire faisait grand bruit, au Chili comme en France. Dans ces moments de « harcèlement journalistique » – car les journalistes harcèlent et vendraient leur âme pour un seul scoop -, je pensais à mon ambassadeur Paul DEPIS et au mot d’ordre donné : « Disparaissez ! ». Il avait raison. C’est le seul mot d’ordre à respecter pour que les choses ne s’enveniment pas.

Les Pères français rentrèrent en France. L’ambassadeur avait eu raison : la diplomatie n’avait pas réussi à trouver une issue heureuse, mais les affaires consulaires avaient – au moins en partie – fait en sorte que des Français soient humainement traités en attendant leur expulsion du pays.

En ces temps de souvenirs, je souhaite remercier non seulement mon ambassadeur, Paul DEPIS, mais aussi le général CONTRERAS… C’est bien l’alliance des contraires qui, selon René CHAR, permet de réaliser de beaux feux d’artifice.

Les Pères français me remercièrent aussi. Puis-je écrire « sans plus » ? Non, car ils n’avaient pas à me remercier. Mais ce que j’ai souvent constaté c’est qu’il ne faut pas perdre la tête devant les projecteurs des médias. La Chine me l’avait appris, mais au Chili, j’ai bien cru que le curé de La Victoria rêvait d’être à la place du général PINOCHET !

Quelques mois plus tard, je reçus une lettre du Père DUBOIS, qui répondait à un de mes envois officiels. Chaque année, nous devions mettre à jour, comme dans toutes les communes de France, la liste électorale. Les instructions étaient simples et claires : radier de cette liste les personnes décédées et celles ayant quitté la circonscription. Mon devoir était donc, en particulier, de radier les Pères français, puisqu’ils n’avaient plus de permis de résidence au Chili et de les prévenir pour qu’ils puissent s’inscrire sur une liste électorale en France.

Le Père DUBOIS prit très mal mon respect des instructions. Il se considérait et voulait être considéré comme étant toujours en résidence à La Victoria, à Santiago. Je n’ai pas aimé cette réaction de protestation alors que les règlements que nous devions appliquer étaient clairs et sans équivoque. Et voir le Père DUBOIS faire comme les petits dictateurs ne pouvaient me réjouir !

Mais il arrive parfois que des « personnalités » perdent la tête (ou seulement une partie) quand elles sont mises en lumière par les feux de la rampe. Alors elles se croient au-dessus des lois… J’ai vu, depuis ce triste épisode, bien d’autres personnes qui ne sentent plus leur condition d’être humain, qui ne devrait revendiquer d’autre privilège que celui de servir les plus démunis et les plus pauvres.

Servir… et non se servir… Je revois tellement de personnes croisées sur mon (long) chemin. En particulier, je pense à Simone VEIL et je raconterai un jour comment elle savait s’avancer vers les projecteurs sans même apercevoir les manants qui l’entouraient et qui, pourtant, n’étaient là que pour la servir. Mais il fallait absolument se faire voir ! Je le dis d’autant plus simplement que j’avais de l’admiration pour Simone VEIL, pour son parcours de souffrance, puis de gloire. Une grande dame, oui, mais quel dommage qu’elle n’ait pas été plus proche des gens simples, même si effectivement elle n’avait rien à y gagner !

Ecrit en décembre 2024

Sports et golf à Santiago-du-Chili

La communauté française du Chili, au temps de sa splendeur, était vivante. Elle avait investi avec succès dans le sport en créant le Stade français, en 1929. Son succès vint, en particulier, du rugby et du tennis. Dans ce dernier sport fut membre Hans GILDEMEISTER, que j’eus l’honneur de voir jouer la Coupe Davis à Santiago.

Il y avait également une piscine et, pendant les vacances scolaires, j’y ai inscrit mes enfants à des cours de natation. Je me souviens du jour de la remise des diplômes où ma fille Laurence fit une démonstration de ses dons et de ses apprentissages, et où mon fils Pascal, le plus jeune dans le cours, démontra ses talents pour plonger, sans même encore savoir nager…

J’avais appris à connaître le Président du club, qui était chilien, mais qui aimait ce club dont les Français avaient quasiment disparu, au moins dans les instances dirigeantes. Je l’ai aidé à remplir les formulaires nécessaires pour obtenir une subvention du Département. C’était une époque où il était encore possible d’aider à la poursuite des intérêts français.

Ce directeur, dont je tais le nom, a plusieurs fois voulu m’aider quand il a su les « saloperies » dont voulait m’attribuer la responsable (élue !) des Français du Chili et de « ses » sénateurs » (1). Je n’ai pas accepté cette « aide » ! De la même façon d’ailleurs, je n’ai jamais choisi de faire connaître ces affaires à des journalistes et je reconnais qu’il m’arrive de le regretter puisque, bien souvent, c’est une des meilleures façons de faire cesser des manigances et autres magouilles et intrigues.

Un certain nombre de membres de la communauté française décidèrent, en 1957, de créer le « Sport français ». Quand nous l’avons connu, il était magnifique et nous y allions assez souvent pendant les fins de semaine car les jeux avaient une aire de jeux dans ce grand espace. Il y avait également un golf et, un jour, je suis allé le découvrir. Je suis revenu ayant pris la décision de prendre des cours pour voir si ce sport pourrait remplacer le tennis.

Tous les dimanches, j’avais rendez-vous avec mon professeur pour une heure de « repos ». Les problèmes consulaires étaient trop nombreux pour m’arrêter de travailler davantage qu’une matinée par semaine.

Un jour, mon professeur me dit qu’il n’avait plus rien à m’apprendre comme bases du sport. Le reste viendrait avec la pratique. Il accepta de venir avec moi sur le parcours. C’est ainsi que j’ai découvert la beauté d’un parcours de golf et la variété de tout ce qu’il faut apprendre. Toute une école de vie où il faut se battre contre soi-même et jamais contre des adversaires.

Ecrit en septembre 2025
1. Cf. plus haut le chapitre sur "Les agissements des sénateurs des Français de l'étranger" 
 

Hommage à la « Pompe France » de Santiago

J’ai déjà dit comment certains descendants de Français – et seulement certans – installés au Chili depuis longtemps, faisaient tout pour ramasser les largesses de la France, avec l’aide malvenue de certains représentants du peuple, sénateurs des Français de l’étranger (de droite), prêts à tout puisque ce n’était pas leur argent qu’ils voulkaient distribuer pour acheter quelques votes supplémentaires. A ce titre, ils pouvaient tout aussi bien me demander – et même vouloir m’imposer – de reconnaître comme français le général Augusto PINOCHET dont la famille avait été parmi les premières à s’installer au Chili il y avait plusieurs siècles.

Cela aurait dû être l’honneur de ces sénateurs de reconnaître que le consulat de France à Santiago respectait les lois sur la nationalité votées par l’Assemblée nationale ou le Sénat. Et si, comme moi-même, ils avaient pu penser que certaines de ces lois devaient être modifiées, cela aurait dû être leur honneur de se mettre au travail.

Mais, heureusement, il y avait également, au Chili, des personnes qui aimaient vraiment la France. J’en citerai aujourd’hui deux exemples, pour rendre honneur et hommage.

Le directeur du Stade français, uniquement chilien et ne parlant pas français, mais il gérait un club, fondé par la « colonie » française. Il aimait les sports et ce club et il mettait toutes ses compétences, nombreuses, dans le développement de ce bel ensemble sportif.

Le second était le directeur de la « Pompe France » de Santiago. Luis CLAVIERE était d’origine française et il le savait, même s’il ne parlait pas français. Il a donné une bonne partie de sa vie à la « Pompe France ».

Il y eut au XIXème siècle un grand incendie à Santiago et une église entière, construite en bois, fut la proie des flammes. Beaucoup de fidèles ne réussirent pas à quitter le brasier.

De nos jours, lorsqu’une catastrophe d’une telle ampleur arrive chez nous, on organise une marche blanche et, au mieux, dans nombre de cas, pon promet des réformes en parlant au futur. On chacun peut constater qu’en fait rien n’est réalisé et que les officiels qui ont jacassé n’ont été que des fabricants de vide.

Au Chili, ils ont fait beaucoup mieux. A la suite de cette tragédie, les autorités ont demandé à chaque communauté étrangère importante, principalement européenne, de participer à la lutte contre les incendies en créant des « pompes » avec des volontaires. Le résultat fut magnifique et la « Pompe France » (cuarta compania) fut fondée en 1864. L’exemple avait été donné dans le grand port du Chili, par la « Pompe France » de Valparaison (quinta compania) en 1856.

Tous les membres sont volontaires. Très souvent pompiers de père en fils, ils paient leur cotisation et leur uniforme et, en plus de leur travail, participent activement à la vie de la caserne : formations, entraînement, permanences de jour comme de nuit… Luis CLAVIERE ne passait pas son temps à attendre des subsides pour lui-même. Il essayait de poursuivre au mieux la tradition qui faisait de la « Pompe France » une des plus glorieuses créations de la communauté française du Chili, au même titre que les alliances ou les écoles françaises.

J’aimais de temps en temps me rendre à la « Pompe France », recherchant avec Luis CLAVIERE les liens qui pourraient être renoués avec la France et ses pompiers. Il me raconta des choses merveilleuses, en particulier les échanges avec les pompiers de France; spécialement ceux de Paris. Luis CLAVIERE me montra des camions de lutte contre le feu. Ces camions Berliet, me dit-il, équipait à une époque toutes les pompes du Chili. « Avec le temps », il est toujours difficile de comprendre les réformes qui auraient dû être faites pour empêcher de tels liens de disparaître totalement.

Avec Luis CLAVIERE, nous avons essayé. Je savais que je n’obtiendrais rien des sénateurs censés représenter les Français de l’étranger, qui songeaient seulement à prendre sans rien donner, mais nous avons cherché quelques subventions dans les créneaux encore disponibles. Mais nous avons surtout fait tout notre possible pour développer une initiative venue des jeunes de la Pompe France. Un jeune, appelé pour son service militaire, avait demandé à servir dans les pompiers de Paris et il effectua son service à la c aserne de Champerret. Il en était ravi de même que ses supérieurs et il profitait de son séjour pour voir comment renouer le mieux possible la coopération entre les pompiers de Chili et de France.

C’est un bel exemple de l’utilité du service militaire (le mot « national » serait sans doute meilleur) quand il n’est pas limité à des exercices guerriers. Il y a tellement à faire dans le monde que la France devrait, comme danbs de nombreux domaines, retrouver sa grandeur d’antan.

A mon départ de Santiago, Luis CLAVIERE a voulu me nommer « pompier d’honneur de la 4ème compagnie, Pompe France, de Santiago du Chili ». J’en ai profité pour demander à mon ambassadeur de l’époque de venir à cette petite cérémonie, espérant lui transmettre ainsi le témoin pour que la « Pompe France » ne soit pas oubliée dans ce monde où le bruit et la fureur des politiciens remplacent trop souvent les actions, souvent humbles, qui servent la comunauté.

J’ai apprisavec la Pompe France combien une coopération étroite, établie au fil de nombreuses années, tant en relations humaines que commerciales (Berliet et Camiva n’existent plus au Chili que dans les images d’archives), peut mourir par désintéressement, abandon, pour ne pas dire mépris.

Ecrit en janvier 2026

Lycée Antoine de Saint-Exupéry

J’ai aimé les écoles françaises de l’étranger, parfois petites comme à Pékin, parfois créées par les familles comme à Bangkok, parfois par des entreprises comme TOTAL à Rangoun, parfois très importantes comme les établissements de Vienne et de Santiago.

Ce dernier, le lycée Antoine de Saint-Exupéry de Santiago occupait un site magnifique et très vaste, achetée par la communauté française après la seconde guerre mondiale, un peu à l’écart du centre ville, mais situé dans le quartier devnu au fil des années un des plus résidentiels. Les bâtiments, construits au fur et à mesure du développement, étaienty séparés par des cours et des jardins selon les classes d’âge, de la maternelle aux terminales. A l’horizon, chacun pouvait admirer la splendeur des Andes dans un ciel souvent d’une extraordinaire pureté.

Comme dans une ambassade, une école française à l’étranger dépend énormément des qualités de son directeur qui incluent, à l’évidence, les qualités du coeur et du service. Si vous avez la direction sans le coeur et le service, le résultat sera, au mieux, piètre.

A Santiago, le directeur connaissait bien son affaire et le lycée marchait très bien. Je le voyais régulièrement puisque je participais, en tant que consul, à un certain nombre de réunions et de commissions. Un jour, je lui ai raconté l’histoire de mes enfants à leur arrivée au Chili. L’aînée, Laurence, avait commencé sa scolarité à l’école française de Pékin et n’eut aucun mal à s’adapter à sa nouvelle école. Elle absorbait les langues étrangères comme un petit déjeuner. Son frère, Pascal, commença sa scolarité à Santiago. Il voulait aller à l’école, comme sa soeur. Quand il revint à la maison le premier soir, nous lui avons demandé de raconter sa journée. Il était bien plus réservé que Laurence et nous n’avons rien appris de particulier. Nous avons su son histoire lors de la première réunion de parents. Sa maîtresse nous raconta que Pascal lui avait donné quelques inquiétudes. En classe, il n’avait aucun problème, répondait bien aux questions et participait. Mais dans la cour de récréation, il ne se mélangeait que bien peu avec les autres enfants.

Mamaîtresse comprit que le problème venait de la langue. C’était le français en classe et l’espagnol dans la cour. Or Pascal ne parlait pas du tout l’espagnol. Et sa ma$îtresse nous raconta qu’au bout de quelques semaines, Pascal se mit à parler l’espagnol comme s’il était né au Chili. Les ennts sont partout un exemple pour apprendre une langue étrangère : une éponge.

En parlant de cela avec le directeur, il m’expliqua que ce problème l’avait frappé lui aussi. Que tous les élèves parlent français pendant les cours, ce n’était pas difficile grâce à la maîtresse. Mais pendant les récréations; mes enfants, pourtant surveillés, étaient libres de leurs jeux et la langue « maternelle » était celle utilisée par la majorité.

Or, au Chili, au temps du général PINOCHET, bea&ucoup de sociétés françaises avaient quitté le pays, en particulier à cause des sanctions (toujours stupides) et des représailles possibles.. La& communauté française expatriée n’était pas très nombreuse. Le directeur du lycée m’expliqua qu’une étude montrait que les enfants utilisaient automatiquement, pour leurs jeux, la langue parlée par la majorité.

A l’école française de Pékin, ma fille n’avait pas appris le chinois puisque l’école n’accueillait que des enfants de diplomates. Au Chili, au contraire, une très grande majorité d’enfants étaient chiliens ou, au mieux, descendants de Français ne parlant que peu ou pas du tout notre langue.

Je n’ai pas oublié. Accepter des « étrangers » sans les assimiler est une grave erreur. Mais cette assimilation ne peut se faire que progressivement et avec des pourcentages de nouveaux arrivants raisonnable. Les discours sont « idiots » quand ils prônent une assimilation « automatique » pour les personnes qui sont sur le sol français. Mon fils Pascal était le seul « étranger » dans sa classe et a fallu qu’il apprenne les « règles » ou les « moeurs » de son nouveau pays. Après ces quelques semaines d’apprentissage, ils ont, avec sa soeur Laurence, considérés le Chili et la « langue chilienne » (comme ils l’appelaient) comme les leurs. Ils étaient devenus, simmplement mais très effectivement, Chiliens « de coeur » pour reprendre le mot de Philippe de VILLIERS. Ils étaient invités à chaque anniversaire, parlaient entre eux et avec leurs amis « en chilien ». Ils faisaient d’ailleurs de même avec leurs parents ! Et nous avons dû leur dire et redire, encore et encore, de parler français avec nous. Leur premlière langue était devenu « le chilien ».

J’ajoute d’ailleurs que lors de vacances en France, Laurence et Pascal parlaient espagnol entre eux et même avec leurs grands-parents. De temps en temps, n’entendant pas de réponse à leurs questions, ils se rendaient compte que leurs grands-parents n’avaient pas compris et se rappelaient alors qu’ils devaient parler français avec eux. Et comme leur « première langue » était réellement le « chilien », ils parlaient français et quand un mot leur manquait, il le remplaçait par le mot chilien… Les jeunes assimilent très vite !

J’ai beaucoup apprisavec le directeur du lycée Antoine de Saint-Exupéry et je l’en remercie encore. Si je devais regretter une seule chose au sujet de ce magnifique lycée, c’est de ne pas y avoir trouvé ce que j’ai découvert au lycée français de Vienne : tous les nouveaux inscrits, dans toutes les écoles françaises du monde – et même de France – peu importe leur nationalité, devraient bénéficier dès leur arrivée, de cours de langue intensifs (2 heures par jour) pour apprendre la langue du pays, peu importe laquelle car toutes les langues, toutes les cultures et tous les pays sont importants.

Je me rappelle que mes enfants, en Thaïlande, ont appris l’anglais à l’école française. X’est le thaï qui aurait du être enseigné.

Je veux dire aussi que ma fille Laurence ne serait probablement pas devenue interprète de conférence à l’Union européenne et à l’ONU sans tout ce qu’elle a appris dans les écoles françaises de l’étranger. Elle leur doit beaucoup.

J’ajoute aussi que j’ai travaillé dans pas mal de pays avec des « étrangers » qui parlaient magnifiquement le français et connaissaient magnifiquement la France. Je leur ai demandé d’où cebaient leurs connaissances. Parfois, la réponse fut évidente : le lycée français où ils avaient étudié. Je pense, par exemple, à un diplomate espagnol formé (en partie) au lycée français de Madrid.

Où la France en est-elle dans ce domaine ? A-t-on abandonné tout ou presque tout ? Est-on incapable – ou capable – , de maintenair le flambeau allumé, partout dans le monde ?

Ecrit en janvier 2026 

Arica et le nord du Chili

J’ai aimé contribuer, d’une façon ou d’une autre, à la création d’agences consulaires. J’avais, et j’ai toujours, un grand respect pour ces femmes ou ces hommes choisis de par le monde pour représenter la France dans leurs villes de province, relais particulièrement utile pour l’administration consulaire, surtout dans les pays où les touristes (et donc les problèmes en tous genres) étaient nombreux et nécessitaient parfois une intervention rapide auprès des autorités locales, à la suite, par exemple, d’une arrestation. Les liens de l’agent consulaire concerné pouvaient réellement aider, car il était accrédité et respecté.

Un jour, à Santiago, mon ambassadeur reçut le feu vert du Département pour ouvrir deux agences consulaires : l’une à Arica, tout à fait au nord du Chili, à la frontière du Pérou et de la Bolivie; l’autre à Iquique. Les distances sont grandes au Chili : de Santiago à Arica : plus de 2.000 kilomètres; de Santiago à Iquique : près de 1.800.

L’ambassadeur me demanda de faire ce voyage en 48 heures, par avion : un jour à Arica, un jour à Iquique et retour à Santiago. Cet ambassadeur ne fut pas mon préféré au Chili (j’en ai connu trois), mais il avait, comme trop souvent, la fâcheuse habitude de croire que ses agents étaient quasiment ses « esclaves ». Je choisis donc de lui expliquer que justement mes enfants avaient des vacances à ce moment-là et que je souhaitais emmener ma famille à la découverte du nord du Chili. Je souhaitais donc prendre une semaine de vacances pendant laquelle je donnerais volontiers deux jours pour faire le travail demandé. L’ambassadeur comprit que ce n’était pas négociable. Après tout, personne ne devrait, jamais, se transformer en esclave dans une ambassade. Et certains ambassadeurs peuvenbt avoir une fâcheuse tendance à se croire les successeurs de négriers.

En écrivant ces lignes, je pense à la visite, à Bangkok, d’Isabelle RENOUARD, alors directrice des Français à l’étranger et des étrangers en France. Mon ambassadeur m’avait demandé de la recevoir pendant toute une après-midi pour voir avec elles tous les problèmes de la section consulaire. Ce fut une très bonne séance de travail pendant laquelle Isabelle RENOUARD me demanda comment se comportaient certains ambassadeurs avec lesquels j’avais travaillé. Je lui répondis sans tricher en parlant d’un de mes ambassadeurs du Chili. Et Isabelle BASDEVANTeut cette réponse : en réfléchissant, ce que vous dites ne m’étonne pas. Certains ambassadeurs ont des comportements très différents quand ils sont de passage à Paris. A ce moment-là, la courtoisie est grande. Mais ensuite, ils ne parviennent pas à garder le même respect en poste avec leurs agents.

Le voyage dans le nord du Chili, accepté finalement comme je le souhaitais par mon ambassadeur, fut plein de découvertes.

Notre première « escale » nous a conduit à La Serena où je souhaitais rencontrer un Français qui avait ouvert quelques bungalows au bord de la mer. Nous y étions les seuls.

Le lendemain, nous avions une longue route à faire à travers le désert d’Atacama. Il fut impossible de trouver de l’essence à la sortie de La Serena, mais (trop optimiste) j’avais vu qu’une station se trouvait à quelques dizaines de kilomètres. En route ! En arrivant, une surprise m’attendait : les réservoirs étaient vides…

Est-ce ainsi que j’ai commencé à apprendre le protocole ? Ne rien laisser au hasard… J’avais choisi de croire en ma bonne étoile et en la gentillesse des Chiliens. Je ne me rappelle plus exactement comment fut trouvée une solution. Je me souviens d’avoir laissé ma voiture et la famille quelque part dans le désert et de partir seul avec un camionneur sympathique qui j’avais où je trouverais de l’essence. Il avait raison et je l’en remercie encore. J’ai pu faire remplir un bidon et revenir avec un autre camionneur jusqu’à la famille !

A partir de ce moment-là, ce fut simple : d-s que sur la route, je voyais ine pompe à essence, je faisais le plein.

Nous sommes arrivés à Arica, ville très calme au bord de la mer et climat très agréable. J’avais prévu d’aller visiter un lac d’altitude dans les Andes, à la frontière avec la Bolivie. Mais le Chili est tellement étroit que la route, partant du bord de la mer et allant jusqu’au lac Chungara; n’est qu’une route de montagne en lacets, certes très belle avec ses paysages et sa population andine, mais pas très drôle pour de jeunes enfants. Le lac Chungara est situé à 4.570 mètres d’altitude, et mon fils a mal supporté cette différence d’altitude effectuée en une seule matinée.

Nous nous sommes arrêtés à un contrôle militaire pour demander de l’aide et les soldats nous ont de suite invités à entrer chez eux et ils ont mis une chanbre à notre disposition en nous expliquant que notre fils devait seulement se reposer quelque temps pour « digérer » l’altitude. C’était le « soroche », mais je pensais qu’au Chili nous en serions préservés. Quelle erreur !

Une fois Pascal en sécurité auprès des carabiniers, j’ ai écouté leurs conseils. Le lac Chungara était tout près et je pouvais facikelent y aller avec ma fille Laurence pendant que Pascal et sa maman se reposerait des « surprises » des Andes.

Arrivés au lac, le vent était fort et glacial. Nous sommes descendus de voiture, mais ne sommes pas restés longtemps à l’extérieur car le froid était trop vif. Les couleurs étaient très tristes et la visibilité ne permettait qu’apercevoir bien mal le volcan Parinacota qui domine le lac et culmine à plus de 6.300 mètres d’altitude. Ce sont les carabiniers qui nous ont « recueillis » et offert une boisson bien chaude (était-ce un mate de coca – en fait un thé de coca, mot venant du quetchua « kuka » – ?) avant de constater que Pascal pouvait continuer sans encombre son voyage, qui était en fait une descente au niveau de la mer…

Ecrit en janvier 2026

Iquique et Chuquicamata

Après les péripéties des Andes, nous restions au bord de la mer grâce à la route panaméricaine. Tout s’est bien passé à Iquique, ville portuaire au bord du Pacifique, au bord du désert d’Atacama.

J’avais été invité par le général commandant cette région à visiter la mine d cuivre de Chuquicamata, à l’époque la plus grande du monde à ciel ouvert. Le rendez-vous était pris et il me fallait arriver à l’heure. La route traversait le désert d’Atacama. Le matin, peu de temps après avoir quitté Iquique, Pascal, bien jeune alors, eut besoin d’une halte car il ne se sentait pas bien. Le problème résolu, nous sommes repartis et comme il fallait rattraper le « retard », j’ai appuyé sur l’accélérateur. Sur ces routes de désert, entièrement droites, il n’y avait rien… Mais tout à coup, d’un énorme rocher datant du fond des âges, des carabiniers surgirent et m’intimèrent l’ordre de m’arrêter. Vraiment, une fois de plus, je constatais que les carabiniers dfaisaient leur travail, même dans les endroits les plus inattendus.

Je leur ai expliqué notre petite histoire de la matinée. Ils ont été parfatement courtois et m’ont indiqué qu’ils prévenaient leurs autorités que je serais probablement en retard au rendez-vous de Chuqicamata, mais qu’ils me recommandaient la prudence.

La visite de la mine était très instructive car le gigantisme est partout, dans les explosions effectuées chaque jour à midi, dans la taille des camions où un adulte debout arrive à peine à la moitié d’un pneu.

Nous avons eu ensuite la chance de visiter la ville de San Pedro de Atacama, petite ville au milieu du désert, et surtout la « Valle de la luna » qui nous a offert son immense beauté. Nous étions seuls dans ce monde de couleurs : une immense palette de peintre sur 180°. En face de nous, les Andes, au fond, les plus hauts sommets avec des teintes très variées allant du bleu le plus pâle au violet le plus foncé; et devant les pré-Andes, moins hautes maos tout aussi belles dont les couleurs offraient toutes les nuances de jaune et de brun.

Quelle beauté ! Allez visiter la Vallée de la lune et j’espère que vous y trouverez, comme nous, un calme absolu rempli par les couleurs des Andes.

Ecrit en janvier 2026

Vers le sud, jusqu’à Osorno

Le Chili et ses milliers de kilomètres de côtes le long de l’océan Pacifique !

J’ai effectué une tournée vers le sud pour visiter nos agences consulaires. Entre Santiago et Osorno, nous étions bien représentés, avec également des écoles françaises à Concepcion, Curico et Osorno. Cette dernière ville était à plus de 800 kilomètres de Santiago. Je me souviens de la plus grande artère du centre ville où une communauté d’origine libanaise possédait presque tous les commerces.

J’aurais aimé continuer plus au sud, au moins pour découvrir la beauté réputée de l’ile de Chiloé.

Au-delà, et toujours vers le sud, j’ai rêvé d’aller jusqu’à Punta Arenas, la ville la plus austral du Chili où nous avions une agence consulaire dont le titulaire, de passage à Santiago, m’avait invité à venir le voir. Ingénieur de la société Sclumberger, il avait travaillé dans cette région pour la recherche d’hydrocarbures et avait choisi de s’y installer après avoir épousé une Chilienne.

A l’époque, l’avion permettait de relier facilement Santiago à Punta Arenas. Notre agent consulaire m’a raconté comment nous pourrions aller survoler le Cap Horn qui avait été pendant longtemps la seule route maritime, avant l’ouverture du canal de Panama, qui reliait l’Europe au Pacifique, et, si le passage s’effectuait sans encombre, la première escale dans le Pacifique était Valparaiso.

Je ne suis jamais allé jusqu’à Punta Arenas, car je souhaitais m’y rendre par la route avec ma famille. J’ai seulement préparé ce voyage, espérant que ce serait possible un jour. Entre l’île de Chiloé et Punta Arenas, il y avait une succession de fjords et de canaux et c’est le général Auguisto PINOCHET qui avait décidé de mettre les ingénieurs de l’armée au travail pour céer une route qui développerait toutes ces régions très isolées du sud du Chili.

La personne qui me donna vraiment envie de découvrir cette grande région fut le cardinal Juan Francisco FRESNO LARRAIN, archevêque de Santiago, qui me raconta un jour comment il était allé passer quelques vacances sur cette route, appelée alors « carretera Pinochet » (plus tard « carretera austral »), longue de plus de 1.200 kilomètres. L’archevêque m’avait parlé de la beauté exceptionnelle de la nature, encore très protégée dans cette région bien peu accessible. En fait, les ouvrages d’art nécessaires avaient été remplacés dans un premier temps par des bacs et des ferries.

Je n’ai pu faire ce grand voyage, pour lequel j’avais envisagé de faire un retour par l’Argentine,en allant d’abord à Ushuaia, puis en remontant jusqu’à Buenos Aires par la route longeant l’océan Atlantique, avant de regagner le Chili en traversant les Andes.

Je regrette ce voyage du bout du monde. Mais il y avait trop de travail à Santiago pour tenter de remettre à flot le consulat après des années où la direction des affaires avaient été abandonnée à certains élus français qui agissaient en dictateurs en oubliant les lois et les règlements qu’ils auraient dû être les premiers à respecter.

Toutefois, j’ai pu (hélas!) faire une partie de ce voyage avec toutes les cartes nécessaires, régulièrement étalées sur mon bureau à Santiago. En effet, un jeune Français passionné de kayak avait décidé de venir au Chili pour passer le Cap Horn avec son frêle esquif. Il ne passa pas au consulat avant de se lancer dans sa folle expédition, mais un jour sa disparition fut signalée et nous avons dû tenter de le retrouver en reconstituant son itinéraire.

Ce ne fut pas trop difficile, car nous avons reçu l’aide de la marine chilienne qui, comme les marines du monde, connaît la valeur des vies humaines ainsi que les dangers de la mer ou des fjords ou du Cap Horn.

Npotre compatriote n’eut aucun problème à traverser, à son rythme, les innombrables fjords du sud du Chili… Les habitants sont habitués à aider les navigateurs de passage et la marine chilienne put recueillir suffisamment de témoignages pour étaglir précisément l’itinéraire suivi.

Jusqu’au moment où la trace du jeune Français fut perdue. On a donc appris l’endroit à peu près exact de sa disparition… La marine chilienne – peu m’importe si, à l’époque, c’était la marine du commandant en chef PINOCHET – a envoyé immédiatement un bateau dans la zone pour poursuivre toutes les recherches possibles. C’est ainsi que j’ai appris que la marine, habituée à tout faire pour secourir les naufragés de la région du Cap Horn, avait organisé le long de ce parcours maritime des postes de secours où pouvaient s’approvisionner les survivants de naufrages, en attendant l’arrivée des secours.

La marine chilienne a ainsi donné à notre compatriote tout ce qu’elle pouvait offrir de meilleur comme assistance, même au plus petit des naufragés. Ce n’était pas une question de politique (comme le voyait avec nos sénateurs), mais tout simplement une question d’aide et d’humanité.

Nous n’avons retrouvé ni notre compatriote, ni son esquif. Par contre, nous avons connu les points de ravitaillement où il s’était arrêté, et nous avons eu les témoignages des navires ayant traversé le cap Horn à cette époque de l’année (janvier était la meilleure période dans cet univers austral) car ils avaient tous été interrogés par la marine chilienne. Je rends un gand hommage à tous ces Chiliens qui ne m’ont jamais parlé de politique, mais qui ont tout fait pour aider ) retrouver notre Français.

Un autre souvenir me revient. Je reçus un jour la visite de (très riches) Français qui, ayant entendu parler dde la beauté de la nature dans le sud du Chili, décidèrent de venir y passer des vacances avec leur yacht. Lorsque le temps prévu prit fin, ils décidèrent de revenir l’année suivante car ils étaient loin d’avoir tout découvert. Ils avaient donc décidé de laisser leur yacht dans un fjord tranquille, à la garde de pêcheurs locaux… jusqu’à l’année suivante.

Avec ses centaines de kilomètres de côtes le long du Pacifique, le merveilleux Chili possède tout ce que la nature peut offrir, de l’extrême nord à l’extrême sud de l’Europe.

Mais lorsque vous aurez eu la chance d’arriver à Punta Arenas, sachez que ce ne sera pas la fin de votre voyage. Plus au sud encore, le Chili est présent en Antarctique et possède plusierus bases. Le Chili a, naturellement, le droit d’aller jusqu’au pôle sud…

Ecrit en janvier 2026

Valparaiso – Vina del Mar