« SOUVENIRS, SOUVENIRS… » – JAMAIQUE 1999-2002

Georges VINSON et la Jamaïque

A mon arrivée en Jamaïque, en 1999, c’était la réouverture de l’ambassade. Pourquoi donc avait-elle été fermée, puis réouverte ? J’ai découvert que ces décisions étaient dues à des événements « mineurs », en tout cas lorsqu’ils sont comparés aux grands événements internationaux, sans parler d’une politique étrangère qui devrait être choisie clairement et tenue fermement…

Notre dernier ambassadeur à Kingston avait été un certain Georges VINSON, dont j’ai déjà relaté (un peu) la nullité et la bassesse. (1) Après son séjour à Bangkok, il obtint, peut-être une fois encore parce que personne ne voulait le voir à Paris, une quatrième ambassade de suite, ce qui est pourtant rare… Arrivé en Jamaïque, il ne dut pas faire grand chose puisque la chasse était sa seule passion (je ne précise pas les proies qu’il aimait)… Arrivé à la fin de son temps de séjour (en fait sa mise à la retraite), il envoya un télégramme pour expliquer qu’après lui, il valait mieux fermer l’ambassade en Jamaïque puisque rien, selon lui, ne pouvait être fait dans ce pays (Bien évidemment, il ne parla pas de sa propre incompétence).

Il laissa derrière lui son déménagement dans une des dépendances de l’ambassade. Le bâtiment fut délaissé puisque le Département, à l’affut de la moindre économie, avait accepté la proposition du malheureux VINSON. Une « belle » nuit, le déménagement, non encore parti, prit feu avec la résidence et toutes les caisses partirent en fumée… Une « belle » fin pour les caisses d’un ambassadeur « inutile ».

Quelques années passèrent et, en 1999, ce fut la coupe du monde de football en France. L’équipe nationale jamaïcaine, les Reggae Boyz, fut, pour la première fois de son histoire, qualifiée pour la phase finale en France. Et le Premier Ministre, Percival PATTERSON, décida d’aller soutenir en personne son équipe. J’étais alors au Protocole et je vis un des bienfaits de cette coupe du monde : beaucoup de visites officielles et donc de nombreux entretiens à Paris qui permettaient de renforcer nos liens, nos échanges, notre coopération…

C’était à Lionel JOSPIN, alors Premier Ministre, de recevoir le Premier Ministre jamaïcain. Pendant l’entretien, Percival PATTERSON expliqua pourquoi il souhaitait la réouverture de l’ambassade de France et Lionel JOSPIN accepta. Les deux Premiers Ministres avaient raison. Ce n’est pas parce qu’un pays est un « petit » pays que la France ne doit pas avoir dans sa capitale une présence diplomatique. Il ne faut jamais oublier que la France a un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations-Unies, et que, dans les organisations internationales, c’est un votre par pays. La surface géographique et l’importance économique importent peu.

Une ambassade devrait pouvoir être très « légère », au moins pour commencer. Mais en France, il faut un ambassadeur – il y en a tant à caser, parmi les capables et les incapables – , sa cour, ses valets, ses immeubles, ses dépendances, son train de vie… Et quand on découvre que tout cela coûte cher, mais ne sert pas à grand chose si l’ambassadeur ne fait pas son travail, on arrête les frais, généralement parce que l’ambassadeur a rêvé sans regarder la réalité de son pays de résidence, dans lequel on peut, pourtant, trouver certainement des opportunités.

J’ai vu ainsi en Birmanie une ambassade de Serbie tenue par un seul agent chargé d’affaires. Traditionnellement, il y avait des relations entre les armées birmane et serbe. Mon homologue serbe savait, en acceptant le poste, qu’il devrait tout faire seul, sans pouvoir prendre de vacances pendant deux ou trois ans.

Chez nous, hélas !, il faut du faste et surtout il faut caser les pistonnés inutiles !

1. Cf. "Souvenirs, souvenirs..." - Thaïlande

Le premier matin du monde

C’était tôt, un matin de 1er janvier, à Kingston.

Les Jamaïcains aiment faire la fête, avec la musique de Bob Marley ou beaucoup d’autres. Et la nuit de la Saint Sylvestre est fêtée jusqu’à l’aube dans un bruit assourdissant de pétards et de feux d’artifice.

J’avais donc mal dormi, mais je voulais aller au golf de bonne heure. Au parking, il n’y avait que ma voiture et du côté des caddies, je ne vis d’abord personne. Puis, un homme âgé est apparu. Le parfait rastafari. Il ne parlait que le créole et donc il ne m’était pas possible d’échanger beaucoup avec lui.

Mais le matin était de toute beauté, dans le calme et la simplicité du premier matin du monde. Et mon caddy levait les mains au ciel avant de les poser sur son coeur pour me montrer combien il appréciait la splendeur de la nature et rendait grâce.

Certainement mon plus beau « premier janvier », en compagnie d’un homme « nature »…

Ecrit en août 2024

« Hole in one »

Le golf de Kingston n’était pas – et de loin – le plus beau golf de Jamaïque. J’en étais membre et j’y allais tous les week-ends.

Un beau dimanche, je suis arrivé au trou N° 9, un par trois sur lequel, normalement, on a droit à un coup pour arriver sur le green et deux coups supplémentaires pour faire le par.

Ce matin-là, j’ai pris un fer 4 et j’ai vu la balle partir comme je le souhaitais. Elle est retombée sur le green et a commencé à rouler vers le trou où finalement elle a terminé sa trajectoire.

Les « trous en un » sont rares chez les amateurs, mais ce qui est extraordinaire, c’est de voir la balle s’envoler en pensant et en constatant que le coup a été bien donné puisque la trajectoire est celle qui a été rêvée, depuis le tee de départ jusqu’au trou d’arrivée.

Dans de nombreux clubs, un « trou en un » se fête au champagne offert à tous les membres présents. A Kingston, il n’y avait pas de champagne au club. Tous les présents à cette heure encore matinale eurent droit à une boisson de leur choix – le plus souvent, une bière -, y compris bien sûr les caddies, et pour le mien une prime spéciale… Un très sympathique souvenir !

Ecrit en juillet 2025

Bob MARLEY et le quartier de Trenchtown

Pendant mon séjour à Kingston, j’avais écrit une longue dépêche sur les gangs et les quartiers qu’ils contrôlaient dans la capitale jamaïcaine, prenant pour base ce que j’avais commencé à connaître par moi-même, ainsi qu’une longue série d’articles parus dans un grand journal local.

Je n’ai pas gardé copies de documents officiels et il m’arrive de le regretter, comme dans ce cas précis. J’écris donc de mémoire.

L’insécurité était grande à Kingston et il n’était nullement recommandé de se rendre dans certains quartiers de la ville, quasiment interdits et administrés en fait par les gangs. Dans le quartier résidentiel, j’avais loué un appartement au sommet d’une tour d’où la vue était splendide sur la mer des Caraïbes et sur les montagnes bleues, d’où provenait le café « Blue mountain » connu dans le monde entier et spécialement au Japon. Pour entrer dans la propriété, une première barrière, gardée jour et nuit, ne laissait passer que les voitures des habitants de l’immeuble ou celles de leurs invités lorsque les noms avaient été communiqués. Ensuite il fallait passer un second contrôle, car le rez-de-chaussée de l’immeuble était entièrement grillagé et un garde se tenait à l’intérieur, jour et nuit, pour vérifier l’identité des arrivants, n’ouvrant la grille qu’à ceux qu’il connaissait ou après avoir téléphoné à l’étage nécessaire pour faire une vérification.

Un jour arriva à l’ambassade un éditeur français des Antilles qui préparait une bande dessinée retraçant la vie de Bob MARLEY. L’ambassadeur de l’époque jugea que ce projet n’était pas suffisamment important pour qu’il le prenne en charge et me demanda de m’en occuper.. Je fus ravi de recevoir cet éditeur qui avait déjà préparé très sérieusement son livre et qui connaissait donc bien les us et coutumes « difficiles » de la Jamaïque. Il voulait aller passer quelques jours dans le quartier de Trenchtown où Bob MARLEY avait vécu pendant son adolescence, afin d’y faire différents croquis.

Mais, pour entrer dans Trenchtown, il fallait un « visa », comme dans tous les quartiers de Kingston tenus par les gangs. Il suffisait (mais peut-être l’éditeur antillais ne m’a-t-il pas tout dit ?) d’obtenir l’accord du chef de gang. Ce qu’il obtint sans problème pour la gloire de Bob MARLEY (?).

Petit à petit, les gangs avaient réussi à étendre leur territoire et à le protéger. La police et le député local pouvaient être « achetés ». Echange de bons procédés : la police est rémunérée pour fermer les yeux et le député est assuré d’une réélection s’il se tait. Ainsi, peu à peu, c’est le gang qui prend les commandes et qui dirige et gère la circonscription. Les logements ne peuvent être loués ou achetés qu’à des personnes faisant allégeance, les prestations sociales sont distribuées par le chef de gang puisque ses activités s’étendent aux trafics de drogues, d’êtres humains et d’armes, lui assurant des revenus importants. Le gouvernement ne peut que fermer les yeux sur une circonscription où tout est calme et où même la justice est rendue par le clan qui domine tout !

Lorsque je suis rentré en France et que j’ai découvert l’existence des « quartiers difficiles », j’ai bien souvent pensé à la Jamaïque. Ce qui se passe chez nous – l’installation de la gangrène – se passe en Jamaïque et nous aurions dû profiter de notre ambassade à Kingston pour étudier davantage comment se créent et évoluent certains quartiers de Kingston, de la « démocratie » à la dictature des mafias !

Nous n’avons rien inventé, mais que nos dirigeants cessent de vouloir nous faire croire qu’ils « dirigent » quoi que ce soit. Menteurs et/ou aveugles : que sont-ils ?

Ecrit en septembre 2024

Le « spring break »

C’est une bien triste image de la déliquescence de la jeunesse dorée des Etats-Unis. Chaque année, les étudiants américains organisaient au début du printemps le « Spring break » et ceux qui avaient les moyens se regroupaient, en Jamaïque par exemple, dans les grands hôtels de la côte nord qui leur offraient des séjours « all inclusive ».

Alors commençait la débauche, du matin au soir et du soir au matin. L’alcool, le sexe, la drogue devenaient les rois et remplaçaient allègrement les professeurs, les manuels et les cours… Après tout, « chacun fait ce qu’il veut avec son c…, ça ne me regarde pas », comme aimait à le dire Thierry LE LURON.

Ce qui était choquant, c’était l’étalage du fric et de tous les débordements, sans aucun respect des coutumes locales (pourtant bien permissives) et surtout sans aucune considération pour les pauvres, pourtant très nombreux en Jamaïque.

Non, c’était : « Nous sommes Américains. On a le fric et le pouvoir et donc on fait ce que l’on veux et vous n’avez rien à dire. »

Quelle arrogance ! Quelle fatuité ! Elles me rappellent, hélas!, le tourisme sexuel que j’avais croisé à l’aéroport de Bangkok, avec des panneaux « sex tour » foutus sur les autocars qui partaient pour Pattaya.

Ne me parlez pas des valeurs de l’Occident !

Ecrit en janvier 2025

Les centres d’excellence régionaux trilingues

Mon premier ambassadeur, énarque, avait des qualités – tout le monde en a, même les pires énarques -. A sa sortie de l’école, il avait été nommé au ministère de la coopération où il avait fait sa carrière.

J’avais longtemps rêvé de voir la suppression de ce ministère qui aurait dû, dès la fin de la colonisation, être rattaché au ministère des affaires étrangères. Ce ne fut fait qu’à la fin des années 90, lorsque Hubert VEDRINE était ministre. Il a eu le courage de faire aboutir une réforme évidente !

Ces « messieurs de la rue Monsieur », comme on les appelait, avaient bataillé pendant des années pour conserver autonomie, indépendance, postes, prébendes… On voit le résultat de ces agissements dans le scandale des dépenses de l’Agence française de développement, une agence qui pouvait être utile quand la France était un pays développé, mais qui aurait dû être supprimé quand la France devenait un pays en voie de sous-développement…

Les négociations furent rudes avec le Ministère des Finances puisque, en fait, ce sont les économies nécessaires qui ont gagné la bataille, et non l’amélioration de la diplomatie. Qui m’a raconté cette aventure de marchands de tapis ? Je crois que ce fut la mission d’inspection venue à Kingston. Les Finances ont fini, pour faire accepter la fusion, par accepter de donner une carotte, en créant un poste d’ambassadeur qui serait attribué à l’un des fonctionnaires de la Coopération.

Qui choisir ? La direction du personnel a porté son choix sur le fonctionnaire le plus ancien dans le grade le plus élevé au Ministère de la Coopération. Pourquoi ce choix ? Regardez la diplomatie quand elle est dévoyée. Etait-ce le meilleur ? Aucune importance. Etant le plus ancien, il partirait à la retraite le premier et le poste créé par Bercy retomberait dans l’escarcelle du Quai d’Orsay qui pourrait nommer un « ambassadeur » de plus parmi les agents du Quai.

Voilà donc un homme travailleur, passionné de langue française et coopération qui devient, pour la première et dernière fois ambassadeur. Il est nommé à Kingston en Jamaïque pour rouvrir notre ambassade. Le problème, c’est qu’il a fait l’ENA. Alors il oublie ses propres qualités et sa modestie pour se lancer dans une idée folle. Sa mission, décrète-t-il, sera de créer en Jamaïque des « centres d’excellence régionaux trilingues ». L’idée est simple (simpliste ?) : refaire l’ENA en Jamaïque. Regardant la Caraïbe, il a constaté que le français était présent, comme l’anglais et l’espagnol. Pour obtenir l’excellence, il voulait réunir des jeunes parlant bien les trois langues. Personnellement, je n’en connaissais pas un seul en Jamaïque, à part mon ambassadeur !

Alors commença l’agitation en tout sens du brave ambassadeur pour son rêve. Du côté des Jamaïcains, c’était simple. Il disait qu’il avait un projet qui ne leur coûterait rien. Du côté du Quai d’Orsay, c’était simple. Il disait la même chose. Puisque c’était gratuit, pourquoi pas ? Tout le monde était d’accord.

L’ambassadeur commença ses démarches pour obtenir du Département une mission de spécialistes afin d’avancer son projet. Contrairement ) ses promesses, cette mission serait financée par le Quai d’Orsay qui renonça donc à ce déplacement. L’ambassadeur ne pouvait s’empêcher d’imaginer des merveilles et de partir dans le grandiose. Il me semblait autrement plus urgent de partir de la réalité et de développer la coopération avec ce qui existait : l’Alliance française et l’Université des Indes occidentales (quel nom merveilleux !) qui regroupait déjà une partie de l’élite des Caraïbes.

Dans son projet « fou », l’ambassadeur oublia que son premier souci devait être la réouverture de l’ambassade. Il y eut des tensions qui dégénérèrent, une plainte contre l’ambassadeur, déclenchée avec l’aide d’un syndicat, suivie d’une inspection. Au bout du compte, la demande de prolongation de son séjour à Kingston, faite par l’ambassadeur, ne fut pas accordée. Pour son pot de départ traditionnel, beaucoup refusèrent de cotiser et je dus faire en sorte de combler les trous pour faire semblant.

Je dus surtout préparer un petit discours et j’ai repensé à cet « au revoir » mémorable délivré par l’ambassadeur Charles MALO à Pékin (1). Je ne pouvais même pas dire « tout le personnel présent ici vous regrettera » car la phrase aurait pu déclencher une émeute.

Finalement, j’ai trouvé une phrase dont je me souviens et que j’aimais bien : « Vous avez semé et vos successeurs verront le résultat de vos travaux ». A la fin de la petite réception, l’épouse de l’ambassadeur vint me voir. C’était une sainte car j’imaginais tout ce qu’elle devait subir, elle si simple et si merveilleuse, de la part de son mari, énarque devenu ambassadeur ! Elle voulait une copie de mon discours, qu’elle avait beaucoup aimé !

Le successeur fut pire. C’était lui aussi son premier poste d’ambassadeur. Avant chaque départ en poste, le nouveau nommé reçoit sa « feuille de mission ». Les « spécialistes » du Quai d’Orsay, que j’imaginais n’ayant pas beaucoup à faire avec la Jamaïque, reprirent en désespoir de cause l’histoire des centres d’excellence régionaux trilingues…

A peine arrivé, ce nouvel ambassadeur, aussi nul que le premier, me fit venir pour me demander de lui expliquer l’histoire de ces « centres ». Je lui dis tout le mal que j’en pensais (magnifiques seulement dans l’idéal, totalement irréalisables). Alors il se mit en colère. Il avait reçu du ministre son plan d’action qu’il devait exécuter. Bien évidemment, cette idée d’énarque était vouée à l’échec et c’est ce qui advint. Heureusement, j’étais alors parti de ce pays dans lequel on pouvait travailler, raisonnablement pour commencer. Des choses simples ne sortant pas du cerveau éthéré d’un énarque souhaitant que son génie soit reconnu !

Ecrit en mars 2025
1. Cf. "Souvenirs, souvenirs..." - Chine

Une inspection à Kingston

A la suite de plaintes venant d’un ou plusieurs agents de l’ambassade, le Quai d’Orsay envoya une mission d’inspection en Jamaïque.

J’étais content car les rodomontades de l’ambassadeur avaient mis parmi le personnel un esprit détestable qui gênait notre travail principal : remettre l’ambassade en marche et non réaliser des rêves inaccessibles.

Le chef de cette mission d’inspection vint rapidement me voir et me confirma ce dont je me doutais. Les « plaintes » concernaient l’ambassadeur et je n’étais pas concerné (sinon que le N° 2 que j’étais n’avait pas réussi à arrêter les « délires » de son chef.

Ce diplomate aimait l’humour et pour me mettre à l’aide, me raconta l’histoire de notre ambassadeur, Albert SALON, lorsqu’il était consul général à Québec. Il avait droit à une vaste résidence dans laquelle il avait institué une « nuitée » pour les invités officiels qui venaient en mission, alors que les factures normales pouvaient passer en comptabilité. Donc, ce pauvre consul avait vu son nom transformé par certains visiteurs : Albert SALON était devenu « Ah ! le bon salaire ! ».

C’est vrai qu’il n’aimait pas dépenser et sa femme – une sainte – n’avait pas un accès facile, m’a-t-il semblé, au portefeuille.

Sa vie étant réglée du matin au soir, c’est à 18 heures précises qu’il sortait, avec son épouse, pour s’occuper du grand terrain de l’ambassade.. C’était son activité sportive pour débroussailler l’ensemble et d’arroser si nécessaire. Son épouse était chargée de cette dernière tâche, mais il n’avait pas voulu faire la dépense d’un arrosoir. L’ambassadrice utilisait une bouteille vide d’eau minérale qu’elle allait remplir…

A leur arrivée à Kingston, l’ambassadeur et son épouse avaient été logés dans une suite d’un bel hôtel de la ville, jusqu’à ce que l’appartement de fonction, organisé dans une partie de la chancellerie, fut aménagé. Ce n’était pas immense, mais bien pour attendre la reconstruction de la résidence.

Lors de l’inspection, l’ambassadeur voulut recevoir les inspecteurs à la résidence. L’ambassadrice était, au minimum inquiète, sans doute paniquée. Elle voulait, certes, que tout fut impeccable. Elle décida que leur bonne , une Jamaïcaine, soit parfaire ce jour-là. Elle pensa qu’elle devait la vêtir comme les servantes de l’ancien temps, avec robe noire et tablier de dentelle. Mais la Jamaïcaine, sans doute sermonnée depuis des jours, arrivé le matin fatidique avec sa tenue jamaïcaine des très grandes fêtes. Elle était vraiment magnifique, mais bariolée comme un bonnet multicolore de rastafari. L’ambassadrice, effarée, décida de maintenir la tenue soubrette. Pendant le déjeuner, auquel j’étais convié, l’ambassadrice raconta son histoire. Le chef des inspecteurs demanda alors à la « soubrette » de bien vouloir changer de tenue pour qu’il puisse admirer la tenue de fête des Jamaïcaines. Nos hôtes ne savaient que faire, mais l’inspecteur insista. La « soubrette » ne se fit pas prier pour retrouver enfin ses vêtements et revint un peu plus tard sous les applaudissements de l’inspecteur qui en riait encore l’après-midi.

En Jamaïque, faites comme les Jamaïcains !

Ecrit en mars 2025